TRIBUNE – Paradis promis ou extinction annoncée, les deux récits de l’intelligence artificielle générale partagent la même prémisse jamais discutée : une puissance non humaine s’apprête à échapper à la juridiction des hommes. Pour Zak Allal, cette eschatologie n’est pas une prévision scientifique mais une narration politico-économique qui masque une industrie déficitaire et sanctuarise une concentration inédite du pouvoir.
Trois oracles ont donné, ces derniers mois, le ton du débat sur l’intelligence artificielle. Elon Musk estime que l’argent aura cessé d’avoir un sens en 2036, robots et algorithmes produisant davantage qu’aucun humain ne peut consommer.[1] Sam Altman décrit un génie d’Aladin exauçant les vœux, dont le premier, choisi par lui, bénéficiera à l’humanité entière.[2] Roman Yampolskiy, professeur d’informatique à Louisville, avance de son côté une probabilité de 99,9 % d’extinction de l’espèce d’ici un siècle.[3]
Les deux premières déclarations annoncent le paradis, la troisième la fin du monde. Toutes trois reposent sur une prémisse commune que personne ne discute : une puissance non humaine s’apprête à échapper à la juridiction des hommes.
Que ce registre du salut soit tenu par des ingénieurs rompus à la discipline du capital-risque, et non par des théologiens, constitue en soi un signal d’alarme. La première exigence n’est ni de croire ni de nier : elle est de ramener ces fables à l’exacte mesure des intérêts de ceux qui les colportent.
L’ironie est totale : ces hommes qui se réclament du transhumanisme, fondé sur le matérialisme le plus absolu, exigent soudainement de nous une foi mystique. L’eschatologie de l’intelligence artificielle générale (IAG) n’est pas une prévision scientifique. Dépourvue de validité empirique, elle opère comme une narration politico-économique : dissimuler une industrie déficitaire, masquer les limites physiques de sa croissance, justifier l’incinération perpétuelle de capitaux et sanctuariser une concentration inédite du pouvoir.
Dès 2015, dans un travail consacré aux technologies émergentes, nous ajoutions à la géopolitique et à la géoéconomie une troisième grille de lecture : la géotechnologie.[4] Son principe : dans un monde post-westphalien, les acteurs privés qui contrôlent les technologies décisives acquièrent une puissance transnationale comparable à celle des États. Au cadre DIME, principale grille de lecture des instruments de puissance (diplomatique, informationnel, militaire et économique), nous proposions d’ajouter une dimension technologique autonome : le cyberespace, la puissance de calcul, l’intelligence artificielle, le quantique, les biotechnologies, les nanotechnologies, la robotique et les infrastructures spatiales, à laquelle devraient être adossées des agences souveraines de financement stratégique sur le modèle de la DARPA, vouées aux recherches à haut risque et à fort potentiel de rupture, à l’image de l’IARPA pour le renseignement et, aujourd’hui, de l’ARPA-H pour la santé.
L’IAG n’est pas une apparition métaphysique, mais un actif de souveraineté. La question n’est pas de savoir si la machine aura une âme, mais jusqu’où OpenAI, Anthropic, xAI, Microsoft, Google ou Nvidia utiliseront leur contrôle du calcul pour contraindre les États ou s’y substituer.
La géographie du récit en révèle la fonction. La peur de la machine qui s’éveille reste un produit d’exportation strictement nord-américain, comparable à l’hystérie des OVNI, couverture narrative d’enjeux bien plus terrestres.[5] À Pékin comme à Moscou, la doctrine d’État ne s’encombre d’aucune angoisse existentielle : l’algorithme n’y a pas d’âme. Il y est un multiplicateur cinétique, un outil de guerre électronique et de sécurité.[6][7] En France, en Chine ou en Russie, puissances militaires et nucléaires majeures, on ne s’angoisse pas davantage de l’éveil d’une conscience artificielle qu’on ne signale de soucoupes volantes. Si la Silicon Valley s’invente une apocalypse de silicium, c’est parce qu’elle a besoin d’un récit à la démesure des capitaux qu’elle engloutit.
