À 10 mois de l’échéance présidentielle, le bloc central est fracturé entre plusieurs candidatures. Comment sortir de cette configuration qui pourrait empêcher la qualification de l’un de ces candidats au second tour ?
Plus nous perdons du temps, plus nous prenons le risque d’être éliminés au premier tour de l’élection présidentielle. Cette finalité est cauchemardesque à mes yeux.
Le sujet n’est pas de savoir combien de candidatures le bloc central peut faire naître. D’autres familles politiques connaissent cette période pré-présidentielle où les aspirations personnelles émergent, parfois légitimes, parfois beaucoup moins crédibles. Il y aura toujours quelqu’un pour se dire : « Et pourquoi pas moi ? »
La vraie question est beaucoup plus simple : le bloc central veut-il encore être présent au second tour de l’élection présidentielle ?
Laisser vivre plusieurs candidatures trop longtemps, c’est organiser nous-mêmes notre affaiblissement. C’est mon point de vue personnel. Je fais partie de ceux qui ne veulent pas prendre le risque d’envoyer, trop tard, un candidat à l’échafaud, sans dynamique, sans souffle, sans capacité d’entraînement.
Une élection présidentielle ne se gagne pas en additionnant les ambitions personnelles. Elle se gagne avec une ligne claire, un calendrier précis et un candidat capable de rassembler.
Nous devons nous retrouver autour d’une candidature commune, je ne suis pas le premier à le dire. Et de mon côté, sans surprise, je l’affirme clairement : ce rassemblement doit se faire autour d’Édouard Philippe.
Il est aujourd’hui le mieux placé dans le bloc central. Il a l’expérience, la stature et la capacité de parler au-delà de notre propre camp. Et à mes yeux, il est le seul à pouvoir battre le Rassemblement national au second tour.
Il faut désormais faire preuve de lucidité. En politique, nous savons très bien où l’absence de lucidité nous conduit : à l’échec.
Vous êtes proche d’Edouard Philippe, dont vous soutenez activement la candidature. Dans une élection qui s’annonce particulièrement tendue et marquée potentiellement par une forte poussée de « dégagisme », comment incarner une forme de rupture dès lors que l’on a été partie prenante du double quinquennat d’Emmanuel Macron ?
Oui, Édouard Philippe a été Premier ministre d’Emmanuel Macron. Il l’assume. Et il a raison de l’assumer. Il a dirigé le gouvernement pendant trois ans, dans une période où notre pays a obtenu des résultats tangibles : baisse du chômage, redressement de l’apprentissage, baisse des déficits publics. Il n’a pas à s’excuser d’avoir gouverné.
Mais assumer un bilan ne signifie pas se confondre avec lui. Et faire partie d’une majorité ne signifie pas renoncer à sa liberté.
Édouard Philippe trace son chemin depuis longtemps. En 2021, il a fondé son propre parti. J’étais au Havre ce jour-là. Il n’a pas hérité d’un appareil politique prêt à l’emploi. Il n’a pas récupéré une marque ou un parti déjà installé. Il a pris un risque. Il a fait un pari politique. Et ce pari, aujourd’hui, personne ne peut sérieusement dire qu’il a échoué.
Nous avons fait élire des députés. Nous avons créé un groupe parlementaire. Nous avons rassemblé des maires, des élus locaux, des militants. Nous avons travaillé une ligne, des idées, une ambition pour le pays.
Pour ma part, je n’ai jamais cru au dégagisme. Il exprime parfois une colère réelle, mais il ne construit pas un projet pour la France. Ce dont notre pays a besoin, c’est d’une direction.
Cette direction, nous allons l’incarner dans le projet que nous porterons devant les Français. Et je vous le dis : nous ne proposerons pas un nouvel « en même temps ». À Reims, Édouard Philippe l’a rappelé : nous sommes un parti de droite. Une droite républicaine, responsable, attachée à l’ordre, au travail, à la liberté et à l’autorité de l’État.
Je fais confiance aux Français pour faire la différence entre ceux qui veulent prolonger le cycle actuel et ceux qui ont l’expérience nécessaire pour ouvrir une nouvelle étape.
Quels seront les axes majeurs de l’offre incarnée par Édouard Philippe ?
Édouard Philippe l’a dit : notre programme sera massif. Et il le sera parce que la situation du pays l’exige.
Nous n’allons pas proposer un catalogue de mesures dispersées. Notre offre reposera sur une conviction simple : la France a besoin d’ordre, de sérieux et de résultats.
D’abord le rétablissement de l’ordre : l’ordre dans la rue, l’ordre face à l’explosion de la violence et du narcotrafic. Mais aussi l’ordre dans la justice, avec des changements radicaux pour que les peines soient prononcées, exécutées et comprises. L’ordre dans nos comptes publics, pour redonner du souffle à notre pays et assainir nos finances.
Il y aura également un programme massif pour l’école et pour notre système de santé. Mais nous vous en dévoilerons bientôt les contours.
Vous l’avez remarqué, depuis plusieurs semaines, Édouard Philippe se déplace. Il avance des propositions fortes sur le narcotrafic, sur l’agriculture ou sur notre soutien à l’Ukraine. Ce sont des sujets très différents, mais qui disent tous la même chose : nous voulons une France qui protège, qui produit, qui tient son rang et qui retrouve la maîtrise de son destin.
Récemment Édouard Philippe a laissé entendre qu’il procéderait très rapidement, peut-être même avant les législatives, à un référendum, éventuellement sur l’inscription d’une règle d’or budgétaire dans la Constitution. Il y a un autre sujet dont l’intensité est majeure dans l’opinion, c’est celui de la régulation des flux migratoires. Êtes-vous favorable à un référendum constitutionnel sur cette question ?
