Les conditions d’adoption de la loi sur la fin de vie reflètent tout à la fois les hésitations de l’opinion et la division de la représentation parlementaire sur un texte qui aura commis l’erreur de procéder à un mélange des genres hasardeux et finalement suspect. 50,4% des députés ont voté en sa faveur, les sénateurs ont dans leur majorité refusé de prêter la main à cette initiative législative. Quant à l’étude récente de la Fondapol elle a montré que la demande des Français portait principalement sur l’assistance en soins palliatifs, sachant que celle-ci est largement défaillante.

La loi qui vient d’être adoptée est le reflet d’un entêtement idéologique, le marqueur d’un progressisme essouflé cherchant désespérément de nouveaux trophées. Ce faisant, elle confère à la puissance publique le droit d’administrer la mort, sans s’interroger sur le recul que signifie cette prétendue avancée. Que dire de la violence symbolique infligée aux professions médicales et du soin qui au mépris de l’éthique qui anime tout soignant seront appelés à «tuer » des patients dont la liberté éclairée devra être appréciée au regard de l’état de faiblesse voire de dépendance que la maladie engendre hélas encore trop souvent. La légalisation de l’euthanasie est une faute non parce que son refus signifierait qu’on se soumette à un interdit d’origine divine mais parce que tuer autrui revient à le déshumaniser, à valider le fait que celui-ci ne mérite plus d’exister au mépris de tout esprit de fraternité. De quel droit l’Etat s’arroge t-il une telle prérogative, alors qu’il y a renoncé pour les pires criminels depuis quarante-cinq ans ?

La loi Clayes-Leonetti disait avec justesse jusqu’où il était possible d’aller sans franchir le rubicon de l’euthanasie et c’était bien ainsi.

On aurait gagné en revanche à réfléchir plus attentivement sur l’ouverture d’un droit au suicide face aux maladies pour lesquelles le pronostic vital est engagé, sous forme d’une exception à la prohibition morale dont le suicide fait l’objet dans notre société. Que répondre à ceux qui au plus profond d’eux mêmes ont décidé d’en finir avec leur propre vie après que tout a été tenté pour les en décourager ? Quand un consensus familial aussi douloureux soit-il a pu être enfin trouvé. Quand il y va d’une volonté inébranlable qui relève d’un choix strictement personnel ?

Il va de soi qu’un tel cheminement ne se détermine pas en quarante-huit heures et qu’il ne s’apprécie pas au regard de l’invocation imprécatoire d’une prétendue liberté de conscience étrangère au sujet. Malheureusement le Parlement n’a pas choisi de suivre le sentier d’une telle réflexion alors qu’elle aurait pu rassembler les citoyens dans un climat de gravité et de compréhension partagée.

Daniel Keller, Ancien grand maître du GODF


Daniel Keller

Daniel Keller exerce professionnellement dans un groupe de protection sociale dans le management de la filière de la retraite complémentaire. Il intervient dans le débat public sur les questions de laïcité, de citoyenneté et sur les questions d’organisation de la fonction publique et des pouvoirs publics. Ancien Grand Maître du Grand Orient de France, ancien président de l’Association des anciens élèves de l’ENA, il préside désormais l’Association des anciens élèves de l’ENA exerçant dans le monde des entreprises. Il collabore à l’Institut français de gouvernance publique, think tank qui se consacre aux enjeux de la décentralisation.

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