De Malabo à Metz, son discours se veut un long fil tendu entre les rives de la Méditerranée. Entre le droit de rester chez soi et le devoir d’accueillir l’autre, Léon XIV exhorte avec force au refus de la déshumanisation.

Le pape est l’homme d’une symétrie. En Afrique, il s’adresse aux pays de départ et défend le droit de rester. En France, pays d’arrivée, il insiste sur le devoir d’accueillir celui qui, justement, n’est pas resté. Deux facettes d’une même équation morale qu’il se garde d’opposer. L’unité de sa pensée repose sur cette double exigence d’enracinement et d’hospitalité, ce lien inextinguible entre le principe de justice et l’impératif de solidarité.

Au printemps dernier, c’est d’abord aux pays de départ qu’il s’adresse à l’occasion d’un déplacement dans quatre grands pays africains, d’Alger à Malabo en passant par Yaoundé et Luanda. Pour le souverain pontife, les migrations constituent d’abord la conséquence de gouvernances défaillantes. Il délivre un message de fermeté aux dirigeants des États concernés. Il les appelle avec gravité, « non pas à dominer mais à servir le peuple et son développement ».

Le pape met des mots sur les maux : corruption, tyrannie, accaparement des richesses publiques. A Yaoundé, lors d’une rencontre avec le corps diplomatique il lance ainsi « chaque fois que la corruption détourne les ressources publiques ou qu’un jeune est privé d’avenir dans son pays, c’est une poussée de plus vers les réseaux de passeurs ». A Yaoundé, toujours, face cette fois aux étudiants de l’université catholique d’Afrique centrale, il invite ainsi la jeunesse à « servir son pays plutôt qu’à céder à la tentation du départ ».

Son message est clair : l L’exil constitue rarement une solution désirée, le plus souvent une échappatoire, un acte désespéré. La captation des richesses et l’absence de perspective pour la jeunesse sont souvent à l’origine de ce choix contraint. En exigeant des élites africaines qu’elles créent les conditions d’une vie digne pour éviter l’exil forcé il réaffirme « le droit de ne pas émigrer » déjà conceptualisé par son prédécesseur, le pape François. Dans l’avion du retour, au cours de l’un de ces traditionnels débriefings qui ponctuent ses voyages, il prolonge sa pensée : Un État a le droit d’imposer des règles à ses frontières.

Conscient des inquiétudes des sociétés d’accueil, Léon XIV appelle les nations occidentales à sortir du réflexe sécuritaire et du repli identitaire.

Pour le pape, le droit de rester chez soi ne signifie pas pour autant perdre sa dignité et ses droits pour celui qui se voit contraint de partir. C’est tout le sens de son discours dans la maison Bakhita, ce centre du diocèse de Paris qui accueille des personnes migrantes sans condition de papiers. A Bakhita, Léon XIV semble repousser les murs, insiste sur la possibilité de « faire de la place et de vivre ensemble dans la dignité et la paix ». Il n’est donc pas seulement question d’assistance mais de rencontres, d’intégration d’un échange dans lequel chacun a quelque chose à donner et à recevoir. Il cite la première Épître aux Corinthiens, dans laquelle aucun ne saurait dire à l’autre : « je n’ai pas besoin de toi ».

À Metz, son propos s’inscrit dans une réflexion plus large sur l’Europe, cette terre de rencontres, riche d’une longue histoire marquée par l’arrivée d’hommes et de femmes qui fuient les guerres et les persécutions. Le souverain Pontife évoque une identité dans laquelle s’enraciner ne signifie pas se fermer. L’Europe peut rester fidèle à ses racines tout en étant capable d’accueillir. L’image de la maison est à cet égard particulièrement significative. Une maison a des racines, une histoire et une identité. Mais elle est aussi un lieu où l’on peut recevoir et vivre ensemble. Le pape invite à accueillir les migrants comme dans sa propre famille, en leur laissant la possibilité de déployer leurs talents.

De Luanda à Paris puis à Metz la même logique se dessine donc : agir sur les causes qui contraignent à partir ; protéger celui qui doit partir ; une fois arrivé lui permettre de trouver une place. Léon XIV n’oppose pas de droits. Il rappelle une même exigence : ne pas se tromper de regard, considérer la migration d’abord comme l’une des grandes questions humaines. Il demeure avant tout le gardien du dogme, fidèle à la parabole du jugement dernier retracée dans l’Évangile selon saint Matthieu : « J’étais un étranger et vous m’avez accueilli ».


Geneviève Goëtzinger

Geneviève Goëtzinger est journaliste et dirigeante d’entreprise dans les médias et le conseil en stratégie de communication.

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