Chez Horizons, nous sommes favorables à une régulation beaucoup plus ferme des flux migratoires. Notre ligne est claire : mieux maîtriser l’immigration légale, limiter l’immigration subie, durcir la réponse à l’immigration irrégulière, et traiter cette question au niveau européen. Oui à la maîtrise. Non à la facilité de « l’immigration zéro » qui ne règle rien.
Sur l’hypothèse d’un référendum constitutionnel, je n’y suis pas hostile par principe. Le peuple français doit pouvoir être consulté sur les grands choix qui engagent la Nation. Et il serait absurde de nier que l’immigration est aujourd’hui l’un des sujets majeurs de préoccupation des Français.
Mais un référendum n’est pas un outil de communication, ce n’est pas un « coup politique ». Et ce ne doit surtout pas devenir un grand défouloir national.
On ne touche pas à l’édifice constitutionnel à la légère, surtout dans un contexte politique aussi inflammable. Il faut le faire d’une main tremblante.
Une partie de l’électorat de droite auquel vous souhaitez vous adresser est aujourd’hui partie ou tente de partir vers le RN. Comment comptez-vous le faire revenir à vous ?
D’abord, il faut regarder les choses en face : une partie de l’électorat de droite est tentée par le Rassemblement national parce qu’elle a le sentiment que l’État a reculé, que l’autorité s’est affaiblie, que l’immigration n’est plus maîtrisée et que la parole publique ne produit plus de résultats.
Nous ne ferons revenir personne en méprisant ou en niant cette colère. Mais nous ne ferons pas non plus avancer le pays en nous réfugiant dans des solutions simplistes.
Notre rôle n’est pas de courir derrière le Rassemblement national mais de montrer ce qu’il est réellement devenu : non pas une force de rupture, mais une force de confusion.
Le RN explique aux Français qu’il incarne la clarté. En réalité, il change de ligne au gré du vent. Sur les retraites, il défend le retour à 60 ans. Le lendemain, il parle de 62 ans. Puis laisse entendre qu’il pourrait ne plus y avoir d’âge légal. Voilà la vérité : le RN est devenu le nouveau « en même temps ». Mais un « en même temps » sans colonne vertébrale, sans expérience et sans capacité à gouverner.
Il veut rassurer les classes populaires sans effrayer les marchés. Il veut parler aux électeurs de droite sans assumer une vraie politique de droite. Il veut se présenter comme social le lundi, libéral le mardi, étatiste le mercredi et responsable le jeudi. Ce n’est pas une ligne politique mais une stratégie d’évitement.
À l’inverse, nous devons parler aux électeurs de droite avec franchise. À ceux qui souhaitent le retour de l’ordre, de l’autorité, la maîtrise des flux migratoires, la valorisation du travail, le sérieux budgétaire et le redressement de l’école.
Notre différence est là : nous ne cherchons pas à capter une colère. Nous voulons y répondre. Nous ne promettons pas tout et son contraire. Nous voulons gouverner. Et gouverner, c’est choisir, tenir une ligne, assumer des décisions difficiles et produire des résultats.
C’est cela que nous voulons montrer à ces électeurs : il existe une alternative ferme, claire et crédible. Une droite de gouvernement qui protège, qui décide et tient parole.
Vous êtes député d’Ajaccio, après en avoir été le maire. À ce titre, vous défendez le projet de loi d’autonomie interne en cours de discussion au Parlement. Qu’est-ce que changerait pour la Corse ce nouveau statut et que répondez-vous à ceux qui en dénoncent le caractère « séparatiste » ?
Je veux d’abord rappeler une chose : mettre la Corse dans le texte fondamental, c’est l’enraciner. C’est proposer une autonomie non pas contre la République, mais dans le cadre de la République.
La Corse est une île. Elle a ses contraintes propres : l’aménagement du territoire, le tourisme, le développement économique… Sur ces différents sujets, nous avons besoin de pouvoir adapter la règle, non pas pour nous extraire du droit commun par principe, mais pour rendre l’action publique plus efficace.
Nous ne voulons pas créer une République à part mais donner à la Collectivité de Corse davantage de capacité à agir dans les domaines qui relèvent de sa compétence, pour permettre aux élus corses de répondre plus vite et plus efficacement aux problèmes des Corses.
À ceux qui dénoncent un projet séparatiste, je réponds très clairement : c’est faux. Ce texte ne transfère aucune compétence régalienne : la justice, la défense, la sécurité, l’ordre public ou le droit électoral restent des compétences de l’État. L’indivisibilité de la République n’est pas remise en cause.
Le vrai risque serait de continuer à expliquer aux Corses que leurs difficultés sont connues, que leurs spécificités sont reconnues, mais que rien ne doit jamais changer.
Moi, je crois exactement l’inverse : plus la République est en capacité de reconnaître les réalités de ses territoires, plus elle se renforce. Plus elle est capable de faire confiance, plus elle rassemble.
Et c’est précisément parce que je suis profondément attaché à la Corse et à la République que je défends ce texte.
Arnaud Benedetti
Ancien rédacteur en chef de la Revue politique et parlementaire, Arnaud Benedetti est professeur associé à Sorbonne-Université, essayiste et spécialiste de communication politique. Il intervient régulièrement dans les médias (Le Figaro, Valeurs actuelles, Atlantico, CNews, Radio France) pour analyser les stratégies de pouvoir et les mécanismes de communication. Parmi ses ouvrages figurent Le Coup de com’ permanent (Cerf, 2018), Comment sont morts les politiques ? Le grand malaise du pouvoir (Cerf, 2021), ainsi qu’Aux portes du pouvoir : RN, l’inéluctable victoire ? (Michel Lafon, 2024). Ses travaux portent sur les transformations du discours public et les évolutions de la vie politique française.
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