De retour en France après un an de détention en Algérie, l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal a livré un témoignage rare dans un entretien accordé à La Nouvelle Revue Politique, animé par Arnaud Benedetti. Il décrit un retour à la liberté « très difficile » après douze mois vécus « dans la soumission », l’isolement et la privation de tout déplacement, au point, dit-il, d’avoir le sentiment que son esprit s’est « ratatiné ».
L’écrivain explique avoir traversé deux phases en prison : d’abord l’affrontement pour survivre au quotidien, puis l’apprentissage d’une forme d’adaptation, « comme dans le judo », pour ne pas s’épuiser. Placé en quartier de haute sécurité, surveillé en permanence et détenu à deux en cellule, il raconte une vie rythmée par les rumeurs, les bribes d’informations rapportées par d’autres détenus, et des visites espacées de son épouse derrière une vitre, sous écoute, où l’essentiel passait parfois par des gestes.
Sur le plan judiciaire, Sansal affirme avoir compris très tôt que sa condamnation était jouée d’avance, évoquant une « justice téléphonée » et un dossier monté par les services secrets après son arrestation le 16 novembre à l’aéroport d’Alger. Il dit avoir écrit régulièrement au président Abdelmadjid Tebboune et à des responsables algériens pour dénoncer ce qu’il juge absurde et politiquement opportuniste, estimant que son arrestation s’inscrivait surtout dans un rapport de force entre Paris et Alger, sur fond de tensions régionales et de dossiers bilatéraux sensibles.
L’écrivain dit avoir été porté par la mobilisation en France, qu’il a découverte progressivement depuis sa cellule, avant d’élargir son diagnostic à la relation franco-algérienne et à la stratégie d’influence d’Alger. Sansal conclut enfin sur l’écriture, qu’il n’a pas encore totalement reprise, refusant de « tomber dans la facilité » du récit carcéral, mais affirmant avoir mesuré, plus que jamais, « la force des mots », au point d’imaginer un futur livre autour d’un terme qui l’a marqué en prison : « la légende ».
La signature
Radouan Kourak
Entrepreneur et journaliste, Radouan Kourak est le fondateur et dirigeant d’InterVision, groupe de presse et de communication propriétaire d’une quarantaine de médias en France et à l’international. Cofondateur de La Nouvelle Revue Politique, il en assure la direction du développement.
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