Après G. Attal et R. Gluksman, mais aussi J.-L. Melenchon, avant E. Philippe dimanche prochain, B. Retailleau s’est livré à l’exercice du meeting ce samedi, à Vincennes. Occasion de se demander quelle est leur fonction, à dix mois du scrutin. Vaine agitation ?
Les meetings de nos candidats se suivent et se ressemblent : montrer des images de foule aux TV, mobiliser ses réseaux militants, afficher des personnalités en soutien, roder ses thèmes de campagne et faire ses gammes de tribun, pour le candidat. Le rituel semble écrit, comme celui d’une figure imposée dans les épreuves de patinage artistique – avant les figures libres, dans la vraie campagne ?
Ainsi B. Retailleau a-t-il pu afficher la présence de quelques caciques de son camp – Baroin, Pecresse, Larcher et Barnier, comme pour mieux faire la nique aux absents qui ont toujours tort (Waukiez, Bertrand, Copé). Et puis notre ami Boualem Sansal a pris la parole, comme Annie Ernaux l’avait fait au meeting de J. L. Melenchon : il y a donc encore des écrivains qui n’ont pas peur de la politique et renouent avec l’engagement ! Cela ne peut nuire à la qualité de la politique française…
Mais la masterpiece d’un meeting reste bien sûr le discours du candidat. B. Retailleau a martelé un nouveau slogan : « remettre la France à l’endroit », formule parfaite pour les reprises médias. Avant d’égrener les grands classiques d’un candidat de droite : référendum à ouvrir, immigration à maîtriser, Justice à raffermir, politique familiale à réveiller, assistanat à combattre. Avec un talent oratoire encore empreint parfois de raideur – celui de Glucksman était parfois maladroit la semaine dernière. Les tribuns sont en rodage – hormis Mélenchon, tribun à temps plein toute l’année depuis 15 ans.
Le plus intéressant dans ces premiers discours de campagne se trouve dans les coups de patte aux concurrents directs, souvent par allusion : B. Retailleau a ainsi raillé l’immigration zéro du RN, le « tu casses, tu répares » d’Attal, la fermeture de la centrale de Fessenheim (E. Philippe était alors premier ministre). Mais tout cela à fleurets mouchetés, comme mezzo voce, à destination des initiés. Au total un meeting réussi pour B. Retailleau, sans fausses notes. Sans non plus d’innovation marquante, de rupture de ton. Guère plus ou mieux que les autres candidats qui ont tenu meeting, car il leur manque encore l’émotion, le frisson, les vraies piques qui font rire des autres candidats, la formule qui fait mal et qui signe le grand fauve électoral. Le conquérant.
Alors à quoi bon ces meetings, celui de B. Retailleau comme celui des autres ? Aucun n’a commis de faute rédhibitoire, aucun n’a marqué de point qui accélérerait la campagne, ou ferait bouger les lignes sondagières.
Je tiens meeting, donc j’existe, tel est en réalité le seul cogito de nos candidats aujourd’hui, qui sont pour beaucoup d’entre eux des primo-candidats – c’est leur première candidature.
J’existe malgré les critiques ou le scepticisme de mes contempteurs internes et de la concurrence externe. J’existe car on se saurait douter méthodiquement de ma candidature, que je m’appelle Attal, Gluksman, ou Retailleau. J’existe car je serai candidat jusqu’au bout, tenez-vous le pour dit.
Nous sommes dans la phase du meeting existentiel, celui qui, s’il n’avait pas lieu, serait le signe d’un doute, d’une hésitation mortelle.
En attendant le début de la vraie campagne, qui commencera quand le favori sera désigné. C’est le 7 juillet, par les juges, qui auront l’amabilité de nous dire qui de M. Le Pen ou de J. Bardella sera le candidat du RN.
Alors la campagne et les meetings de la rentrée prendront un autre sens et une autre intensité.
Philippe Guibert
Philippe Guibert est consultant, enseignant et chroniqueur TV. Il a publié en 2024 Gulliver Enchainé, le déclin du chef politique en France (Cerf). Il a été directeur du service d information du gouvernement (SIG) et directeur de la communication dans diverses structures publiques. Il a dirigé la rédaction de la revue Medium de Régis Debray.
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