Cette fracture était visible il y a dix ans. Nous relevions alors que les États-Unis demeuraient gouvernés par des juristes, tandis que huit des neuf principaux responsables chinois étaient issus des sciences ou de l’ingénierie.[4] D’un côté, une lutte de contrats, de normes et de levées de fonds ; de l’autre, une compétition d’ingénierie et de souveraineté technologique.
L’industrie de l’IA générative brûle du capital à une échelle qui exige l’aveuglement. Les comptes d’OpenAI pour 2025 révèlent 13,07 milliards de dollars de revenus pour 34 milliards de charges et 20,92 milliards de pertes d’exploitation : pour chaque dollar encaissé, l’entreprise en consume 2,60.[8] Tout autre secteur affichant ce rythme serait placé sous tutelle ou liquidé ; dans la Silicon Valley, on appelle cela l’aube d’une nouvelle civilisation pour continuer à lever des fonds.
L’annonce par Elon Musk d’une disparition prochaine de la monnaie remplit cette double fonction. Au grand public, elle promet une abondance sans effort. Aux investisseurs, elle vend la propriété de ce qui succédera à l’argent : le calcul, les réseaux énergétiques et les plateformes qui administreront cette abondance. L’espoir des uns et la peur du déclassement des autres sont convertis en levées de capitaux.
La métaphore du génie d’Aladin, convoquée par Sam Altman, obéit à la même mécanique. En promettant une entité omnipotente dont le premier vœu « bénéficiera à l’humanité », l’oligopole déploie un bouclier géopolitique : il intime aux États l’ordre de ne pas interférer avec le clergé qui administre le salut public. Sous le vernis de l’altruisme post-rareté, cette rhétorique justifie l’accaparement prioritaire des infrastructures physiques. Le risque de transfert au public est si concret que la Maison-Blanche a dû faire promettre à Amazon, Google, Meta, Microsoft, OpenAI, Oracle et xAI de financer eux-mêmes les capacités électriques exigées par leurs centres de données, plutôt que d’en reporter le coût sur les ménages.[9]
Les actes démentent pourtant les discours. Ceux-là mêmes qui prophétisent l’obsolescence de la monnaie liquident leurs actifs : en dix-huit mois, les initiés de Nvidia, Meta et Palantir ont converti plus de 15,6 milliards de dollars d’actions en monnaie fiduciaire, sans le moindre achat sur le marché libre.[10] On ne solde pas son patrimoine en dollars si l’on croit à une utopie post-rareté. Le récit de la singularité offre une sortie liquide aux dirigeants avant que l’industrie ne percute son plafond de verre.
L’équation de l’extinction, défendue avec une sincérité que je ne mets pas en doute par des chercheurs comme Roman Yampolskiy, auquel je me suis lié d’amitié en 2012 à la Singularity University, pèche par abstraction. Elle est formulée dans le vide de l’informatique pure, comme si l’intelligence pouvait se soustraire à l’énergie et à la matière.[11] Or l’intelligence n’est pas un pur esprit. C’est un processus physique, et la matière humilie aujourd’hui le mythe.
Regardons l’équation énergétique. L’ERCOT, gestionnaire du réseau texan, notre RTE local mais coupé des deux grandes interconnexions américaines, prévoit une demande de 367,8 gigawatts en 2032, soit plus de quatre fois le record de 91,1 gigawatts établi en juillet 2026.[12] Les délais de livraison d’un transformateur à haute tension dépassent les cent soixante semaines.[13] Il n’y aura pas de singularité technologique, pour la simple raison que la croûte terrestre ne peut la fournir. Le plateau cognitif est en vue : la réserve mondiale de textes humains de qualité, estimée à trois cents mille milliards de mots, est virtuellement épuisée.[14] L’âge de la mise à l’échelle exponentielle est terminé.
