Le baromètre Cluster17 publié pour Le Point au début du mois de juin offre une photographie particulièrement intéressante de l’état du paysage politique français à moins d’un an de l’élection présidentielle. Derrière les chiffres bruts se dessinent plusieurs tendances lourdes : la domination persistante du camp national, les difficultés du bloc central, le retour de Jean-Luc Mélenchon dans le jeu et surtout l’émergence durable de Sarah Knafo parmi les personnalités les plus appréciées du pays.

En tête du classement, Jordan Bardella confirme son statut de personnalité politique préférée des Français avec 38 % d’opinions favorables. Marine Le Pen le suit de près avec 37 %. Si l’écart paraît faible, un élément retient particulièrement l’attention : le président du Rassemblement national dispose désormais d’un niveau de soutien supérieur à celui de la triple candidate à l’élection présidentielle. Autrement dit, une partie des Français qui apprécient Marine Le Pen semblent aujourd’hui davantage prêts à soutenir Bardella lui-même.

Cette situation illustre une transformation profonde du paysage politique. Pour la première fois depuis de nombreuses années, la droite nationale ne repose plus sur une seule personnalité. Elle dispose désormais de plusieurs figures capables d’occuper simultanément le devant de la scène.

Derrière le duo de tête, Éric Ciotti confirme son ancrage avec 26 % d’opinions favorables. Depuis son rapprochement avec le Rassemblement national et son élection à la mairie de Nice, l’ancien président des Républicains semble avoir consolidé sa place dans le camp de droite.

Sarah Knafo, la progression la plus stratégique du classement

Mais l’une des informations majeures du baromètre est sans doute la cinquième place obtenue par Sarah Knafo avec 25 % d’opinions favorables. L’eurodéputée de Reconquête se retrouve désormais au niveau des personnalités politiques les plus installées du pays et devance plusieurs prétendants potentiels à l’Élysée.

Cette progression est loin d’être anodine. Contrairement à Jordan Bardella ou Marine Le Pen, qui bénéficient d’une exposition médiatique nationale depuis plusieurs années, Sarah Knafo a construit sa notoriété beaucoup plus récemment. Son entrée au Parlement européen, ses interventions sur les questions économiques et son positionnement en faveur d’une union des droites lui ont permis de gagner progressivement en visibilité.

Plus encore, son profil apparaît singulier dans le paysage politique actuel. Ancienne magistrate à la Cour des comptes, elle s’est imposée sur des sujets techniques comme les finances publiques, la dette ou la compétitivité économique. Dans une époque dominée par les polémiques et la communication, cette image de compétence contribue fortement à son attractivité.

Le lancement récent de sa plateforme participative « Le Programme pour la France » s’inscrit dans cette logique. Alors que de nombreux responsables politiques concentrent leur communication sur les alliances ou les rivalités internes, Sarah Knafo cherche à occuper le terrain programmatique en proposant aux Français de participer directement à l’élaboration de propositions pour 2027.

La publication prochaine de son premier livre chez Fayard constitue également une étape importante. Elle montre une volonté de structurer une offre politique complète et de dépasser le simple rôle de porte-parole ou de personnalité médiatique.

La faiblesse persistante du bloc central

À l’inverse, le baromètre confirme les difficultés du camp présidentiel. Emmanuel Macron demeure très impopulaire avec seulement 16 % d’opinions favorables et une note moyenne de 2,3 sur 10 concernant son action à l’Élysée.

Le chef de l’État reste rejeté par une majorité de Français et peine à retrouver une dynamique positive malgré la légère hausse enregistrée ce mois-ci. Même au sein de son propre électorat de 2022, les notes attribuées demeurent relativement modestes.

Sébastien Lecornu fait un peu mieux. Le Premier ministre obtient une note de 3,1 sur 10 et une popularité de 24 %. Il surclasse régulièrement Emmanuel Macron dans les enquêtes d’opinion depuis son arrivée à Matignon. Pourtant, ces chiffres restent faibles pour un chef du gouvernement à un an d’une présidentielle.

Édouard Philippe demeure quant à lui la personnalité la mieux placée parmi les héritiers potentiels du macronisme. Avec 24 % d’opinions favorables, il conserve un socle relativement solide mais ne parvient pas à créer la dynamique qui ferait de lui un favori incontestable.

Mélenchon reprend l’avantage à gauche

À gauche, le principal enseignement concerne Jean-Luc Mélenchon. Après plusieurs mois de recul, le fondateur de La France insoumise enregistre la plus forte progression du mois et remonte à 24 % d’opinions favorables.

Cette remontée lui permet de reprendre le leadership de son camp devant François Ruffin et Raphaël Glucksmann. Mais cette performance masque une réalité plus complexe : Jean-Luc Mélenchon demeure également l’une des personnalités les plus rejetées du classement. Son potentiel de rassemblement apparaît donc limité malgré sa capacité à mobiliser une base militante solide.

Raphaël Glucksmann poursuit sa progression et confirme son implantation auprès d’une partie de l’ancien électorat macroniste. Quant à François Ruffin, il semble marquer le pas alors qu’il était encore présenté il y a quelques mois comme l’une des figures montantes de la gauche.

Vers une présidentielle dominée par les droites ?

Au-delà des performances individuelles, ce baromètre met en lumière une tendance de fond : les personnalités les mieux classées appartiennent majoritairement à la droite nationale, à la droite conservatrice ou à leurs espaces politiques proches.

Jordan Bardella, Marine Le Pen, Éric Ciotti et Sarah Knafo occupent ainsi les toutes premières places du classement. Dans le même temps, les figures du macronisme stagnent tandis que la gauche peine encore à faire émerger une personnalité capable de rivaliser avec les leaders du camp national.

À un an de l’échéance présidentielle, le baromètre Cluster17 ne prédit évidemment pas le résultat de l’élection. Il révèle néanmoins un rapport de force politique de plus en plus favorable aux droites. Et dans cette recomposition, la progression de Sarah Knafo apparaît comme l’un des phénomènes les plus marquants du moment. En quelques années seulement, l’eurodéputée est passée du statut de conseillère de l’ombre à celui de personnalité politique figurant parmi les cinq préférées des Français.


Radouan Kourak

Directeur du développement de la Nouvelle Revue Politique

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