Renée Fregosi. Philosophe et politologue. Présidente du CECIEC. Dernier ouvrage paru : Le Sud global à la dérive. Entre décolonialisme et antisémitisme. Éditions Intervalles 2025

Le 17 octobre 2026, la France a connu des émeutes et des pillages d’une nature, d’une ampleur et d’une coordination inédites. Les dégradations et les incendies de bâtiments publics (écoles et bibliothèques notamment), de voitures particulières et de permanences d’élus et de partis politiques sont récurrentes depuis plusieurs années, de même que les violences diverses contre des forces de l’ordre, des pompiers ou des soignants, ainsi que la casse de mobiliers urbains et de devantures de magasins à la suite de manifestations et d’événements sportifs ou festifs. Mais certaines de ces violences restaient généralement circonscrites d’une part, aux « quartiers sensibles », d’autres part aux abords des cortèges revendicatifs politiques ou syndicaux. Et les différents groupes d’assaillants, selon leur nature, ne pratiquaient pas toujours les mêmes types de violences ni ne partageaient les mêmes lieux d’interventions.

Au-delà du nombre des dégradations et de la grande brutalités des attaques, l’effarement face à ces récents évènements provient sans doute cependant davantage de la coalition et de l’articulation entre trois types de populations : une mobilisation plus ou moins « pacifique » de manifestants sur des revendications relativement explicites (pouvoir d’achat, prix de l’essence, misère de l’enseignement public, sélection par Parcours Sup, ou même avenir bouché et mépris du pouvoir, et aussi supposée « violence policière »), avec d’une part, des formations en Black-blocs systématisant la casse et la violence de type anarchiste autonome, et d’autres part, une déferlante de pilleurs-casseurs violents et organisés eux aussi, exprimant parfois ouvertement une motivation de revanche sociale.

Le mouvement politique LFI qui théorise pourtant la nature intrinsèquement révolutionnaire de la violence et la « convergence des luttes », a récusé l’hypothèse d’une coordination de sa part entre ces trois groupes. Il est vrai, comme le souligne Philippe Buton[1], qu’à notre époque, l’extrémisme politique ne se dit plus explicitement mais doit être décrypté à partir de non-dits et de mots clés fonctionnant comme des « dog whistles[2] ». Toutefois, si on peut constater une cohérence certaine entre la stratégie de LFI et cette violence multiforme, il ne faut sans doute pas négliger non plus l’action plus masquée encore, des Frères musulmans. Ce qui est à la manœuvre semble bien être en effet la nébuleuse islamo-gauchiste dont l’existence est au demeurant, déniée par leurs agents et leurs idiots utiles islamo-complaisants.

Le mouvementisme de LFI

La France Insoumise n’est pas un parti politique à proprement parler mais un « mouvement », permettant à la fois une gouvernance autocratique en interne, une plasticité idéologique et une souplesse dans l’action. Sa stratégie est celle de « la tension » : déstabiliser les institutions, répandre le chaos, faire monter le niveau de violence dans les paroles et les actions, pousser à la guerre civile. LFI n’est donc pas une simple organisation politique jouant son rôle dans le système de partis en France. Le mouvement appartient à un vaste réseau d’acteurs à travers le monde, où se croisent différents segments idéologiques. Héritière du bolchevisme international sous ses divers avatars et de ses dérives terroristes des années 70, LFI est également désormais solidement articulée aux deux totalitarismes du troisième type, l’islamisme et le wokisme. LFI est ainsi à la fois un allié et même un vecteur de l’entrisme frériste dans le monde politique, un organe de diffusion idéologique polymorphe, et un opérateur-relais de différentes puissances totalitaires ou proto-totalitaires[3] anti-occidentales, et à ce titre, participe pleinement dudit « Sud global[4] ».

LFI se trouve donc au cœur de nouvelles mobilisations « antisystème » dont Jean-Luc Mélenchon théorise explicitement la dynamique « démocratique » depuis le mouvement international des Indignés[5]. Les leaders de LFI justifient systématiquement la violence contre les policiers dans des mobilisations de ZAD, des actions de paysans en colère ou des manifestations syndicales, infiltrées par les black-blocs. Quant aux démonstrations propalestinistes[6] (occupations d’universités, défilés, campagnes d’affichage, actions du BDS[7]) auxquelles participent militants et élus de LFI, elles se multiplient, y appelant au boycott d’Israël et à la mort des Juifs assimilés aux nazis, dans l’inversion victimaire caractéristique des idéologies totalitaires[8], tandis que les attentats islamistes ensanglantant régulièrement les différentes régions du monde, sont au mieux tardivement et mollement condamnées par LFI, au pire qualifiés d’actes de résistance comme ce fut le cas pour les massacres génocidaires du 7 octobre 2023 perpétrés par le Hamas en Israël.

