Quels sont les premiers enseignements que vous tirez du lancement de l’application Referendum-Citoyen ?
La réponse des Français est foudroyante. En l’espace de dix jours, « Référendum Citoyen », l’application qui permet de voter sur une blockchain en utilisant un passeport afin de certifier que l’on est bien français, majeur et que l’on ne peut pas voter deux fois, a déjà été téléchargée plus de 120 000 fois en France. Elle est numéro un des téléchargements dans la catégorie « Actualités » sur l’Apple Store.
On voit donc que la possibilité de s’exprimer sur des questions qui concernent directement les citoyens rencontre une véritable attente populaire.
Les cinq questions ont été volontairement choisies pour s’adresser à une majorité de Français qui ne parvient pas à se faire entendre.
La première concerne le prix de l’essence et du gazole à la pompe. On demande aux citoyens s’ils préfèrent continuer à financer les certificats d’économies d’énergie, ce qui représente pour le gazole environ un centime par litre, ou s’ils préfèrent une baisse du prix à la pompe, tout en leur expliquant précisément à quoi servent ces certificats.
La deuxième question porte sur les ZFE. Les Français souhaitent-ils, oui ou non, que le Parlement abroge définitivement les zones à faibles émissions ?
La troisième question touche à la facture d’électricité. Pour mémoire, 36 % des Français ne parviennent pas à régler leur facture d’énergie. Il leur est proposé un plan visant à réduire de 25 % le montant de cette facture en supprimant massivement les subventions aux éoliennes, qu’il s’agisse de celles en projet ou de celles déjà en fonctionnement.
La quatrième question concerne la survie de la Sécurité sociale, qui, il faut bien le dire, traverse une situation financière très difficile avec un déficit annuel de 24 à 25 milliards d’euros, soit près de 100 milliards tous les quatre ans. Des réformes structurelles sont proposées, notamment par Frédéric Bizard et l’Institut Santé.
La cinquième question est portée par Georges Fenech. Elle concerne la responsabilité personnelle des juges en cas de faute lourde.
Doivent-ils être jugés par une cour composée de sept personnes n’appartenant pas à la magistrature, élues au suffrage universel pour cinq ans ?
En d’autres termes, s’agit-il de permettre au citoyen de reprendre le contrôle d’un système qui traverse une grave crise de confiance, alors même que la justice est censée être rendue au nom du peuple français ?
Chaque question est présentée par une personnalité reconnue dans son domaine. Laurent Jaoul, qui s’est illustré dans la contestation des ZFE à Montpellier, pilote la question relative à leur abrogation. André Merlin, fondateur de RTE, la société qui transporte l’électricité en France, intervient sur la question de la facture d’électricité. Benoît Perrin présente et parraine la question concernant le prix des carburants à la pompe.
Tout cela montre que la nation souhaite reprendre en main son propre destin et vit de manière très difficile, pour ne pas dire plus, la déconnexion de ceux qui prennent les décisions censées être prises pour son bien.
Cette question de la démocratie directe semble gêner la classe gouvernante. Pas de référendum depuis 2005. Que répondez-vous à ceux qui vous soupçonnent de “faire le jeu” des populistes et d’ailleurs quel regard portez-vous sur cette caractérisation ?
Le simple fait que l’on puisse qualifier de populiste une démarche démocratique qui redonne la parole à la nation est très révélateur d’une rupture historique entre une classe politique décrédibilisée qui, acculée, se défend par le quolibet au lieu d’argumenter. La vérité est que nous traversons une crise démocratique sans précédent et qu’il va bien falloir trouver une manière de reconnecter la nation avec la vie publique, une manière un peu différente de la pratique habituelle du mépris surdosé. L’initiative que nous avons prise permet de remettre la démocratie dans la poche des gens et donc de s’adresser aussi à toute une France pour qui le vote papier est devenu une pratique hors du temps. Je pense tout particulièrement aux moins de 40 ans qui ne votent plus beaucoup. Notre initiative vise à les réinclure dans le processus démocratique.
Quand Robinson Jardin, mon fils, est venu me voir il y a neuf mois avec son projet de rupture, Référendum Citoyen, j’ai immédiatement compris qu’il s’agissait d’une véritable prouesse technologique.
L’identification de la pièce d’identité se fait localement sur le téléphone de l’utilisateur. Aucune information sensible n’est transmise, ni même stockée sur Internet. C’est un point essentiel pour garantir la sécurité et la protection des données de chacun. Il ne peut pas y avoir de pillage puisqu’il n’y a rien à piller.
Ensuite, le vote est converti sous forme de code et envoyé sur une blockchain, ce qui rend toute manipulation pratiquement impossible.
Lorsque Robinson m’a présenté son projet d’application fiable et vérifiable par tous, j’ai aussitôt pensé que ce saut technologique nous offrait l’occasion de faire entrer la démocratie dans la main des citoyens, directement sur le téléphone portable qui est aujourd’hui au cœur de leur quotidien. Il suffit de prendre le métro à huit heures du matin ou de monter dans un train pour s’en rendre compte : chacun vit désormais avec cet outil.
Cet objet a profondément transformé les pratiques sociales. Il est devenu l’instrument emblématique utilisé par la population. Il était donc naturel de faire entrer le processus démocratique dans les usages réels de notre peuple, et plus encore dans ceux des générations montantes.
Je sais qu’il est de bon ton, pour certains, de considérer que les pratiques héritées de la Troisième République, fondées sur le vote papier, devraient continuer à s’imposer à une population qui ne vit plus de cette manière.
Mais, là encore, qui sont ceux qui se permettent de juger le mode de vie d’une nation ? Qui sont ces gens ?