Lorsque le progrès technique ralentit faute de ressources, le contrôle du marché devient plus précieux que l’innovation. Des acteurs plus agiles, dans l’écosystème des modèles ouverts, reproduisent à moindre coût des capacités qui ont exigé des dizaines de milliards aux géants américains. C’est ce que font déjà Kimi K3 de Moonshot AI et les modèles Qwen d’Alibaba, sur lesquels repose la stratégie chinoise : assassiner les géants américains par l’accessibilité de ce qui rend les Américains forts.[15]
C’est pour cela qu’Anthropic, relayé par la Maison-Blanche via son conseiller scientifique Michael Kratsios, s’est offusqué auprès du Sénat d’un siphonnage industriel. Selon lui, DeepSeek, Moonshot et MiniMax auraient utilisé quelque 24 000 faux comptes pour produire plus de seize millions d’échanges avec Claude. L’entreprise reconnaît pourtant que la distillation est une méthode légitime et couramment employée ; le crime commence donc là où la technique cesse de servir Anthropic et commence à servir ses concurrents.[16]
La manœuvre consiste à bombarder de questions l’algorithme américain pour en aspirer les réponses, et s’en servir de professeur gratuit pour entraîner le modèle chinois. Et puisque l’embargo leur interdit d’acheter les puces Nvidia H200, ils les louent à distance via des sociétés écrans en Thaïlande.
L’absurdité est totale : Anthropic, traîné en justice pour violation massive des droits d’auteur en siphonnant des millions d’ouvrages sur des bibliothèques pirates afin d’entraîner ses propres modèles, et contraint de transiger pour un milliard et demi de dollars,[17] s’offusque soudain qu’on lui fasse la même chose. Le voleur s’indigne d’être cambriolé. Le corsaire crie au piratage dès que l’on aborde son navire. L’indignation morale n’est que le masque de l’inquiétude commerciale.
Un oligopole que ses concurrents rattrapent à moindre coût n’a plus qu’une arme : faire interdire la concurrence. C’est ici que la probabilité de 99,9 % d’extinction achève de verrouiller le dispositif. Ce chiffre, avancé sans rigueur empirique, attribue un instinct de survie à un optimiseur statistique. Mais l’inflation de la menace remplit une double fonction comptable et stratégique.
D’une part, elle certifie publiquement la puissance démiurgique du produit : elle est le levier d’une pompe à capitaux. D’autre part, elle légitime la capture réglementaire par la terreur. L’anéantissement de l’humanité devient l’argument permettant d’exiger des coûts de conformité que seul le cartel en place peut absorber. L’apocalypse n’est plus une prophétie : c’est une barrière à l’entrée.
En qualifiant leurs propres modèles d’armes de destruction massive potentielles, les laboratoires de frontière pressent les États d’imposer des seuils de calcul et des audits que seules les firmes les mieux capitalisées peuvent financer. La logique est apparue en Californie avec le projet de loi SB 1047, bâti sur des seuils d’entraînement fixés à cent millions de dollars.[18] La sécurité cesse d’être seulement une exigence légitime : elle devient un avantage concurrentiel.
En 2015 déjà, nous écrivions que la crainte du chômage viendrait moins de l’outsourcing que du « robot-sourcing » : le transfert du travail vers une infrastructure automatisée possédée par le capital.[4] L’IA générative étend aujourd’hui cette mécanique au travail cognitif, administratif, juridique, médical, et créatif.
La mystification opère là aussi. En 2025, sur 1,17 million de suppressions de postes aux États-Unis, à peine 4,7 % ont été attribuées à l’IA.[19] Mais pour un dirigeant, annoncer « l’IA nous rend plus agiles » est une narration d’innovation ; avouer « nous avons mal géré nos flux de trésorerie » est un aveu d’échec. L’apocalypse algorithmique sert d’alibi aux purges managériales ordinaires, transformant la médiocrité comptable en fatalité technologique.
L’illusion des « créations d’emplois » relève de la même mystification, en sens inverse. Lorsqu’un État subventionne un centre de données hyperscale, il ne bâtit pas une usine : il finance une centrale électrique, une infrastructure vide d’humains dont l’unique fonction est de générer une tension cognitive brute. On ne juge pas un barrage au nombre de vigiles qui en gardent l’entrée. Le silicium ne pense pas, il consomme ; et l’État paie la facture.