La récente « mobilisation lycéenne » est une nouvelle illustration de la conception perverse de la démocratie chez LFI. La démocratie ne reposerait en rien sur les notions de débat contradictoire, ni de vote majoritaire, de concertation, de négociation et encore moins de consensus, mais au contraire sur celles de conflictualité radicale et de minorité agissante. « Le malheur » étudiant, comme « le malheur palestinien » ou celui des « racisés » en général, justifierait toutes les violences conçues comme légitime défense. La démocratie invoquée n’est alors qu’un vecteur d’affect revanchard.

« Débordements »

Face à « un thumos plat[9] » produit par nos démocraties technocratiques en crise (le terme grec de courage ou vigueur, associé à l’idée de faiblesse, évoque une situation dépassionnée, une atmosphère amorphe), des mouvements divers que l’on peut qualifier de populistes, invitent à retrouver la passion politique. C’est ce que souligne et vante l’Argentin Ernesto Laclau, théoricien du populisme depuis les années 1970, qui promut dans la dernière période, avec sa compagne Chantal Mouffe[10], le concept de « populisme de gauche », et qui est l’une des références de Jean-Luc Mélenchon, fin connaisseur de l’Amérique latine.

Se référant explicitement à Carl Schmitt, Ernesto Laclau et Chantal Mouffe insistent sur la polarisation, la distinction radicale de l’ami et de l’ennemi que réalise la mobilisation populiste, en somme, l’échauffement, le réchauffement qu’il produit de la politique.  Et ce qui « met le feu », ce qui fait catalyseur, ce serait précisément le caractère démocratique du populisme : le populisme se reconnaîtrait à sa capacité à combiner des « demandes démocratiques » éparses dont « les seules caractéristiques [seraient les] suivantes :  a) que ces demandes sont adressées au système par des gens qui en sont exclus –ce qui veut dire qu’elles ont une dimension implicitement égalitaire ; b) que leur émergence même présuppose un certain type d’exclusion ou de privation[11]».

Or, pour Ernesto Laclau, une caractéristique essentielle de l’action populiste est sans doute sa dimension non-institutionnelle : le peuple se réalise, prend forme et réalité, dans l’action spontanée qui en un instant fait unité d’une pluralité éparse. Pas de véritable mouvement populiste sans mouvement de foule c’est-à-dire sans « débordements » ; débordement de l’affect et de l’action, car « la formation d’une foule exige l’exaltation et l’intensification des émotions[12] » comme il le dit, reprenant presque mot pour mot une phrase de Freud[13]. Ces mobilisations prennent alors facilement des formes extrêmes au niveau symbolique et/ou réel : pogrom, agression individuelle, saccage, profanation, crémation d’images et d’effigies, escrache[14], simulacre de tribunaux populaires, menace verbale ou silencieuse, interdit lancé sur certaines pratiques et certains propos. Plus ou moins tolérées par les leaders populistes, elles peuvent aussi être instrumentalisées mais pas forcément absolument maîtrisées par eux.

C’est ainsi que les grands rassemblements péronistes des années 1940-50, toléraient souvent à leurs marges, des agressions de Juifs et des pillages dans les quartiers juifs, sans que l’antisémitisme soit un élément explicite de l’idéologie péroniste[15]. De même, les exactions des colectivos, ces sortes de « chemises rouges » chavistes, sans être directement commanditées par Nicolas Maduro, servaient le régime de terreur en place, tout en gênant parfois le pouvoir cherchant à préserver son image. C’est ainsi également, que les représentants de LFI ni ne condamnent ni ne revendiquent ouvertement les violences du 17 octobre qui à la fois contribuent à faire advenir le chaos qu’ils appellent de leurs vœux, et sapent leur posture de conciliateurs, protecteurs des « enfants » en grève pour censément défendre leur école et leur avenir.

Si les mouvements populistes connaissent donc depuis toujours des bouffées de violence plus ou moins contrôlées par le politique, ce qui est davantage marqué aujourd’hui par rapport aux anciens mouvements populistes comme au fascisme, c’est d’une part l’appel insistant à la démocratie et d’autre part l’amplification de la société du spectacle. Et à l’heure des réseaux sociaux qui permettent une « popularité » immédiate grâce à la « virallité » de certains posts, ces types de mobilisations relèvent plus que jamais, au moins partiellement, d’actions spontanées.

