Paris, le 16 juillet 2026 – 250 personnes et le silence des cimetières. Le silence des larmes, épais comme un linceul. Le silence pour ne pas ajouter le désespoir au désespoir.
Ce silence qui dit pourtant si fort la souffrance de tout un peuple, qui dit aussi notre impuissance, et notre honte peut-être, d’accorder au litre d’essence une valeur que le sang iranien n’a pas…
Il fallait au moins ce cadre solennel de la Maison du Barreau de Paris pour que l’association Norouz nous offre en avant-première son documentaire, “Iran : plaidoyer pour la justice”. Une œuvre sobre et rigoureuse, portée par une ambition claire : contribuer à l’établissement de la vérité face aux crimes commis par le régime islamique iranien à la suite des massacres de janvier 2026.

Une soirée placée sous le signe de la justice et de la mémoire
Dès 19h, la salle réunissait juristes, défenseurs des droits de l’Homme, personnalités politiques et membres de la société civile, venus témoigner leur soutien à une initiative aussi nécessaire que courageuse.
La soirée a été ouverte par Hirbod Dehghani-Azar, avocat et président de l’association Norouz, qui a rappelé l’urgence du travail de documentation entrepris par son équipe. Lui ont ensuite succédé Carine Denoit-Benteux, vice-bâtonnière du Barreau de Paris, et Isabelle Rome, Ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, dont les prises de parole ont souligné le rôle fondamental de la société civile et de la communauté juridique dans la lutte pour les droits humains à l’échelle internationale.
Parmi les figures centrales de la soirée figurait également Hilda Dehghani-Schmidt, membre active de Norouz et lauréate, avec son frère Hirbod, du Prix international de la laïcité 2023 — une distinction qui témoigne de l’engagement exceptionnel de la fratrie au service des libertés fondamentales. Le vice-président de l’association, Xavier-Jean Keïta, lui aussi avocat et ancien conseil principal à la Cour pénale internationale (CPI), a apporté son expertise juridique à la démarche.

Un documentaire au service de la vérité
Iran : plaidoyer pour la justice rassemble analyses de juristes, récits de survivants et témoignages directs de victimes, ainsi que les travaux de défenseurs des droits de l’Homme. Il documente les exactions commises par les Gardiens de la Révolution dans le sillage des tueries de janvier 2026 : viols, tortures, disparitions forcées — autant de crimes que l’association s’emploie à consigner avec méthode et précision.
L’œuvre ne se veut pas seulement un témoignage : elle ambitionne de préserver les preuves de ces crimes, d’honorer la mémoire des victimes et de poser les jalons d’une future action en justice devant une juridiction indépendante. « Que les responsabilités puissent être un jour établies et que justice soit rendue » – telle est la finalité affichée de ce travail de longue haleine.
Pour recueillir ces témoignages, Norouz s’appuie sur la plateforme sécurisée smartproof.tech, où victimes et témoins peuvent transmettre leurs déclarations ainsi que des éléments de preuve (photographies, vidéos…), dans des conditions garantissant leur protection, créée et mise à disposition via les membres de l’association. (Pour soumettre un témoignage ou une preuve : smartproof.tech)
Les voix de ceux qui témoignent de l’horreur
Hilda Dehghani-Schmidt : « Jamais les Iraniens ne se résigneront »
Interrogée lors de la soirée, Hilda Dehghani-Schmidt a livré un témoignage d’une intensité rare, mêlant douleur personnelle, lucidité politique et espoir indéfectible.
« Le premier sentiment ressenti est celui de l’impuissance. Nombre d’Iraniens de la diaspora à l’étranger ont ressenti le poids de la culpabilité de ne pas mener le combat dans leur pays aux côtés de leurs proches, et se sont rapidement mobilisés pour leur apporter un soutien et relayer leurs témoignages, afin que le monde sache exactement ce qu’il se déroulait en Iran. »
Elle a également dénoncé avec force le traitement médiatique des événements : « De nombreux médias internationaux relayaient la propagande du régime des Mollahs, niant les massacres et minimisant le nombre de victimes. L’ambassadeur d’Iran en France était régulièrement invité sur les plateaux de télévision, afin de relayer le verbatim des Gardiens de la Révolution, passant sous silence les massacres à grande échelle. »
Sur la question des espoirs déçus par les revirements successifs de la politique américaine, Hilda Dehghani-Schmidt se montre sans illusions mais déterminée : « Malgré les offensives des États-Unis et d’Israël, soutenant la volonté du peuple iranien, puis des revirements incessants du Président Trump, l’espoir est toujours présent. Cette population éprise de liberté, appelant à mettre fin à ce régime d’oppression, a repris les mobilisations tout en ne comptant plus sur une aide extérieure. Seul l’État d’Israël, qui lutte pour des questions même de survie face au régime des mollahs, partage des intérêts communs et conserve la confiance des manifestants. »

