Après l’émeute, il faut regarder plus que jamais la réalité en face. Ce que nous avons vécu le 17 octobre n’est qu’un tour de chauffe de ce que nous pourrions vivre de manière encore plus violente si nous ne réagissons pas. Le pouvoir a failli. Pas seulement celui-ci qui aura accéléré avec une désinvolture arrogante tous les maux que nous avons dramatiquement accumulés depuis des décennies mais également tous ceux qui l’ont précédé depuis le début des années 1980. Bien évidemment dans une démocratie responsable ceux qui nous ont amenés au bord du chaos devraient en tirer les conséquences pour eux-mêmes et pour l’intérêt du pays, mais ils ne le feront pas arc-boutés qu’ils sont aux dernières illusions d’un pouvoir dont ils ne sont plus que les ombres chancelantes et déshérentes.
La France est non seulement malade mais elle est en danger de mort. Elle n’est plus souveraine : endettée, anémiée économiquement, fracturée socialement, en proie à des ingérences étrangères multiformes, elle n’est même plus capable de se protéger de ses ennemis de l’intérieur et d’assurer l’ordre public, qui est celui de la République et de la démocratie. Ceux-ci sont nombreux, actifs, et prospèrent sur l’aveuglement de gouvernants plus enclins à défendre leur pré carré qu’à assumer les responsabilités qui leur ont été confiées. À Paris, à Marseille, à Lyon et dans de nombreuses autres villes de France, nous avons assisté non pas à une « convergence des luttes », mot-valise autant éculé que dénué de sens, mais à une convergence des pathologies : pathologie idéologique de l’extrême gauche, antirépublicaine et antinationale, pathologie des séparatismes d’une jeunesse venue pour casser et pour piller sur fond de détestation nihiliste pour une part, intifadesque d’autre part de tout ce que nous sommes de par notre histoire et nos valeurs, pathologie des incultures avec lesquelles nous avons déstructuré toute une partie de générations auxquelles nous avons préféré léguer la culture de l’excuse que celle de l’exigence. Rien d’étonnant à ce que nous payions « cash » notre impéritie collective. Les élites ont trahi. Elles n’ont pas trahi inconsciemment mais consciemment, sachant qu’elles trahissaient, voulant même accélérer politiquement leur agenda de trahison, méprisant toujours plus la souveraineté parce que dans le fond elles détestent le peuple dont elles n’ignorent pas que toute souveraineté procède, se gargarisant de mots et de procédures qui ne demeurent rien d’autre que des dogmes de fer pour empêcher toute reprise en main de notre destin. Au bord du précipice, il ne reste plus qu’à espérer que les scènes de dévastation auxquelles le pays a été confronté lors de cette journée indigne provoquent l’électrochoc salutaire qu’une majorité de nos concitoyens appelle de leurs vœux. Le rétablissement de l’autorité en est la première des conditions, celle de la fierté nationale la seconde, celle du combat sans merci contre les factieux de l’extrême gauche et de leurs alliés la troisième. C’est là l’exceptionnelle urgence du moment si tant est qu’il en soit encore temps.
La signature
Arnaud Benedetti
Fondateur et directeur de La Nouvelle Revue Politique, Arnaud Benedetti est professeur associé à Sorbonne Université et essayiste. Spécialiste de la communication politique, il analyse les transformations du pouvoir, du débat public et de la vie politique française.
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