Voici plus de 400 jours que l’un de nos compatriotes est otage à Alger d’un pouvoir arbitraire qui intimide et qui embastille tous ceux qui ne pensent pas comme lui, avec une obsession encore plus harcelante à l’encontre des Kabyles. Or Christophe Gleizes, lui, est l’objet d’une autre obsession : l’hostilité anti-française, constante et exacerbée, des dirigeants algériens. La persécution dont il est la cible, condamné à 7 ans d’emprisonnement ressemble fort à un chantage vis-à-vis de la France.Non seulement la situation de détenu politique est inacceptable pour sa famille et ceux qui réclament sa libération, mais elle l’est tout autant pour la France dont il est l’un des otages à l’étranger. Le jeune journaliste emprisonné pour des raisons fallacieuses (un reportage sur le football Kabyle (sic !)) a depuis des mois donné tous les gages qu’attendaient de lui ses geôliers : humilité, discrétion de ses soutiens, absence de mise en cause politique des autorités algériennes, etc. Visité en prison par le ministre des Affaires étrangères et par Madame Ségolène Royal, qui s’est soudainement passionnée pour œuvrer à rétablir de bonnes relations entre la France et l’Algérie- sans mandat mais avec force de publicité, le prisonnier s’est conformé à un comportement qui en aucune manière ne pouvait déplaire aux hiérarques qui le détiennent. Récemment encore une lettre ouverte, signée par une cinquantaine d’intellectuels,à l’initiative de Daniel Salvatore Schiffer, a été adressée au Président Tebboune, afin que ce dernier use de son droit de grâce puisque toutes les voies de recours contentieux en Algérie sont épuisées.
Dans le même temps, Paris a multiplié les signes de bonne volonté : visites ministérielles, retour de notre ambassadeur à Alger, déclarations volontairement apaisantes, présence d’une ministre française à Sétif pour commémorer les événements qui ensanglantèrent la région le 8 mai 1945 … Rien qui ne puisse de la part de l’exécutif français être susceptible de susciter une énième ire de l’Etat algérien. Évidemment les contentieux demeurent : sur les OQTF qui ne retournent pas chez eux faute de laisser-passer consulaires , sur l’enlèvement et la tentative d’assassinat d’un opposant sur notre sol et l’arrestation subséquente d’un agent consulaire, etc. Sans doute le régime algérien pour lequel l’indépendance de la justice est une donnée directement indexée sur la volonté de l’exécutif estime qu’il en va de même de l’autre côté de la Méditerranée… Nonobstant une diplomatie de la retenue, de la soumission diront non sans raison les plus critiques, l’impasse est à ce stade totale. Tout se passe comme si le régime d’Alger demeurait sourd, implacable et malgré les accommodements français et la main tendue, persistait avec une forme certaine de sadisme la volonté de maintenir le journaliste dans son cachot.
La mobilisation en sa faveur est insuffisante. C’est un fait. Tant dans la forme que dans le fond, cette mobilisation reste intermittente, hésitante, complexée. A la différence de celle dont Boualem Sansal avait bénéficié, continue et offensive, la démarche adoptée pour Christophe Gleizes est contenue. Elle tient compte des prudences craintives du quai d’Orsay, du ministère de l’intérieur et de l’Elysée , loin de la grammaire du rapport de forces que tous les bons connaisseurs de la politique algérienne estiment indispensable pour entretenir un échange d’égal à égal avec un Etat qui ne respecte que la fermeté de ses interlocuteurs. S’y refusant, les responsables français intériorisent toujours plus la ‘’ mauvaise conscience’’ dans laquelle veut les enfermer le Président Tebboune, ajoutant à cette disposition le déni sur la nature dictatoriale de l’Etat algérien. Tout laisse à penser qu’à huit mois de la présidentielle de 2027, les caciques algériens ne manqueront pas d’utiliser ce contexte électoral pour tenter de pousser ce qu’ils considèrent être comme un avantage certain. A l’épreuve des faits et dans l’intérêt de Christophe Gleizes ,il est temps de changer de braquet : ce n’est pas en demandant timidement la libération de notre compatriote, du bout des lèvres en quelque sorte, que l’on parviendra à le ramener auprès des siens. On ne peut que s’étonner de l’absence d’initiatives parlementaires, tant à Strasbourg qu’à Paris, comme ce fut le cas lors de la détention de Boualem Sansal. On ne peut que s’interroger sur le caractère embryonnaire de ses soutiens, loin d’une démarche volontariste d’élargissement de la mobilisation, par-delà les sensibilités de pensées. On ne peut que regretter la faiblesse de la prise de parole des grands footballeurs, à l’exception tardive mais néanmoins parfaitement louable de Zinedine Zidane.
Le combat pour la libération de Christophe Gleizes est un combat universel, comme l’est celui pour tout détenu injustement enfermé. C’est un combat pour la libre expression, pour la libre opinion, pour le libre-arbitre et plus encore pour la dignité humaine. Il requiert lucidité et détermination. Depuis sa création, notre revue dans la diversité de ses contributeurs, a fait de la liberté son mur porteur, à la fois axe de cohérence et de cohésion : liberté d’écrire, liberté de ne pas être d’accord, liberté de critiquer, liberté d’assumer des débats, liberté de déplaire, liberté tout simplement d’être libre … Si engagement il y a, c’est bien autour de cette ligne et ce de manière inaltérable. C’est pour cette raison notamment que nous procéderons très bientôt à la création d’une nouvelle rubrique de la NRP consacrée à la liberté d’expression : plus que jamais, ici et ailleurs, celle-ci ne doit pas se mégoter, se négocier, se découper, car sa défense implique partout où elle est bafouée de ne jamais se départir de cette exigence fondamentale . La NRP ne cessera de réclamer justice pour Christophe Gleizes d’abord et pour tous les autres.
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