Les Américains sont appelés aux urnes le 3 novembre prochain. Avec une majorité ne tenant qu’à un siège à la chambre des Représentants, et à peine plus au Sénat, les Républicains cherchent à faire campagne en éludant l’impopularité de leur président.

Les élections de mi-mandat sont généralement dévastatrices pour l’exécutif américain. Depuis la guerre de Sécession, la proportion de sièges détenue par le parti au pouvoir a été réduite plus de neuf fois sur dix au cours de ces scrutins. Et si Donald Trump est loin d’être le président le plus impopulaire de l’histoire, rares ont été ses prédécesseurs à aborder des midterms avec des scores aussi inquiétants dans l’opinion : la plupart des sondages estiment qu’entre 30 et 40 % de ses concitoyens approuvent sa politique. À titre de comparaison, il y a quatre ans, Biden stagnait aux alentours de 40 à 45 %, et malgré ces scores corrects, les Démocrates avaient dû céder la Chambre des représentants à la droite en novembre 2022.

Pour les Républicains, il s’agit donc de faire campagne en composant avec le rejet croissant, y compris au sein de leur propre base, de la politique extérieure du président (71 % d’opinions défavorables selon un sondage SSRS pour CNN fin septembre), et les préoccupations pécuniaires de leurs administrés, qui doivent assumer l’augmentation des prix de l’essence (+ 55 % depuis janvier 2026 à l’échelle nationale, avec d’importantes disparités d’un État à l’autre). Si ce tableau semble assez sombre de prime abord, il fait l’impasse sur la résilience de l’économie américaine, dont les fondamentaux macroéconomiques restent particulièrement robustes. Les salaires réels, ainsi, se sont maintenus à un niveau stable, malgré une inflation considérablement supérieure (3.4 %) à la cible de la Réserve fédérale (2 %). En outre, les États-Unis restent un pays largement industrialisé : la hausse du cours du pétrole profite donc aux raffineurs américains, et de manière générale, l’augmentation des prix découle davantage d’une surchauffe que d’une stagnation de l’économie telle qu’on la subit en France.

À l’approche de ces élections, la difficulté principale pour Donald Trump est qu’aux yeux des Américains, il ne tient pas vraiment la comparaison avec… Lui-même. En effet, au cours de son premier mandat, les salaires réels avaient considérablement augmenté (d’environ 7 %), entraînant une amélioration conséquente du pouvoir d’achat des Américains. Depuis son retour à la Maison-Blanche, la hausse des salaires a suivi celle de l’inflation, mais ne l’a pas dépassée, conduisant à une stagnation du niveau de vie. Et dans ce contexte, le président américain semble avoir complètement perdu son plus grand atout politique : sa capacité à comprendre où se situe son électorat. Des coûts à la pompe devenus impossibles à assumer ? « C’est un tout petit prix à payer pour se débarrasser » des capacités nucléaires iraniennes, n’a-t-il de cesse de clamer, après avoir fait campagne contre les « guerres éternelles » qui nuisent au quotidien des Américains…

Ce constat de déconnexion de Donald Trump par rapport aux préoccupations de sa base se matérialise également sur la question de l’intelligence artificielle. Or la multiplication des centres de données alimentant l’IA est devenue un sujet de campagne à part entière. En Ohio, ainsi, le démocrate Sherrod Brown entend ravir le siège du sénateur républicain sortant Jon Husted en l’attaquant sur le climat fiscal favorable à l’installation de data centers sur place. Au Michigan, le démocrate progressiste William Lawrence gagne du terrain dans un district pivot en promettant un moratoire national immédiat contre la construction de nouveaux centres. À l’échelle du pays, selon une enquête du Pew au début de l’été, 52 % des Américains sont « plus préoccupés qu’excités » par le développement de l’intelligence artificielle, dont quasiment autant de républicains que de démocrates. Cette proportion est encore plus importante dans les localités rurales, vivier électoral des Républicains. Outre les inquiétudes économiques et sécuritaires suscitées par ce secteur, le nombre croissant de rapports faisant état d’une pollution de l’eau à la suite de l’installation d’un centre de données dans un quartier radicalise naturellement les électeurs.

Face à cela, le président américain, dans une novlangue presque macronienne, a préféré refuser la semaine dernière toute régulation étatique de cette technologie, en appelant à la responsabilité collective des acteurs de l’intelligence artificielle, qu’il a encouragé à rebaptiser « super intelligence ». Le résultat : nombre de courses que les Républicains pensaient gagnées d’avance se montrent de plus en plus serrées. Les prévisionnistes du Cook Political Report ont ainsi, fin septembre, changé leur analyse pour plusieurs localités, par exemple en Floride, en Caroline du Nord et au Texas, requalifiant certains districts vus comme puissamment républicains en « indécis ».

Cette situation pousse Donald Trump à considérablement s’investir dans la campagne, multipliant les meetings dans les États les plus « rouges » du pays, quitte à délaisser complètement les États pivots. « Agissez comme si j’étais sur le bulletin », réclame-t-il à sa base, tandis que les candidats à ces élections de mi-mandat s’affairent à éluder son sujet dans leurs communications. Une enquête réalisée par CNN sur la première quinzaine de septembre révélait ainsi que, sur plus de 500 publicités télévisuelles de campagne diffusées par les Républicains sur la période, seules douze mentionnaient le nom du président, contre 95 côté démocrate. Même les élus les plus trumpistes cherchent à se distancer de lui : son nom et sa photo ont par exemple été retirés du site internet de Byron Donalds, un fervent républicain de la chambre des Représentants, qui espère succéder à Ron DeSantis à la tête de la Floride.

Mais le président ne semble pas encore avoir pris conscience des difficultés que rencontrent les Républicains à défendre leur bilan. Il vient en effet de commencer à diffuser une série de spots publicitaires produits directement par la Maison Blanche. Or plutôt que de les ressouder, cette utilisation de l’argent public dans une période électorale a suscité le malaise chez nombre de républicains, y compris du chef de la majorité sénatoriale, John Thune. Résultat : l’appel à se rendre aux urnes que Donald Trump souhaitait répandre s’est transformé en polémique sur la légalité de la méthode, éclipsant, une fois de plus, son message.


Eliott Mamane

Eliott Mamane est journaliste et chroniqueur pour plusieurs médias. Il travaille principalement sur la politique française et sur la politique américaine, en se focalisant sur la vie partisane de ces deux pays ainsi qu’aux configurations des débats intellectuel et médiatique sur place. Il a notamment écrit pour Le Figaro et Marianne. Il intervient régulièrement à la radio sur les ondes d’Europe 1 et à la télévision sur la chaîne d’information France Info.

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