Droite anémiée, gauche fracturée et pour une grande part radicalisée, macronisme et bloc central démonétisés après dix longues années de pouvoir : en cette rentrée politique à huit mois d’une élection décisive la scène politique offre un paysage conforme à la méfiance dont elle ne cesse d’être l’objet depuis des décennies. Mais en accéléré et en aggravé. Sur les décombres du macronisme, la sociologie cette fois dans ce qu’elle a d’inaltérable et de tellurique pourrait livrer cette vérité que l’on pressent venir élection après élection mais qui à chaque fois bute dans un ultime sursaut sur la capacité in extremis des partis de gouvernement à s’arracher à leur destin funeste.

La présidentielle qui vient est sans doute la plus matricielle et en conséquence la plus existentielle depuis 1981 qui vit la gauche accéder au pouvoir après de très longues années de disette. Le vrai sujet de cette élection sera de savoir si les électeurs opteront pour ce qui apparaît à nombre de citoyens et d’observateurs comme une alternance de rupture ou si tout compte fait ils opteront pour une alternance de continuité. Le macronisme né d’une fausse alternative mais d’une vraie volonté de perpétuer un système de gouvernance pour lequel le politique à l’échelle nationale est une variable d’ajustement à des données mondialisées aura été in fine d’abord un produit de synthèse oscillant selon les circonstances entre le centre gauche et le centre droit.

Cette rentrée politique est toute traversée par une question : les candidats déclarés ou potentiels des partis de gouvernement professent tous avec des nuances selon leur positionnement vouloir éviter un deuxième tour voyant s’affronter RN et LFI. La force des deux marques est double : non comptables des expériences passées, elles peuvent mutatis mutandis exciper la cohérence de leur opposition et par-delà même la cohésion tout autant de leurs troupes que de leurs électorats. Cette caractéristique tend à ossifier et à solidifier au fur et à mesure que l’on entre dans la campagne leur capital électoral que les sondages objectivent dans les intentions de vote. D’aucuns, non sans raison, ne manqueront pas d’objecter que l’échéance encore lointaine du premier tour rend particulièrement friable toute projection. Il n’empêche : la fragmentation des offres de partis de gouvernement, les divisions endogènes qui traversent les différents courants en compétition, l’absence pour chacun d’entre eux dans une élection incarnée d’incarnation incontestable sont autant d’éléments objectifs témoignant à ce stade de la fragilité historique des formations gouvernementales, qu’elles soient à droite, à gauche et au centre, et quand bien même parviendraient-elles à s’agréger dans un énième sursaut de survie. On peut toujours penser les événements dans leur récurrence certes, mais à conjoncture de défiance constante il arrive que les digues cèdent sous la poussée conjointe des dynamiques politiques et sociales. Rien dans ce qui a caractérisé au sortir de l’été les prises de position des multiples acteurs du mainstream partisan ne laisse envisager à court terme un déverrouillage de rapports de forces installés puissamment. Parce qu’elle est aussi une physique des forces, la politique ne peut totalement et toujours s’abstraire de cette réalité, sauf à ce que dans un interstice impossible surgisse comme en 2017 une trajectoire inattendue. Ce que l’on est bien en peine de distinguer dans l’anomie régnante, là où ceux qui prétendent prendre leurs distances avec dix années de mandat macroniste ne peuvent faire oublier qu’ils furent partie prenante de cette aventure en fin de règne…


Arnaud Benedetti

Ancien rédacteur en chef de la Revue politique et parlementaire, Arnaud Benedetti est professeur associé à Sorbonne-Université, essayiste et spécialiste de communication politique. Il intervient régulièrement dans les médias (Le Figaro, Valeurs actuelles, Atlantico, CNews, Radio France) pour analyser les stratégies de pouvoir et les mécanismes de communication. Parmi ses ouvrages figurent Le Coup de com’ permanent (Cerf, 2018), Comment sont morts les politiques ? Le grand malaise du pouvoir (Cerf, 2021), ainsi qu’Aux portes du pouvoir : RN, l’inéluctable victoire ? (Michel Lafon, 2024). Ses travaux portent sur les transformations du discours public et les évolutions de la vie politique française.

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