Islamo-gauchisme/islamo-wokisme en rhizomes

La notion d’intersectionnalité permet d’unifier des luttes menées au nom de revendications diverses, identitaires principalement mais parfois sous couvert de demandes sociales plus classiques (en termes de niveau salarial, d’aides sociales ou d’accès au marché du travail). Marie Eaton définit l’intersectionnel comme une oppression « issue de la combinaison de diverses oppressions qui, ensemble, produisent quelque chose d’unique et de différent de toute forme de discrimination individuelle [16]». Dans ce schéma, l’ennemi occidental s’incarne davantage dans « le mâle blanc cisgenre[17]» que dans le capitaliste, et il est caractérisé comme un « privilégié » par rapport aux « racisés[18] », aux victimes « d’islamophobie » et à toutes celles qui subissent d’autres violences tout aussi « systémiques » : les femmes, les personnes « LGBTQ++ » et toutes les minorités supposées ostracisées comme les personnes en surpoids ou de petite taille.

Plus qu’une convergence, c’est alors au développement d’une formation en rhizomes que l’on assiste. « Á la différence des arbres ou de leurs racines, le rhizome connecte un point quelconque avec un autre point quelconque, et chacun de ses traits ne renvoie pas nécessairement à des traits de même nature, il met en jeu des régimes de signes très différents et même des états de non-signes. (…) Le rhizome procède par variation, expansion, conquête, capture, piqûre.[19]» Cette figure rhizomique proposée par Deleuze et Guattari comme la métaphore de leur projet libertaire, trouve étrangement, cinquante ans plus tard, son incarnation dans l’expansion islamiste et l’imprégnation wokiste, mais aussi dans l’articulation du système mafieux avec la petite délinquance.

Associée étroitement à la défense de la « cause palestinienne », l’obsession du « privilège blanc » (décliné également en « privilège juif ») construit une chaîne d’identifications, du Palestinien (« nouveau Juif » victime des « nouveaux nazis » que seraient devenus les Juifs eux-mêmes) à l’Arabe, au musulman, à l’immigré, à l’ex-colonisé prétendument néo-colonisé. Se rejoignent alors l’idéologie islamiste et les deux figures proprement occidentales de la haine de l’Occident le gauchisme néo-tiers-mondiste, particulièrement présent en France, et le wokisme polymorphe. Empruntant à la fois au vieil antisémitisme de gauche et à l’antijudaïsme traditionnel musulman, l’antisémitisme du privilège se cristallise ainsi sur Israël.  À partir des pays musulmans irrigués par un antijudaïsme ancestral, et de l’Amérique latine, berceau du mouvement « décolonial », jusqu’à l’Afrique qui développe de plus en plus sa dynamique anti-occidentale.

Le wokisme est ainsi devenu un instrument à la diffusion de l’islamisme dans les espaces culturels et historiquement « non musulmans ».  Grâce à cette caution donnée par des non-musulmans, à la manière des « compagnons de route » non-communistes qui soutenaient de fait le communisme, l’islamisme accentue sa pression sur les populations qu’il assigne à l’islam malgré leur choix initialement athée ou apostat, comme sur les opinions publiques occidentales menacées d’être traitées de racistes, de xénophobes et « d’islamophobes ». La transformation de ladite islamophobie en « racisme anti-musulmans » qui en fait un tabou absolument intouchable, est théorisée par les idéologues de « l’antiracisme devenu fou[20] » et largement utilisée par les activistes fréristes. Ainsi, le prédicateur islamiste Elias d’Imzalène alimente les réseaux sociaux avec des affirmations comme « ne pas vouloir parler d’islamophobie, participer à des politiques islamophobes, aux polémiques médiatiques islamophobes, c’est encourager l’islamophobie [21]»

Le fait que les émeutes de banlieues, les attaques de bâtiments publics et de représentants de l’État ou les pillages massifs depuis le 17 octobre 2026 comportent un élément de spontanéité et « d’opportunité », ne contredit donc en rien l’hypothèse d’une planification et d’une organisation à visée politique, voire la conforte au contraire dans la mesure où ces bouffées de violence participent de la terreur et du chaos annonciateurs non plus de « l’homme nouveau » bolchevique ou fasciste, mais de « la nouvelle France » ou du califat mondial sur les ruines du vieux monde occidental.

La distinction que la plupart des politiques et des journalistes exigent, entre les trois groupes -manifestants « légitimes », casseurs « anarchistes » et les pilleurs délinquants, est alors à la fois superficielle et trompeuse. Le monde étudiants et lycéen, comme le milieu syndical, sont en effet infiltrés à la fois par l’idéologie LFIste et par l’entrisme des Frères musulman. Le lancement des blocages et des manifestations, fondés sur des revendications aussi légitimes soient-elles, peut donc bien relever de décisions sinon concertées du moins convergentes et croisées, entre les tenants de la déstabilisation institutionnelle. Les manifestants comme les casseurs-pilleurs en sont alors les masses de manœuvre plus ou moins conscientes et consentantes. Ainsi se déploient les rhizomes polyvalents des nouveaux totalitarismes[22].

