À la suite des incendies dramatiques qui ont ravagé plusieurs massifs du Sud-Ouest et du Sud-Est, l’urgence est double : sécuriser les parcelles touchées et trouver rapidement des débouchés aux bois incendiés.
Les exploitants forestiers sont en première ligne. Leur métier consiste précisément à récolter le bois sur pied, à en organiser la mobilisation et à le valoriser selon les différents débouchés disponibles : bois d’œuvre, bois d’industrie, bois énergie.
Dans une telle situation, la logique voudrait que l’on fasse confiance aux professionnels pour orienter au mieux la ressource vers les marchés capables de l’absorber, en privilégiant autant que possible les débouchés nationaux. C’est pourtant là que commence un paradoxe bien français.
Alors même que l’amont de la filière cherche désespérément des solutions pour écouler les volumes supplémentaires issus des incendies, certaines entreprises françaises restent soumises à des plans d’approvisionnement définis ou encadrés administrativement.
C’est notamment le cas de GazelEnergie, énergéticien implanté à Gardanne-Meyreuil, dans les Bouches-du-Rhône.
Dans le même temps, la situation de Fibre Excellence à Saint-Gaudens fragilise profondément l’équilibre économique de l’ensemble de la filière dans le Grand Sud. Cette usine papetière constitue depuis des années un débouché majeur pour les exploitants forestiers d’Occitanie. La menace qui pèse sur son activité oblige naturellement les professionnels à rechercher d’autres débouchés pour leurs bois.
Les énergéticiens du Sud sont donc aujourd’hui particulièrement sollicités et c’est dans cette logique que les exploitants forestiers membres du SEFB se sont tournés vers eux.
Mais ils se heurtent à une réalité administrative difficilement compréhensible : les volumes susceptibles d’être approvisionnés localement sont plafonnés dans le cadre de plans d’approvisionnement encadrés par l’État.
Pour 2026, le plafond d’approvisionnement prévu pour l’Occitanie serait ainsi limité à 70 000 tonnes. Ce volume a été très rapidement atteint compte tenu des difficultés rencontrées par Fibre Excellence et de l’afflux de bois sur le marché.
Dans le même temps, le plan d’approvisionnement prévu par l’Etat prévoit 150 000 tonnes d’importations.
Voilà donc le paradoxe : au moment même où la France cherche à préserver ses emplois industriels, à relocaliser ses chaînes d’approvisionnement et à renforcer sa souveraineté énergétique, une entreprise française peut être conduite à importer du bois alors que des milliers de tonnes de bois français cherchent un débouché à quelques centaines de kilomètres. N’y a-t-il pas là une incohérence ?
Les exploitants forestiers connaissent les massifs, les volumes disponibles, les contraintes logistiques et les différents débouchés. Les industriels connaissent leurs besoins et leurs capacités d’absorption.
Pourquoi ne pas leur faire davantage confiance ?
Nous proposons donc qu’en cas de crise forestière majeure : incendies, tempêtes, dépérissements sanitaires ou fermeture d’un site industriel, les plans d’approvisionnement puissent être révisés rapidement afin de donner la priorité à la ressource nationale disponible.
Une telle mesure serait à la fois économique, écologique et cohérente avec les discours sur la souveraineté et les enjeux climatiques. En effet, importer du bois lorsque la ressource française est disponible est une aberration économique autant qu’environnementale.
La filière forêt-bois française a déjà suffisamment de difficultés : accumulation réglementaire, hausse des coûts, aléas climatiques, difficultés d’accès à la ressource et fragilisation de nombreux débouchés industriels. Elle n’a pas besoin que l’administration planifie ses choix économiques. Et surtout, elle a besoin qu’on fasse confiance à ses professionnels de la forêt.
Annabelle Jacquemin-Guillaume, Déléguée générale du Syndicat des Exploitants de la Filière Bois (SEFB)
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