Cette automatisation ne produira ni la société de loisirs du marketing ni l’extinction instantanée du travail. Les technologies actuelles pourraient automatiser 57 % des heures travaillées aux États-Unis, non 57 % des emplois ;[20] et parmi les entreprises ayant transformé l’IA en gains de productivité, seules 17 % ont réduit leurs effectifs.[21] Le danger n’est pas la disparition du travail humain, mais une réallocation brutale de sa valeur et de son pouvoir, et l’administration de ceux que la transition laissera surnuméraires.
C’est ici que la rhétorique du « revenu universel », remède philanthropique brandi contre l’IA, trouve sa traduction technique dans les Monnaies Numériques de Banque Centrale. La programmabilité monétaire n’est plus une abstraction : en 2026, le projet Agorá de la Banque des règlements internationaux a démontré la possibilité d’inscrire dans les transactions des obligations de conformité et des déclencheurs conditionnels.[22] Ces travaux portent sur les paiements interbancaires, non sur un revenu de détail ; mais ils établissent l’architecture d’une monnaie dont l’exécution est subordonnée à des conditions inscrites dans le code. L’hystérie du dieu de silicium prépare les esprits à l’accepter comme une transition inévitable.
Il n’y a pas de machine qui s’éveille. Il y a un secteur qui a besoin qu’on le croie sur le point de créer un dieu pour justifier ses pertes et écarter ses concurrents. L’enjeu de notre décennie n’est pas la conscience de l’algorithme, mais le calcul, l’énergie et la liberté monétaire. Derrière le spectre d’une entité toute-puissante, on ne trouve que des hommes s’organisant pour confisquer l’avenir.
L’intelligence artificielle générale n’est pas, et ne sera jamais, une divinité. Le silicium est inerte, sans âme ni destin. L’artifice suprême de la volonté de puissance n’est pas d’inventer un dieu pour s’y soumettre, mais d’en sculpter un pour s’y confondre, afin de s’ériger en salut.
Notes et Références
[1] Elon Musk, entretien avec Zanny Minton Beddoes, rédactrice en chef de The Economist, enregistré à la Gigafactory du Texas et diffusé dans la série vidéo The Insider, juillet 2026 : « I’ll make another prediction. Money won’t matter in 2036. » Musk y soutient que robots et IA produiront « more goods and services than any human could possibly consume » et anticipe une déflation plutôt qu’une inflation. https://www.youtube.com/watch?v=8YEdm-ZTgT4 ; https://www.youtube.com/watch?v=XuoqKYxDHVc
[2] Sam Altman, podcast Relentless animé par Ti Morse, épisode mis en ligne le 25 juillet 2026 : « We are close to creating the genie that can grant any wish… We are going to make sure that our first wish is to broadly benefit humanity », et, dans le même entretien, « We are now, like, in the singularity ». Voir Business Insider, 26 juillet 2026, https://www.businessinsider.com/sam-altman-openai-the-singularity-agi-prediction-anthropic-nvidia-2026-7 ; analyse critique : Lance Eliot, Forbes, 28 juillet 2026.
[3] Roman V. Yampolskiy, entretien VladTV, juin 2026, https://www.youtube.com/watch?v=3Xps9HF-pbU : probabilité de 99,9 % d’extinction de l’humanité en cas de développement d’une superintelligence générale. L’estimation est formulée dans les mêmes termes depuis plusieurs années : « 99.9 percent within the next hundred years », Lex Fridman Podcast #431, juin 2024.
[4] Marc Goodman et Zak Allal, « L’enjeu stratégique des technologies émergentes », dossier publié par l’École de guerre économique (Infoguerre / Knowckers), 19 janvier 2016. Les auteurs y proposent d’ajouter la géotechnologie à la géopolitique et à la géoéconomie comme troisième grille de lecture des rapports de puissance ; y décrivent le basculement vers un monde post-westphalien où des acteurs non étatiques maîtrisant les technologies décisives rivalisent avec les États ; y relèvent que huit des neuf hauts responsables du parti chinois ont un profil d’ingénieur ou de scientifique quand les États-Unis restent gouvernés par des juristes ; et y annoncent que « notre peur du chômage massif viendra du robot-sourcing et non de l’outsourcing ». https://www.ege.fr/sites/ege.fr/files/uploads/2016/01/enjeux-technologies.pdf
[5] Zak Allal, « Documents OVNI déclassifiés : et si les soucoupes cachaient un scandale plus terre à terre ? », 2026.
