Le journalisme de terrain confronte parfois ses auteurs à des situations qui dépassent le simple récit de l’actualité. Avec Captif, le journaliste David Benaym livre le récit d’une détention de plusieurs semaines au Nigeria en 2021, alors qu’il enquêtait sur les communautés juives Igbo du sud-est du pays. Une expérience qui l’a conduit à interroger à la fois sa condition de reporter, son identité personnelle et les fragilités des libertés individuelles dans certaines régions du monde.
Dans un entretien accordé à Aimé Kaniki pour Entrevue, David Benaym explique avoir pris conscience, durant cette captivité, que son homosexualité pouvait constituer un danger vital dans un pays où les minorités sexuelles demeurent fortement exposées aux discriminations et aux persécutions. Cette prise de conscience intervient dans un contexte où plusieurs États continuent de criminaliser l’homosexualité, rappelant que certaines libertés considérées comme acquises en Europe restent loin d’être universelles.
Quand le journaliste devient le sujet de son propre récit
Mais Captif dépasse largement le témoignage personnel. Le livre s’inscrit dans une réflexion plus large sur la vulnérabilité des journalistes confrontés à des régimes autoritaires ou à des zones où l’État de droit demeure fragile. À travers son expérience, Benaym décrit la manière dont un reporter peut soudainement devenir le sujet de sa propre enquête. Celui qui était parti raconter l’histoire d’une minorité religieuse se retrouve lui-même plongé dans une situation où les questions d’identité, de liberté et de survie deviennent centrales.
L’ouvrage interroge également la place de l’intime dans le récit journalistique contemporain. Longtemps, une certaine tradition du reportage valorisait l’effacement du journaliste derrière les faits. Pourtant, les grandes crises du XXIe siècle ont progressivement remis en lumière la subjectivité du témoin. En assumant d’évoquer sa séropositivité, son homosexualité ou encore les épreuves personnelles qui ont jalonné son parcours, David Benaym s’inscrit dans cette évolution où le vécu individuel devient aussi un outil de compréhension du monde.
Une réflexion sur les limites de l’universel
Loin des rédactions occidentales et des débats sur l’avenir des médias, le parcours de David Benaym rappelle une évidence parfois oubliée : dans de nombreux pays, enquêter reste une activité qui expose directement celui qui la pratique. Le journaliste n’est plus seulement observateur. Il peut devenir, malgré lui, un acteur des événements qu’il était venu raconter. L’expérience nigériane décrite dans Captif montre à quel point les protections que l’on considère souvent comme acquises (liberté d’expression, liberté de circulation ou liberté de vivre son orientation sexuelle) demeurent profondément dépendantes du contexte politique et culturel dans lequel elles s’exercent.
Au-delà du destin singulier d’un journaliste, Captif pose finalement une question plus universelle : que reste-t-il des convictions, des identités et des certitudes lorsque les protections habituelles disparaissent ? À travers ce récit de captivité, David Benaym invite le lecteur à réfléchir à la valeur concrète de la liberté, non comme un principe abstrait, mais comme une réalité dont l’absence révèle toute l’importance.
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