Et de conclure, avec une conviction absolue : « Tout en sachant que le coût en vies humaines sera important, jamais les Iraniens ne se résigneront. Avec Norouz, à travers ce documentaire, nous souhaitons rétablir les faits et montrer les atrocités, pour qu’enfin les crimes de la République Islamique soient documentés, reconnus et condamnés. »
Engareh Alirezai : « Ce combat, c’est le nôtre, c’est le vôtre »
Le témoignage d’Engareh Alirezai ancre le récit dans la réalité la plus crue des événements. Elle rappelle que les manifestations ont démarré dès décembre 2025, avant de culminer dans l’horreur des 8 et 9 janvier 2026 :
« Les 8 et 9 janvier 2026, des tueries de masse ont été commises, d’une ampleur inédite même pour ce régime assassin. Une odeur de sang imprégnait les rues et des corps s’amoncelaient ; c’était une horreur indescriptible. »
Elle pointe également la responsabilité de certains médias occidentaux face à la désinformation : « Malgré les témoignages envoyés – très difficilement, à cause des coupures volontaires du réseau internet par les Gardiens de la Révolution -, de nombreux médias occidentaux ont continué à relayer la propagande du régime et des chiffres en deçà de la réalité. »
En dépit de ces obstacles, la mobilisation populaire ne faiblit pas. « Malgré les désillusions, l’espoir du peuple iranien est intact de faire tomber ce gouvernement d’oppression. Malgré les risques pour leur vie, de plus en plus de citoyens épris de liberté ont repris les manifestations et nous font parvenir leurs témoignages. »
Son appel final s’adresse directement aux peuples européens : « Notre souhait est que les peuples européens écoutent davantage les Iraniens issus de la société civile, et non la propagande relayée par de nombreux médias occidentaux se faisant les porte-voix de ces fanatiques sanguinaires. Ce combat, c’est le nôtre, c’est le vôtre, c’est celui pour la liberté et la démocratie. »
Un affrontement de valeurs
Au-delà du conflit géopolitique, c’est une vision du monde que ce documentaire entend défendre. Ce qui se joue aujourd’hui entre la République islamique d’Iran et les démocraties occidentales ne relève pas du seul rapport de force militaire ou diplomatique. C’est un affrontement plus profond – celui de deux conceptions irréconciliables du pouvoir, de la liberté et des droits de l’Homme.
En choisissant la Maison du Barreau de Paris pour cette avant-première, l’association Norouz a placé son œuvre sous l’égide du droit et de la résistance à l’arbitraire. Un symbole fort, à la hauteur de l’enjeu.
Par Sabrina Deliry
Autrice. Experte dans le domaine financier de la lutte anti-blanchiment et du financement du terrorisme (compliance/conformité).
Elle a publié de nombreux articles et investigations au sujet de l’islamisme, les conflits aux
‘Proche et Moyen-Orient’, l’antisémitisme, les mouvements d’extrême-gauche…
Elle est également co-fondatrice et Trésorière de l’AFGRC – Association Française des Grands Reporters et Correspondants
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