Le pape a ramené la ferveur avec lui. Qu’est-ce que la ferveur ? Étymologiquement, le terme dérivé du latin « fervere » renvoie à une ébullition et, par extension, au fil du temps, la notion porte l’idée d’une ardeur qui s’empare de l’âme d’un individu ou d’une collectivité. C’est bien un moment de grande ferveur populaire que la visite papale porte en soi ; un pays qui doute, qui décline, qui se fracture est ramené le temps d’un déplacement à ce que son histoire dit de ce qu’il est dans les tréfonds de son passé multiséculaire : une terre dont l’élan est indissociable de sa religion et de sa foi des origines. Dans des sociétés où les nuages assombrissent un horizon lourd de menaces, le rappel est toujours bon à prendre. La force de l’Église est de ne pas céder à l’érosion des âges ; la puissance du christianisme est de ne jamais désespérer, y compris dans les pires époques ; l’une et l’autre, l’Église comme corps institutionnel et le message chrétien comme credo embrassent la durée, l’élévation et la volonté. C’est une leçon pour les laïcs, pour les tièdes, pour les sarcastiques : le monde ne finit jamais si l’on accepte de croire. Non de croire confusément, non de croire opportunément, non de croire au gré du vent, mais de croire avec détermination, sans céder aux humeurs changeantes et éphémères, de croire en rigueur et en vigueur. Dans cette nation qui a tant déchristianisé, si subreptice retour à la religion de l’aube paraît se dessiner, n’est-ce pas aussi parce que dans l’enchaînement des événements le dépôt des siècles agit comme un puissant levier pour retourner l’esprit de défaite. Si la France est vivante, nonobstant ses déclassements et ses marques de déclin, c’est parce qu’il lui reste quelque part de la mémoire chancelante parfois, mais suffisamment vibrante : elle a de ressource ce qu’elle fut, ce qu’elle continue malgré tout à être, ce qu’elle veut persister à être. Cette part de nous-mêmes en quelque sorte que nous ne pouvons, ni voulons abdiquer. Et cela n’exclut ni la République, ni la charité, mais cela implique à rebours des déconstructeurs de savoir qui nous sommes pour comprendre où nous allons. C’est là le sens de cette épiphanie dont Léon XIV avec simplicité et solennité nous prodigue, en venant dans le Royaume du baptême si politique de Clovis, l’offrande fragile et presque miraculeuse. Comme si malgré tout parce qu’elle avait partie liée à l’espérance, ainsi qu’il l’a rappelé, la France était encore vivante. Et il faut avoir la faiblesse de le penser pour notre salut en tant que nation car nos racines sont non seulement notre raison d’être mais notre avenir.


Arnaud Benedetti

Ancien rédacteur en chef de la Revue politique et parlementaire, Arnaud Benedetti est professeur associé à Sorbonne-Université, essayiste et spécialiste de communication politique. Il intervient régulièrement dans les médias (Le Figaro, Valeurs actuelles, Atlantico, CNews, Radio France) pour analyser les stratégies de pouvoir et les mécanismes de communication. Parmi ses ouvrages figurent Le Coup de com’ permanent (Cerf, 2018), Comment sont morts les politiques ? Le grand malaise du pouvoir (Cerf, 2021), ainsi qu’Aux portes du pouvoir : RN, l’inéluctable victoire ? (Michel Lafon, 2024). Ses travaux portent sur les transformations du discours public et les évolutions de la vie politique française.

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