[6] U.S. Department of Defense, Annual Report to Congress: Military and Security Developments Involving the People’s Republic of China : doctrine de la « guerre intelligentisée » (智能化战争), troisième phase de modernisation après la mécanisation et l’informatisation. L’IA y est traitée comme un instrument cinétique, électronique, logistique et de surveillance ; la doctrine officielle ne comporte aucun motif de conscience artificielle ou de risque existentiel.
[7] Fédération de Russie, décret présidentiel n° 490 du 10 octobre 2019 portant Stratégie nationale de développement de l’intelligence artificielle à l’horizon 2030, actualisé par le décret du 15 février 2024 : souveraineté technologique, modèles domestiques, applications de sécurité.
[8] Comptes d’OpenAI pour l’exercice 2025 : 13,07 milliards de dollars de revenus, environ 34 milliards de dollars de charges et 20,92 milliards de dollars de pertes d’exploitation, soit 2,60 dollars consumés pour chaque dollar encaissé. Chiffres révélés en juin 2026 et repris après examen indépendant par le Financial Times, https://www.ft.com/content/e15b0d7e-ff6b-4f16-ba7a-4068feddb828 ; voir également Quartz, https://qz.com/openai-leaked-financials-losses-revenue-ipo-061626
[9] Maison-Blanche, « Ratepayer Protection Pledge », mars 2026 : Amazon, Google, Meta, Microsoft, OpenAI, Oracle et xAI s’engagent à financer les nouvelles capacités de production électrique requises par leurs centres de données plutôt que d’en reporter le coût sur les consommateurs. https://www.whitehouse.gov/releases/2026/03/president-trump-secures-historic-commitment-to-keep-electricity-costs-down-amid-data-center-boom/
[10] Déclarations d’initiés (formulaires 4 déposés auprès de la Securities and Exchange Commission) agrégées pour Nvidia, Meta et Palantir : environ 5,09, 4,49 et 6,04 milliards de dollars de cessions nettes, soit plus de 15,6 milliards au total, sans achat significatif sur le marché libre. Agrégation The Motley Fool, 7 juillet 2026, https://www.fool.com/investing/2026/07/07/nvda-pltr-meta-shake-wall-st-156-billion-warning/
[11] Roman V. Yampolskiy, « On Controllability of AI », arXiv:2008.04071 (2020), et AI: Unexplainable, Unpredictable, Uncontrollable, CRC Press, 2024 : la démonstration porte sur un agent aux capacités non bornées et ne fait intervenir aucune contrainte énergétique, industrielle ou matérielle.
[12] ERCOT, prévision préliminaire de charge à long terme 2026-2032, publiée le 15 avril 2026 pour discussion devant la Public Utility Commission of Texas : la demande de pointe pourrait atteindre 367,79 gigawatts en 2032. Le record historique de consommation s’établit à 91,089 gigawatts (juillet 2026). https://www.ercot.com/news/release/04152026-ercot-releases-preliminary
[13] Délais d’approvisionnement des transformateurs de puissance et de poste : plus de 160 semaines à l’été 2026, certaines lignes de production affichant davantage, avec de fortes hausses de prix depuis 2020. VAWN Electrical Equipment Lead Time Index, relevé du 28 juillet 2026 ; voir également Reuters, 9 juillet 2026, et les analyses de Wood Mackenzie sur la demande induite par les centres de données.
[14] Pablo Villalobos et al. (Epoch AI), « Will We Run Out of Data? Limits of LLM Scaling Based on Human-Generated Data », arXiv:2211.04325 (révisé en 2024) : stock effectif de texte public de qualité estimé à quelques centaines de milliers de milliards de tokens, épuisement projeté entre 2026 et 2032 au rythme actuel de mise à l’échelle.