[1] Voir notamment sa conférence « Comment mesurer la dangerosité d’un groupe extrémiste ? Discours et violence » donnée dans le cadre du Groupe de Recherche RRA le 22 octobre 2026. Mis en ligne sur YouTube : https://www.youtube.com/watch?v=a2vRz2Farg8
[2] Traduction littérale : « sifflet de chien », émettant des ultrasons audibles seulement par les chiens et non les humains, métaphore de ces mots codés dont les connotations idéologiques ne sont actives que pour ses partisans déjà convaincus.
[3] Régimes à visée totalitaire se présentant comme des démocraties par la tenue d’élections pluralistes mais en fait strictement contrôlées par le pouvoir comme en Russie, en Iran, en Turquie ou au Venezuela. Voir Renée Fregosi, Cinquante nuances de dictature. Éditions de l’Aube 2023
[4] Voir Renée Fregosi, Le Sud global à la dérive. Entre décolonialisme et antisémitisme. Éditions Intervalles 2025
[5] Voir Renée Fregosi, Les nouveaux autoritaires. Justiciers, censeurs et autocrates. Éditions du Moment 2016
[6] Le terme « propalestinisme » est préféré à celui de « palestinisme » afin de souligner l’origine de cette construction idéologique entée dans la passion propalestinienne
[7] Le mouvement international « Boycott-désinvestissement-sanctions » contre Israël a été créé en juillet 2005 par un « Comité national palestinien » et soutenu par 170 organisations palestiniennes.
[8] Voir Renée Fregosi, La dimension victimaire des idéologies génocidaires. (pp.19-27) Les Cahiers de République universelle, 6(1) 2025
[9] Selon l’expression de Pierre Manent dans Le regard politique (chapitre 2) Éditions Flammarion 2010
[10] Voir Chantal Mouffe, Pour un populisme de gauche, Éditions Albin Michel 2018
[11]  Ernesto Laclau, La Raison populiste (p.149) Éditions du Seuil 2008
[12] Ernesto Laclau, La Raison populiste (p.65) Éditions du Seuil 2008
[13] Sigmund Freud, Psychologie collective et analyse du moi (p.23) Editions Alicia 2021 : « Le phénomène le plus remarquable et, en même temps, le plus important d’une formation collective consiste dans l’exaltation et l’intensification de l’émotivité chez les individus dont elle se compose. »
[14] Manifestation bruyante devant le domicile, le lieu de travail, l’espace d’exposition d’une œuvre, la salle de réunion ou même le palais de justice où se tient le procès d’une personnalité dont les crimes supposés ne seraient pas punis à la hauteur de leur gravité. Venue d’Argentine à l’origine, la pratique de l’escrache (néologisme jouant sur le bruit d’une déchirure, d’un arrachement) s’est répandue ensuite en Amérique latine et au-delà.
[15] Voir Leonardo Senkman, El antisemitismo en la Argentina. Volume 1. Éditions Centro Editor de América latina 1986
[16] Mary Eaton, « Patently Confused, Complex Inequality and Canada v. Mossop » (pp. 203-229) Revue d’études constitutionnelles, vol. 1, 1994. Pour une analyse critique du concept, voir notamment Jean Szlamowicz, Les moutons de la pensée. Éditions Le Cerf, Paris,2022.
[17] Ce qu’on appelle « cisgenre » dans la vision woke, est une personne se vivant en accord avec le genre qui lui a été « assigné » à la naissance, ce qui lui accorderait de fait un « privilège ».
[18] L’adjectif « racisé-e » désormais intégré dans le dictionnaire Robert (!) se définit comme se référant à une « personne touchée par le racisme, la discrimination ». Il est précisé que l’on peut parler de « Populations racisées ». Les non-racisés, c’est-à-dire les « blancs » bénéficieraient donc de fait d’un privilège.
[19] Gilles Deleuze et Félix Guattari, Mille plateaux (pp.31-32) Paris, Éditions de Minuit 1980.
[20] Selon l’expression de Pierre-André Taguieff, L’antiracisme devenu fou, Éditions Hermann, Paris, 2021.
[21] Cité par Nora Bussigny, « Trappes, manifestations lycéennes : derrière les récupérations, l’agenda islamiste », Le Point 30 octobre 20265
[22] Voir Renée Fregosi, « Un nouveau totalitarisme » (pp.57-62) Revue Commentaire N°193 Printemps 2026

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