Le 7 avril, l’annonce de la création de l’Alliance des Démocrates du Sahel sonnait comme une réponse aux propos du capitaine Traoré, refusant la démocratie au peuple burkinabè.Ce 9 mai à Bruxelles, le mouvement a pris son envol, autour de ses valeurs, sahéliennes et universelles.

Si la réussite d’une initiative se mesure aussi aux moyens mis en œuvre pour en contrarier les effets, la naissance de l’Alliance des Démocrates du Sahel s’impose d’ores et déjà comme un vrai succès. Pour contrer la cérémonie de lancement, les juntes avaient déployé les grands moyens : manifestations « populaires » organisées au même moment à Bamako et Niamey contre l’impérialisme – en réalité rassemblement de femmes et enfants de militaires ; dénigrement massif aussi des initiateurs du mouvement sur les réseaux sociaux. Les arguments sont désormais bien rodés. Les démocrates seraient des mercenaires apatrides au service de l’impérialisme occidental. Ils constitueraient l’un de ces éléments de déstabilisation utilisés par la France, aux côtés des mouvements terroristes, pour renouer avec ses vieux démons néocolonialistes.

Face à la désinformation de l’AES, ces juntes inaptes à juguler l’insécurité mais très douées pour imposer omerta et terreur, l’ADS a opposé ce samedi à Bruxelles la calme détermination de ceux qui ont le droit pour eux. Bruxelles, ville présentée comme « un creuset, à l’image du Sahel » ; Bruxelles où de nombreux exilés ont trouvé refuge, car selon les mots de l’un des organisateurs : « quand les hommes en treillis confisquent la parole, l’exil demeure le seul espace où la parole reste libre ». Bruxelles où le projet de l’Alliance des Démocrates du Sahel a été présenté. Une promesse qui peut être synthétisée par une phrase extraite de son manifeste : « mener une lutte pacifique et déterminée pour la restauration des valeurs démocratiques ».

Ce samedi à Bruxelles, des représentants des trois pays concernés portaient haut « la voix de ceux qui ne peuvent plus parler, la voix de ceux qui ont choisi de résister ». La cérémonie diffusée en direct a été suivie par près de 30 000 personnes. L’Alliance des Démocrates du Sahel regroupe des citoyens nigériens, maliens et burkinabè. Elle est présidée par une Nigérienne, le Dr Mayra Djibrine, une médecin très impliquée dans l’action humanitaire et la défense des droits humains. Le secrétaire général, Malick Konate est un journaliste malien. À la tribune, la présidente décrit la situation sur le terrain : « un Sahel devenu en six ans l’épicentre du terrorisme, une population prise entre deux feux, les pouvoirs militaires et les groupes armés djihadistes, une manipulation, une désinformation, un populisme hors normes ». Face à cette situation, le mouvement se situe dans le temps long mais se veut une invitation à l’action immédiate. Mayra Djibrine évoque la nécessité d’un sursaut civique et lance un appel à « agir pour sauver ce qu’il reste, agir avant qu’il ne soit trop tard ».

À plusieurs reprises, de très émouvantes évocations du président Bazoum, symbole de ce combat, séquestré depuis plus de 33 mois au Niger…

Pas question d’éluder les sujets qui fâchent, les échecs des régimes civils précédents, ces coups de canif dans la démocratie qui contribuent à instruire son procès. Un orateur reconnaitra que trop souvent « la notion de justice, on la conçoit pour soi, mais contre les autres ». Démocratie importée, démocratie qui ne nourrit pas son homme, les critiques sont passées au crible avec ce mea culpa de l’un des intervenants, l’avocat Mamadou Ismaïla Konate : « Nos systèmes démocratiques n’étaient pas sans défaut. » À Bruxelles, la salle est jeune et déterminée à s’inscrire dans une nouvelle dynamique. La cérémonie de lancement avait ce samedi un petit parfum de passage de flambeau.

Un nom revient à plusieurs reprises comme un fil conducteur, celui du président Bazoum, retenu en otage avec son épouse dans quelques mètres carrés. « Il subit un traitement dégradant », lance Mayra Djibrine qui poursuit : « Libres seront nos frères et sœurs ; libres seront les personnes emprisonnées ; libre sera le président Bazoum ; libre sera le Sahel libéré de la dictature et du terrorisme. » Dans les propos à la tribune, dans les questions de la salle, l’évocation de Mohamed Bazoum est empreinte d’une puissante charge émotionnelle. Bazoum qui, pour sa démarche sacrificielle et son esprit de résistance, s’impose pour l’Alliance des démocrates du Sahel, tous pays confondus, comme une vraie source d’inspiration.

Quel peut être l’impact de ce mouvement ? Faut-il quitter le registre de la société civile pour s’inscrire dans une démarche politique comme le préconise Me Konate ? L’ADS fait en réalité déjà de la politique au sens étymologique du terme. L’Alliance des démocrates du Sahel inspire manifestement une vraie crainte aux juntes militaires de l’Alliance des États du Sahel. Parce que la libération d’un peuple ne peut venir que de lui-même. Parce que des jeunes femmes et des jeunes hommes ont décidé de redonner toute sa noblesse à la formule galvaudée par tous les putschistes du monde. Parce que, à leur tour, ils ont décidé de « prendre leurs responsabilités ».


Geneviève Goëtzinger

Geneviève Goëtzinger est journaliste et dirigeante d’entreprise dans les médias et le conseil en stratégie de communication.

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