Avec sa déclaration de candidature, la quatrième de sa carrière, Marine Le Pen remporte la première manche de cette longue campagne présidentielle de 2027. Les premières intentions de vote publiées après la décision de la Cour d’appel montrent à quel point l’affaire des assistants parlementaires du RN lui glisse dessus sans l’atteindre, signe d’une profonde envie de changement chez beaucoup de Français, qui dépasse la seule personnalité de Marine Le Pen.
Pas moins de cinq enquêtes d’intentions de vote ont été publiées dans la foulée de la décision de Marine Le Pen de se présenter à l’élection présidentielle, et pour cause : il y avait urgence, pour l’environnement politico-médiatique, à s’assurer des effets de la confirmation de la condamnation de Marine Le Pen et de sa déclaration de candidature. En effet, les circonstances spécifiques de cet épisode faisaient craindre une pénalité pour la candidate, notamment par rapport à son « poulain », Jordan Bardella, précédemment testé en tant que candidat du RN à des niveaux jamais vus pour un candidat depuis François Mitterrand en 1988.
Et dans ces cinq sondages, aucune trace d’un affaiblissement de la stature de Marine Le Pen pour devenir présidente de la République. Ses intentions de vote s’améliorent même dans certains sondages, atteignant 35 %, notamment du fait qu’auparavant, ces derniers mois, une grande partie de l’opinion avait acté son incapacité à se présenter. C’était sans compter la détermination de Marine Le Pen à se présenter et à incarner une nouvelle fois les idées du Rassemblement national.
Ce premier bilan donne raison à la stratégie de Marine Le Pen, qui n’entend visiblement pas se laisser intimider ni dicter sa conduite par ses concurrents, qui ont largement critiqué sa décision, en particulier à gauche, où l’on a même perturbé son premier déplacement dans la Sarthe. Et pour cause, la candidate du RN sait à quel point sa condamnation repose sur une affaire aux tenants et aboutissants flous pour l’opinion et qui s’inscrit dans une vision très largement dégradée qu’ont les Français des politiciens français. La défiance envers eux est à ce point puissante que Marine Le Pen s’inscrit dans un tout assez général de personnalités ayant une majorité d’opinions négatives contre eux. Dans ce contexte, elle peut conserver sa base électorale sans craindre de voir ses électeurs partir ailleurs, étant donné qu’ils détestent les autres options disponibles.
Marine Le Pen n’est pas atteinte par ses affaires, tout simplement parce que l’opinion ne s’intéresse plus aux péripéties du personnel politique et se concentre sur la meilleure façon de résoudre les problèmes que rencontrent la société et l’économie françaises. Immigration, pouvoir d’achat, sécurité et futur industriel du pays sont autant de thématiques qui focalisent bien plus l’attention des citoyens que la situation personnelle de Marine Le Pen. À cela s’ajoute également une atmosphère de « tous pourris » qui, étonnamment, relativise la condamnation, avec un raisonnement proche de : « De toute façon, ils ont tous des affaires contre eux », nourri en grande partie par les dix années de macronisme, censé incarner la probité, alors même que les condamnations contre des élus ou des personnalités d’En Marche se sont multipliées et que des ministres sont même restés en place malgré des mises en examen. Toutes ces affaires n’ont pas, sur le fond, la même gravité ni la même résolution judiciaire, mais elles offrent le même spectacle aux yeux des Français : celui d’une classe politique peu honnête, au sein de laquelle personne n’est là pour rattraper l’autre.
C’est dans ce contexte que Marine Le Pen peut tirer son épingle du jeu. Elle a tout de même un avantage de poids : l’idéologie et les solutions portées par le RN sont désormais soutenues par une majorité de Français, en particulier sur l’immigration et la sécurité.
Tout commence désormais pour Marine Le Pen. Elle va désormais surtout devoir trancher la question de sa ligne politique : est-elle de droite ou « ni de droite ni de gauche » ? C’est une question fondamentale pour espérer récupérer l’électorat suffisant pour l’emporter au second tour et, pour cela, il faut un programme idéologiquement clair, alors même que le pays penche désormais, y compris en économie, plutôt à droite.
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