1/ Le Conseil constitutionnel vient de censurer l’article supprimant les zones à faible émission (ZFE). Est-ce une surprise pour vous et que vous inspire cette décision ?

C’est une crise de démocratie. Un déni de démocratie.

Pour moi, ce qui s’est joué hier soir dépasse largement la simple censure d’un article de loi : c’est le Parlement lui-même qui est fragilisé dans son rôle.

À quoi servent encore les députés et les sénateurs si, lorsqu’ils suivent majoritairement l’expression du peuple et votent une mesure attendue par près de 8 Français sur 10, neuf membres nommés peuvent l’effacer d’un trait de plume ?

Hier, neuf personnes ont décidé contre plus de 20 millions de citoyens concernés par les ZFE, dont les voitures deviennent parfois inutilisables du jour au lendemain.

Dans une France où des familles comptent chaque euro, où certains peinent déjà à absorber 20 centimes de plus à la pompe, on maintient un dispositif qui peut conduire à l’obligation de changer de véhicule pour 20 000 ou 30 000 euros.

C’est une crise à la fois sociale et démocratique majeure.

Le Conseil constitutionnel se présente comme le garant du droit, mais sa décision réintroduit une rupture d’égalité territoriale et sociale, et remet très concrètement en cause la liberté de circulation de millions de Français exclus des villes pour des raisons économiques.

Le Parlement est donc apparu hier soir comme contourné dans sa volonté — et, d’une certaine manière, il s’est couché.

On a le sentiment que les députés et sénateurs se retrouvent aujourd’hui sous contrainte, dès lors qu’ils s’écartent des lignes portées par des instances non élues.

Ce qui s’est passé est extrêmement grave.

On voit se dessiner une logique inquiétante : gouverner sans le peuple, parfois contre le peuple, en s’appuyant sur des organes nommés plutôt qu’élus.

Dans ces conditions, il ne reste qu’un seul recours démocratique pleinement légitime : le référendum.

Il faut redonner la parole aux Français, sans lesquels on prend des décisions majeures dans un mépris devenu difficilement supportable.

On ne peut pas accepter que des choix aussi structurants pour la vie quotidienne, en pleine crise sociale, soient imposés sans eux, par des instances qui ne rendent de comptes directement à personne.

Et au fond, tout cela repose sur une interprétation juridique… mais ses conséquences, elles, sont bien réelles dans la vie des gens.

2/ On connaît votre engagement dans la lutte contre les ZFE, notamment au travers du mouvement #LesGueux. Comment comptez-vous réagir après cette censure ?

Sous peu, nous prendrons une initiative référendaire majeure, dont je reparlerai ici très prochainement.

Parce qu’après ce qui vient de se produire, une évidence s’impose : il faut impérativement ranimer notre démocratie, redonner la parole au peuple français.

Quand des décisions aussi lourdes de conséquences pour la vie quotidienne de millions de citoyens peuvent être remises en cause malgré un vote parlementaire, alors c’est tout l’équilibre démocratique qui est interrogé.

Et quand des Français sont progressivement exclus des centres-villes, empêchés de circuler librement, contraints de remplacer des véhicules qu’ils n’ont pas les moyens de changer, sans pouvoir réellement peser dans la décision finale, alors il faut ouvrir un autre chemin démocratique.

Ce chemin, c’est le référendum.

Il faut désormais construire une infrastructure démocratique fiable, transparente et solide, permettant aux Français de se compter pour compter.

Se compter pour exister politiquement.
Se compter pour peser face aux appareils technocratiques.
Se compter pour faire émerger une volonté populaire claire, massive et incontestable.

Car la politique reste ce qu’elle a toujours été : un rapport de force.

Et aujourd’hui, le peuple français doit retrouver les moyens d’exercer ce rapport de force de manière directe, pacifique et démocratique.

Nous entrons dans une période où les citoyens veulent être consultés sur les décisions qui bouleversent leur quotidien, leur travail, leurs déplacements et l’avenir de leurs enfants.

Ils ne veulent plus découvrir, après coup, que tout a été décidé ailleurs, sans eux.

Sur ce sujet fondamental, je reviendrai en détail pour expliquer la démarche.

Je veux que chaque Français puisse comprendre les enjeux, participer et surtout peser dans les décisions qui engagent son avenir.

MAINTENANT, IL FAUT DES RÉFÉRENDUMS.

Pas demain. Pas dans dix ans.
Maintenant.

3/ Plus largement et au-delà des ZFE, comment envisagez-vous de porter votre projet de reconnexion démocratique dans la perspective des présidentielles ?

Il est désormais évident que la succession de référendums que nous envisageons — qu’ils soient portés par notre mouvement ou par d’autres initiatives citoyennes — va profondément transformer le paysage politique français dans les mois qui viennent.

D’ici Noël, le peuple français, qui a été progressivement écarté du débat politique réel, va revenir en force comme acteur central de la vie démocratique du pays.

Et cela, personne ne l’avait véritablement anticipé.

Ni les partis traditionnels.
Ni les appareils politiques installés.
Ni même les dizaines de candidats déjà engagés dans la prochaine échéance présidentielle.

Car quelque chose est en train de basculer en profondeur.

Depuis des années, les Français ont le sentiment que leur voix n’a plus d’impact réel.
Qu’ils votent, manifestent ou alertent, les grandes décisions continuent d’être prises sans eux, parfois contre eux, puis justifiées au nom de contraintes techniques ou juridiques.

Mais cette époque touche à sa fin.

Le retour de l’outil référendaire va remettre le peuple au centre du jeu démocratique.

Non plus comme simple spectateur convoqué tous les cinq ans pour valider une alternance, mais comme une puissance politique permanente capable d’intervenir sur les choix essentiels.

Et nul ne sait aujourd’hui jusqu’où cette dynamique peut aller.

Car lorsqu’un peuple découvre qu’il peut de nouveau se compter pour compter, lorsqu’il retrouve les moyens d’exprimer directement sa volonté, alors c’est tout l’équilibre institutionnel qui peut être profondément réorganisé.

Une chose apparaît déjà comme certaine :

À Noël, il semblera totalement inconcevable d’imaginer qu’un président puisse être élu en mai prochain et disposer, dès le soir de son élection, d’un chèque en blanc pour gouverner cinq ans sans contrôle populaire réel, sans consultation directe, sans contre-pouvoir citoyen effectif.

Cette conception verticale du pouvoir arrive à bout de souffle.

Le temps qui vient est celui d’un peuple qui ne veut plus être écarté une fois l’élection passée.
Un peuple qui veut participer, contrôler, arbitrer et décider sur ce qui engage directement sa vie quotidienne, ses libertés et son avenir.

Ce mouvement dépasse déjà les cadres politiques traditionnels.

Car au fond, il ne s’agit plus seulement d’alternance.

Il s’agit du retour du peuple au centre de la démocratie.


Alexandre Jardin

Écrivain, metteur en scène, très amoureux d’une femme, démocrate enragé, épris de la France et président des Gueux.

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