Caroline Fourgeaud-Laville publie Humanités. Pouvons-nous vivre sans elles ? Un livre remarquable, un véritable plaidoyer pour le retour en force du grec, du latin et des Humanités que ces deux langues-civilisations portent avec elles.
Docteure ès lettres, helléniste, fondatrice de l’association Eurêka, elle propose un texte profondément vivant, qui part toujours du concret : une salle de classe, des enfants, une carte de la Méditerranée, des élèves qui découvrent une langue inconnue et qui, peu à peu, entrent dans un autre rapport au langage, au récit, au monde.
Le livre avance ainsi, presque comme un périple à travers les expériences humaines que le grec et le latin continuent de rendre accessibles. En Irlande du Nord, des élèves travaillent sur Sénèque pour mettre des mots sur la violence et le conflit. Aux États-Unis, des anciens combattants lisent Sophocle pour tenter de retrouver une forme de stabilité intérieure. Dans les laboratoires, des chercheurs déchiffrent les papyrus d’Herculanum grâce aux technologies les plus avancées. À Princeton, les textes antiques demeurent au cœur de la formation intellectuelle.
Et partout revient la même évidence : ces langues, ces humanités, continuent d’agir.
Depuis près de trente siècles, les mythes grecs, les héros antiques, les récits fondateurs ne cessent de nous habiter. Ils traversent les générations parce qu’ils touchent à quelque chose de permanent dans l’expérience humaine : la peur, le courage, la guerre, la justice, la liberté, le désir, la mort, l’exil, la transmission, l’amour.
Les Grecs et les Latins ont pensé avant nous une vaste part des expériences humaines. Et même si nous ne sommes plus Grecs ou Romains, quelque chose d’eux demeure en nous. Leur langue, leur pensée, leur sensibilité ont façonné notre manière de parler, de raisonner, de sentir, de raconter le monde et de l’appréhender.
On ne comprend pas l’Europe sans eux. On ne se comprend pas complètement soi-même sans rester en rapport avec eux.
C’est pourquoi ce livre pose, au fond, une question existentielle et civilisationnelle. Que deviendrait notre civilisation si elle cessait de transmettre les textes, les langues et les récits qui l’ont fondée ?
La Renaissance européenne – notre Europe moderne – est née de ce retour aux Anciens grecs et Romains. C’est à partir d’eux que l’Europe moderne s’est réinventée. Et peut-être faut-il se demander aujourd’hui si, dans le chaos du monde actuel, une nouvelle renaissance européenne ne suppose pas, elle aussi, de retrouver ce lien vivant et vital avec les Humanités grecque et latine.
Même au siècle de l’intelligence artificielle et de l’hypertechnologie, le grec et le latin demeurent des ressources immenses, indipsensables, pour penser le monde qui vient. La civilisation grecque est bien celle qui a pensé la technè. Avec eux, on a accès à cette nuance qui fait tant défaut de nos jours ; on fait face au le tragique, on aborde la complexité, le sens des mots, la profondeur et l’épaisseur irréductibles des expériences humaines. Ils nous donnent des armes pour comprendre ce qui nous arrive – et peut nous arriver.
Pour ma part, je pense que cette question est devenue vitale aujourd’hui pour notre civilisation française, et européenne plus largement. Et l’élection présidentielle de 2027 sera peut-être le bon moment pour rouvrir enfin ce débat sur la place des Humanités, du grec, du latin dans la formation des citoyens français. Donc à l’école.
On peut remercier Caroline Fourgeaud-Laville d’avoir rendu cette question à nouveau accessible à un grand nombre de lecteurs, d’une manière si vivante et stimulante.
Souhaitons que son beau livre donne envie à nombre de nos concitoyens de découvrir ou de redécouvrir ces langues, ces textes, ces belles Humanités qui continuent de nous forger.
Par Eduardo Rihan Cypel, ancien Député
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