[15] Modèles chinois à poids ouverts : Kimi K3 (Moonshot AI) et les variantes récentes de Qwen (Alibaba) atteignent des performances comparables aux modèles américains fermés sur de nombreux référentiels, à un coût d’accès très inférieur ; la stratégie de publication ouverte est explicite et revendiquée.
[16] Anthropic, « Detecting and preventing distillation attacks », 2026 : environ 24 000 comptes frauduleux ayant produit plus de 16 millions d’échanges avec Claude, attribués à DeepSeek, Moonshot AI et MiniMax. L’entreprise y précise que la distillation est en soi une méthode légitime et couramment employée dans le secteur, son grief portant sur l’accès non autorisé et le contournement de ses conditions contractuelles. Michael Kratsios, conseiller scientifique de la Maison-Blanche (OSTP), a publiquement évoqué la distillation d’un modèle d’Anthropic au profit de Kimi K3 ainsi que l’accès à des processeurs graphiques sous restriction via des pays tiers, dont la Thaïlande. https://www.anthropic.com/news/detecting-and-preventing-distillation-attacks
[17] Bartz v. Anthropic, U.S. District Court for the Northern District of California, recours collectif déposé en août 2024 par les auteurs Andrea Bartz, Charles Graeber et Kirk Wallace Johnson : Anthropic est accusé d’avoir téléchargé et stocké des millions d’ouvrages protégés depuis des bibliothèques pirates (Books3, Library Genesis, Pirate Library Mirror) pour entraîner ses modèles Claude. Le juge William Alsup a jugé que l’entraînement sur des ouvrages licitement acquis pouvait relever du fair use, mais que le téléchargement depuis des sites pirates constituait une contrefaçon. Anthropic a accepté en septembre 2025 un règlement de 1,5 milliard de dollars, soit environ 3 000 dollars par œuvre pour quelque 500 000 titres, présenté comme la plus importante indemnisation en matière de droit d’auteur de l’histoire des États-Unis ; l’homologation définitive a été prononcée par la juge Araceli Martínez-Olguín en juillet 2026.
[18] Californie, Senate Bill 1047 (Safe and Secure Innovation for Frontier Artificial Intelligence Models Act, 2024) : obligations d’évaluation et de sûreté applicables au-delà d’un seuil d’entraînement de 100 millions de dollars de coût de calcul (et de 10^26 opérations). Le texte, amendé, a été opposé au véto du gouverneur Gavin Newsom le 29 septembre 2024 ; les initiatives ultérieures, dont le Senate Bill 53 (2025), prolongent la même logique de seuils.
[19] Challenger, Gray & Christmas, bilan annuel 2025 des suppressions de postes annoncées aux États-Unis : environ 55 000 suppressions invoquant explicitement l’intelligence artificielle, sur un total de 1,17 à 1,2 million, soit le total le plus élevé depuis 2020, principalement imputable aux conditions de marché, à l’inflation, à la pression sur les coûts et au sur-recrutement post-pandémique.
[20] McKinsey Global Institute, « Agents, robots, and us: Skill partnerships in the age of AI », 2025 : les technologies actuelles pourraient techniquement automatiser des activités représentant environ 57 % des heures travaillées aux États-Unis. L’institut précise explicitement qu’il s’agit du potentiel technique d’automatisation d’heures et de tâches, et non d’une prévision de suppression de 57 % des emplois. https://www.mckinsey.com/mgi/our-research/agents-robots-and-us-skill-partnerships-in-the-age-of-ai
[21] EY, US AI Pulse Survey, décembre 2025 : parmi les organisations déclarant des gains de productivité effectifs liés à l’IA, seules 17 % ont réduit leurs effectifs ; la grande majorité a réinvesti ces gains dans de nouvelles capacités d’IA, la recherche et développement, la cybersécurité ou la formation.
[22] Banque des règlements internationaux, Project Agorá : plateforme programmable partagée pour les paiements interbancaires transfrontaliers, démontrant l’inscription directe d’obligations de conformité et de déclencheurs conditionnels dans les transactions. https://www.bis.org/publ/othp110.htm
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