Peut-être que le véritable retour de l’esprit démocratique consiste précisément à sortir de la culture du mépris pour écouter nos compatriotes avec respect, comprendre leurs usages, leurs attentes et leur manière de vivre.
Dans 10 mois, le premier tour de la présidentielle. Comment comptez-vous peser sur les débats à venir ?
Référendum après référendum, nous donnons la parole à la nation, et elle s’en empare.
Chaque jour, 10 000 personnes téléchargent l’application Référendum Citoyen. Le 14 juillet prochain, nous ouvrirons notre outil à d’autres mouvements que le nôtre, car il n’est pas question que nous soyons les seuls à poser des questions. L’esprit démocratique est un esprit d’ouverture. Robinson Jardin, qui préside l’association qui pilote l’application, est le garant de ce processus naturel d’ouverture. Et de sa neutralité quasi helvétique.
À partir du 1ᵉʳ septembre, nous lancerons une deuxième campagne référendaire. D’autres questions portées par des personnalités, des think tanks ou des associations. Puis viendront s’ajouter les questions portées par l’ensemble de la société civile, qui devront respecter les règles que nous fixerons le 14 juillet. Parmi elles figurera notamment l’obligation de financer, par une cagnotte, les votes des Français, puisque chaque vote coûte deux centimes. Chaque association, think tank ou structure devra ainsi prendre en charge sa propre campagne.
En additionnant les questions référendaires, nous sommes en train de constituer une force démocratique qui va bien au-delà des partis. Car il ne s’agit pas de sondages, mais de personnes réelles. Le sondage est une représentation ; le référendum sur notre application engage des citoyens bien réels.
Une immense machine démocratique est donc en train de se mettre en route afin que le citoyen puisse peser sur les décisions publiques. À mesure que nous approcherons des échéances électorales, il deviendra de plus en plus difficile pour la classe politique de ne pas se positionner face aux décisions exprimées par une masse croissante de Français, qui ont trouvé là un porte-voix et qui entendent ne plus être spectateurs.
Nous verrons bien, à Noël, combien de personnes seront entrées dans cette culture du référendum d’initiative citoyenne. Nous verrons également ce que les partis politiques et les candidats répondront aux Français. Je dois avouer que je me perds parfois dans leur nombre, tant celui-ci relève aujourd’hui de la plaisanterie. 25 ? 32 ?
Mais nous verrons surtout si nous choisirons collectivement de leur faire confiance. S’ils nous écoutent — et quand je dis « nous », je parle de l’ensemble des Français — ou si d’autres décisions seront prises. Ce n’est pas de mon ressort, cela se fait. C’est le propre d’un sursaut démocratique.
Il s’agit d’engager un rapport de force numérique. Un rapport de force pour que le citoyen se fasse entendre et se fasse enfin respecter.
Le combat contre les ZFE, mené avec le mouvement Les Gueux, m’a appris une chose : lorsque 80 % d’une nation souhaitent quelque chose de précis et de construit, le système politique finit, à un moment ou à un autre, par bouger.
Ce que j’ai appris dans l’aventure des Gueux, je vais le mettre au service des Français pour qu’ils soient servis. C’est un verbe très important : servir les gens.
Au fond, qu’est-ce que nous faisons ? Nous nous mettons au service des Français pour qu’ils puissent reprendre la parole et le contrôle de leur destin. En démocrates affirmés.
C’est une transformation majeure qui a lieu et qui est en cours — et qui ne sera sans doute comprise par les commentateurs que trop tard. Le pays bouge beaucoup plus vite. Le pays est vivant.
Jusqu’à présent, les trente-deux candidats autoproclamés, désignés en quelque sorte par le doigt de Dieu, n’ont pas jugé nécessaire de consulter directement les Français. C’est précisément ce que nous faisons.
Pour nous, il est primordial d’aborder l’élection présidentielle dans un rapport de confiance avec la nation, et non en cherchant à empocher un chèque en blanc de la part du peuple le jour de l’élection, comme cela se pratique depuis trop longtemps.
Nous considérons qu’un mandat démocratique ne doit pas être un chèque en blanc accordé pour cinq ans. Il doit reposer sur une relation continue entre les citoyens et ceux qui aspirent à les représenter. Le gaullisme de jadis, historique, vivait dans ce respect.
C’est pourquoi nous faisons le choix de consulter les Français, de les écouter et de construire avec eux, humblement, avec amour, les orientations fermes qui engagent leur avenir. Cette démarche repose sur une conviction simple : la confiance ne se décrète pas, elle se construit. Tranquillement.
Je n’accepte pas, et nous serons de plus en plus nombreux à partager cette position, que le peuple soit viré le soir de l’élection présidentielle pour cinq ans.
La dignité de chaque citoyen doit rester vivante et active tout au long du mandat, et pas seulement s’exprimer au moment du vote.
Cette évidence, nous allons très tranquillement l’imposer. Le chèque blanc au profit d’une bureaucratie, c’est fini. Le citoyen est de retour.
Arnaud Benedetti
Ancien rédacteur en chef de la Revue politique et parlementaire, Arnaud Benedetti est professeur associé à Sorbonne-Université, essayiste et spécialiste de communication politique. Il intervient régulièrement dans les médias (Le Figaro, Valeurs actuelles, Atlantico, CNews, Radio France) pour analyser les stratégies de pouvoir et les mécanismes de communication. Parmi ses ouvrages figurent Le Coup de com’ permanent (Cerf, 2018), Comment sont morts les politiques ? Le grand malaise du pouvoir (Cerf, 2021), ainsi qu’Aux portes du pouvoir : RN, l’inéluctable victoire ? (Michel Lafon, 2024). Ses travaux portent sur les transformations du discours public et les évolutions de la vie politique française.
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