Bureau ovale, Maison Blanche, 15 juin 2026

Derrière Donald Trump, telle une mise en scène parfaitement rodée, des hommes aussi immobiles que des statues de cire, écoutent religieusement la voix nasillarde du président-directeur général de la White-House International Ltd annoncer au monde qu’un accord a été conclu avec la mollarchie. L’œil pétri de malice, il fanfaronne. Il plastronne en faisant ses célèbres mouvements d’épaules. Téhéran a cédé, Ormuz va rouvrir, le pétrole de nouveau à flot, une bourse qui remonte va et les actions de la Donald’s Family en hausse. Que des dizaines de centaines de milliers d’Iraniens soient sacrifiés ? La belle affaire !

Open bar, question massacre.

Jérusalem, bureau de Benjamin Netanyahou, encore ce 15 juin 2026

L’heure n’est pas au beau fixe, c’est même un temps à l’orage. De nouveau, les mollahs vont pouvoir arroser leurs proxys sans que l’Oncle Sam leur mette sur la figure. Pour les Israéliens, tout cela, c’est de la « mauvaise limonade ». D’un côté un premier ministre prêt à tout pour rester au pouvoir, et de l’autre un peuple qui sait que les mollahs ne leur feront pas de cadeaux, et cerise sur le gâteau, le Hamas de plus en plus populaire chez les jeunes Palestiniens Que la paix ne soit pas pour demain ? La belle affaire !

« Thank you Mr President », disaient les Israéliens après la libération des otages. Moralité : ne jamais remercier trop vite.

Téhéran, toujours ce foutu 15 juin 2026

« On les a eus, tous autant qu’ils sont ! « Les sionistes, les Yankees, les Occidentaux, tous, sans exception ! » Vu des mollahs, l’Amérique a plié. Le détroit d’Ormuz rouvert ? Par ici la monnaie. Les pays du Golfe prêts à tout pour sauver leurs intérêts ? Les mollahs ne sont jamais loin de la caisse enregistreuse. Quant au nucléaire, c’est promis juré, tout ira à la déchèterie.

Comme dit l’autre, les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent…

Évian, réunion du G7, toujours le 15 juin 2026

Décidément le 15 juin 2026, ça bouchonne question diplomatie. À Évian, 64 ans après les Accords de ladite ville mettant un terme à la guerre d’Algérie, les patrons des pays les plus riches du monde se réunissent tout en sachant qu’ils ne mettront un terme à rien. Netanyahou est dans la panade, à Téhéran le pas-photogénique, guide suprême, toujours « farci » de mauvaises intentions, ne cesse de faire ses dévotions au diable, en Amérique, Trump, du haut de ses quatre-vingts ans, se prend pour la réincarnation de Washington, en France, Macron profite du bon air de la montagne pour faire son pot d’adieu.

Il ne faut pas s’appeler Shakespeare pour penser que tout cela n’est rien d’autre que… « beaucoup de bruit pour rien ».

Retour sur image : 30 septembre 1938

Le président du Conseil, Édouard Daladier, vient d’atterrir. Une foule compacte et déterminée s’élance vers lui. Malgré tous ses efforts, la police se voit complètement débordée. C’est une véritable marée humaine. Daladier n’ose pas sortir de l’avion. « Ils vont me lyncher, c’est sûr ! » Tout à coup des vivats arrivent à ses oreilles : « Vive Daladier, vive la paix ! » Daladier ne comprend plus. Il sait lui que ce qu’Hitler a signé n’est qu’un chiffon de papier, qu’il attend le meilleur moment pour violer ces accords. « Les cons, ils n’ont rien compris », se dit-il. La paix à tout prix. Que des Juifs soient sacrifiés ? La belle affaire !

On connaît la suite…

À qui la faute ?

Le 23 juin prochain, le grand historien Marc Bloch entrera au Panthéon. En ces temps d’immenses tensions, de géopolitiques tourneboulées et de conflits mijotant tel un plat venimeux, rappelons-nous ces mots du médiéviste, dès les premières pages de son œuvre maîtresse, l’Étrange défaite : « Nous venons de subir une incroyable défaite. À qui la faute ? Au régime parlementaire, à la troupe, aux Anglais la cinquième colonne répondent nos généraux. « À tout le monde en somme, sauf à eux » Hier Munich, aujourd’hui Téhéran, même couleur de lâcheté, même relent de mensonge, même air vicié. Le Panthéon, cette vaste nécropole d’immortels, — ne pas confondre avec le Palais Conti — ne recevra pas seulement les mânes d’un philosophe d’histoire, elle va accueillir une certaine idée de la France.

Qu’on le veuille ou non, les Accords de Washington n’ont guère plus de valeur que ceux de Munich Hitler promettait une paix alors qu’il avait déjà enclenché une guerre, la mollarchie promet une dénucléarisation alors qu’elle ne pense qu’à faire le contraire. Quant à Trump, entre deux matchs de MMA — ne pas confondre avec les célèbres assurances —, danse le menuet avec l’Histoire, un pas en avant, deux en arrière. Et pour finir, le président Macron, faute de gérer la paix, gère au mieux l’organisation hôtelière d’un G7 — ne pas confondre avec la célèbre compagnie de taxis — duquel ne ressortira rien sinon cette conclusion à la Marc Bloch : le monde va mal, à qui la faute ? À tout le monde sauf aux chefs d’État.

Un petit monde pas très câlin.

Pour comprendre le présent et penser à l’avenir, il importe de connaître le passé. Qui n’a pas entendu au moins une fois dans sa vie ce lieu commun, cette lapalissade, ce catéchisme de salon ? Car, toute empreinte de vérité que soit cette pensée, force est de constater que les « Grands-de-ce-monde » brillent par un aveuglement qui n’a d’égal que leur hubris. Les mollahs continueront de tuer les Iraniens en toute impunité, Trump s’imagine déjà statufié aux côtés de Lincoln, Netanyahou se voit décidément dans la peau de Churchill ; quant à Macron, il n’est malheureusement pas Malraux alors que Jean Moulin ressemble courage pour courage à Marc Bloch.

Le 15 juin 2026 ? Vous voulez parler de Munich 2026 ?

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