Professeur de français au collège et passionné de parfums, Thomas Ngo-Hong Roche décrypte pour nous la façon dont on perçoit l’univers du parfum dans notre imaginaire comme dans la littérature. A quelques semaines de la rentrée, il revient également sur les tendances olfactives qui émergeront cet automne. Interview.

Quels sont les liens entre littérature et parfumerie ?

Assez peu de romans se sont réellement intéressés au parfum. Comment traduire en mots des odeurs ? On peut passer par des images, des métaphores, des comparaisons ; utiliser le vocabulaire des sens. La littérature convoque l’imaginaire ; plusieurs maisons, comme Hellenist ou Argos, s’appuient sur la mythologie grecque, pour construire leurs fragrances.

D’autres maisons, comme Jardins d’écrivains, relient concrètement littérature et parfum. Peau d’Ane, par exemple, sent à la fois la farine et le cuir. Anais Biguine, fondatrice et nez de la maison, s’est directement inspirée du conte de Perrault et du film de Demy pour proposer sa version parfumée de cette histoire si connue. La farine est un clin d’oeil au cake d’amour et le cuir est une référence directe à l’âne. Ce parfum est donc à la fois très doux mais possède aussi une facette animale.

Dans l’imaginaire collectif, à quoi associe-t-on le parfum ?

Les gens rattachent souvent le parfum à l’univers du luxe car de nombreuses maisons prestigieuses possèdent leur propre collection de fragrances à des prix de plus en plus onéreux. Tous les ans ou presque, le prix des parfums augmente. Difficile de suivre la cadence !

Le parfum est aussi lié aux émotions, aux souvenirs. Sentir un parfum permet de reconnecter avec un proche, de se rappeler les bons moments passés à ses côtés. La force d’évocation du parfum est très puissante.

La jeune génération a-t-elle une appréhension singulière du parfum ? Pourquoi ?

Depuis l’avènement des réseaux sociaux, et notamment de Tiktok, les jeunes s’intéressent de plus en plus à la parfumerie. Voir des gens de leur âge franchir des parfumeries prestigieuses ou sentir des fragrances onéreuses facilite un rapport décomplexé au parfum. Les jeunes souhaitent maintenant posséder un vestiaire olfactif et changer de fragrances au gré de leur humeur. L’expansion du marché entraîne une offre de plus en plus conséquente et les réseaux sociaux guident les jeunes dans leur choix. Certaines fragrances reviennent souvent comme Imagination de Louis Vuitton (300euros les 100 mL tout de même) ou Blue Talisman d’Ex Nihilo.

Le parfum permet donc de rallier les jeunes autour d’une passion commune.

Qu’est-ce qui fait qu’une note de parfum s’impose ?

Pour qu’une note de parfum s’impose, elle doit plaire au plus grand nombre. La vanille, par exemple, est une note très consensuelle. Peu de gens n’apprécient pas cette odeur. La raison en est simple : le lait maternel contient de la vanilline, une molécule dont l’odeur évoque une vanille sucrée. D’où un sentiment de nostalgie qui nous envahit lorsque nous sentons des parfums à la vanille !

Les notes sucrées, faciles à appréhender et à apprécier, ont également le vent en poupe, notamment chez les jeunes.

Les notes hespéridées (les agrumes) évoquent l’été, les vacances, l’insouciance. D’où leur succès.

Le contexte culturel et la géographie sont aussi à prendre en compte : le oud par exemple fait partie du quotidien au Moyen-Orient et même s’il a émergé en Europe, ses facettes parfois très animales le rendent difficilement acceptable pour une bonne partie de la population.

Quelles sont, pour vous, les tendances olfactives de cet automne et de cet hiver ?

Les parfums gourmands ont toujours beaucoup de succès : les notes de matcha plaisent beaucoup suite à l’engouement de cette boisson en France. Les notes lactées sont également très populaires : réconfortantes et sucrées, elles évoquent un univers familier et maternel.

Pour continuer dans les odeurs gourmandes et originales, une déferlante de parfums avec des notes de sésame et de sirop d’érable débarque sur le marché. Elles apportent un côté torréfié, fumé aux fragrances, équilibrant ainsi l’ensemble.


Mathilde Aubinaud

Diplômée du CELSA et ancienne auditrice de l’École de Guerre, Mathilde Aubinaud est communicante. Après Foxintelligence (Nielsen), le ministère de l’Économie des Finances et Deloitte, elle est directrice associée chez Havas Paris et dirige le think tank #NEWDEAL. Elle enseigne depuis 2014 la communication et l’étude des médias dans l’enseignement supérieur. Elle a écrit plusieurs livres dont La Saga des Audacieux (VA Editions).

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