Faire connaître un pays suppose de savoir ce que l’on souhaite transmettre de son histoire, de ses talents et de son avenir. C’est cette conviction que défend Claudy Siar dans sa nouvelle mission auprès du président Romuald Wadagni. À travers sa vision du Bénin se dessine une ambition politique : faire de la confiance culturelle un ressort du rayonnement national.
Il est une phrase à laquelle Claudy Siar revient volontiers : « Le Bénin retrouve sa place dans le concert des grandes civilisations. » La formule exprime une certaine idée du pays et de son avenir. Elle place la profondeur historique, la mémoire et la création au cœur d’un projet collectif. Dans cette perspective, le développement prend aussi une dimension culturelle : il engage la manière dont une société se regarde, transmet ses héritages et envisage sa contribution au monde.
Cette conviction éclaire la responsabilité confiée à l’ancien animateur de Couleurs tropicales. Nommé le 3 juin 2026 chargé de mission du président Romuald Wadagni à la Culture, aux Médias et à la Visibilité du Bénin, Claudy Siar occupe une position à la rencontre de trois domaines étroitement liés. La culture fournit des œuvres, des références et des imaginaires ; les médias les font circuler ; leur diffusion contribue à la place qu’un pays occupe dans les représentations internationales. Le rapprochement de ces compétences donne à sa nomination une portée qui dépasse la communication présidentielle.
La fierté nationale comme point de départ
Dans l’entretien accordé à TV5MONDE et mis en ligne le 25 septembre, Claudy Siar insiste sur ce qu’il considère comme une transformation essentielle : la fierté d’être béninois. Il inscrit cette évolution dans le prolongement des politiques de mémoire, d’éducation et d’infrastructures engagées sous Patrice Talon. Son propos porte surtout sur les effets intérieurs de cette dynamique. Une population qui reconnaît la valeur de son histoire et de ses langues dispose, à ses yeux, d’un point d’appui pour construire son avenir. La visibilité extérieure commence ainsi par une confiance acquise chez soi.
Cette approche mérite attention dans un espace francophone où la question culturelle demeure souvent traversée par celle du rapport à l’histoire coloniale. Claudy Siar défend la mise en valeur des langues béninoises tout en assumant la place du français. On peut y voir une conception ouverte de la souveraineté culturelle : choisir ce que l’on veut transmettre, donner toute leur place aux héritages locaux et conserver la capacité de dialoguer avec d’autres mondes. La confiance permet alors de faire de la pluralité une ressource.
Son propre parcours donne une consistance particulière à cette idée. Français d’origine guadeloupéenne, devenu béninois, Claudy Siar explique fréquenter le pays depuis 1991. Il revendique son africanité tout en reconnaissant les dimensions indienne et européenne de son identité caribéenne. Lorsqu’il affirme que « le Bénin nous répare de certains traumatismes de l’histoire », il exprime la portée intime que peut revêtir ce rapprochement pour des Afro-descendants. L’appartenance devient ici un lien à reconstruire, puis une responsabilité à exercer.
Des héritages à transmettre, des relations à construire
La place qu’il accorde aux diasporas découle de cette vision. Dans son adresse aux Béninois, Claudy Siar appelle ceux qui vivent dans le pays, ceux qui résident à l’étranger et les Afro-descendants à participer à une même ambition. « Vos succès individuels pour le Bénin sont des victoires collectives », dit-il. Cette formulation propose une communauté de contribution : chacun peut prendre part au rayonnement national par son travail, sa création, son expérience ou les relations qu’il entretient. Elle donne au sentiment d’appartenance un débouché concret.
Bénin Influence doit traduire cette ambition dans l’action. « Agir, dire, bâtir » : les trois verbes retenus articulent l’action publique, le travail de transmission et la construction de relations durables. Claudy Siar en a présenté les grandes orientations à Romuald Wadagni le 14 septembre, au palais de la Marina. Cette étape donne un cadre institutionnel à sa démarche. Elle pose également l’enjeu de la mission : faire en sorte que l’attention suscitée autour du Bénin ouvre des possibilités de coopération et de diffusion pour ses acteurs culturels.
C’est à cet endroit que son expérience médiatique prend tout son sens. Une longue pratique de la radio et de la télévision apprend à mettre une œuvre en relation avec un public, à rendre une histoire intelligible et à faire entendre une voix dans un espace encombré. Appliqué au rayonnement d’un pays, ce savoir-faire peut servir des artistes, rapprocher des institutions et donner une audience à des initiatives encore peu connues. La mission confiée à Claudy Siar lui offre la possibilité de mettre cette expérience au service d’un projet dont il partage les convictions.
En le nommant auprès de lui, Romuald Wadagni a ainsi fait le choix d’un parcours autant que d’une personnalité. Celui d’un homme qui a consacré une large part de sa vie professionnelle à faire circuler les cultures africaines et qui entend désormais contribuer à l’avenir d’un pays devenu le sien. La vision qu’il porte du Bénin trouve là sa traduction politique : transmettre une histoire, donner confiance aux talents présents et construire, à partir de cet ancrage, des relations avec le monde.
Valerie Travenetti
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