C’est un épisode mal connu sur lequel revient Vincent Arbaretier pour la NRP. L’exfiltration après-guerre en France du grand mufti de Jérusalem, largement compromis avec les nazis, et dont la présence une année dans l’Hexagone jusqu’au 29 mai 1946 interroge.
Une capture très intéressante
Lorsqu’il fut capturé le 5 mai 1945 par la Première Armée française à Bad Gastein[1], dans les environs du lac de Constance, le Grand Mufti de Jérusalem ne se doutait pas qu’il allait être gardé en résidence surveillée pendant plusieurs mois dans les environs de Paris. En découvrant le carton Nᵒ 38 de la série 214QO intitulé « Direction Afrique-Levant – Généralités Proche-Orient », nous nous sommes aperçus que le premier chef historique du mouvement de libération de la Palestine allait se trouver au centre d’une tentative de reprise de la politique arabe de la France à un moment où la libération du territoire métropolitain était encore en cours. Dans une note du 7 août 1945[2], il est notifié « que des démarches avaient été faites par les intéressés[3] avec les autorités américaines de Bad Gastein et que celles-ci n’étaient que trop anxieuses d’acheminer vers la France les étrangers ». Plus haut, le Grand Mufti avait en effet demandé aux autorités françaises « de faciliter le retour en Égypte ou en Syrie des collaborateurs du Mufti restés en arrière en Autriche à Bad Gastein et dans le Tyrol italien à Merano et à Brezzo ».
Mais qui étaient donc ces « collaborateurs du Mufti » ? La note mentionnée comporte en effet une annexe avec une liste de seize noms répartis par localité de recueil dans le Tyrol avec leur origine moyen-orientale. Ainsi :
- Hassan Aboul Seoud, Saaduldyn Abdul Latif, Safwat Al-Husseini, Salim Al-Husseini, Fawzi Koutb, Mohamed Afifi, Akram Jaouni de Jérusalem ; il s’agit là du premier cercle du Grand-Mufti originaire de la « capitale », dont deux membres de sa famille.
- Ensuite nous voyons un certain nombre de « fidèles » du Grand Mufti issus de Beyrouth, de Bagdad, d’Alep, de Deir ez-Zoor, de Naplouse, qui l’avaient suivi dans son séjour en Allemagne nazie, d’abord à Berlin, puis mis en attente de départ vers la Suisse neutre à partir du Tyrol autrichien ou italien.
La capture par les Français de l’ensemble de ces notables apparentés de près ou de loin au Grand Mufti de Jérusalem et membres du mouvement de libération de la Palestine allait constituer en effet pour les responsables de la politique extérieure de la France libre un nouvel atout qui pourrait leur permettre ensuite de pouvoir défier l’influence britannique au Moyen-Orient. Certains sont d’ailleurs immédiatement préférés à d’autres pour être exfiltrés en France en compagnie du Grand Mufti, ainsi Fahran Jandali, son ancien secrétaire en Allemagne, deux Irakiens, Naji Chawkat, ancien ministre de la Guerre d’Irak lors du coup d’État de 1941, et Mohammed Charaf, le fils de l’émir Charaf, ancien régent d’Irak en 1941.
À Paris, déjà exfiltré d’Autriche, on trouve un certain Monsieur Doualibi, « homme de confiance du Grand-Mufti » qui a déjà pris contact avec les services du Quai d’Orsay. Ce conseiller, parfaitement francophone car docteur en droit de l’université de Paris, avait déjà pris contact avec le général Duché, mais surtout avec monsieur de Charbonnière, directeur de cabinet de Georges Bidault, le propre ministre des Affaires étrangères du général de Gaulle.
Voilà commence ainsi à l’été 1945, quelques mois après la capitulation allemande et quelques semaines avant la capitulation japonaise, la sauvegarde du grand mufti de Jérusalem et de certains de ses collaborateurs en France libérée, alors que leur rôle auprès des sinistres autorités de l’Allemagne nazie n’allait plus faire de doute à personne. Le Grand-Mufti lui-même ne fut conduit en France que le 19 mai avec deux de ses secrétaires, Isaac Derwish et Rasem Khalidi, dans une villa à Saint-Maur-des-Fossés. À partir du 1ᵉʳ octobre, pour plus de discrétion vis-à-vis des services alliés, il sera installé à la villa « La Roseraie » à Bougival[4].
Une occasion de relancer la politique arabe de la France au Moyen-Orient
Leur instrumentalisation par les autorités françaises dans le cadre de la refondation d’une « grande politique arabe de la France » allait néanmoins devoir franchir quelques obstacles, dont ceux d’une inscription possible pour crimes de guerre du Grand Mufti de la part de la Yougoslavie du maréchal Tito, puisque le Grand Mufti était allé en Bosnie, en compagnie des dignitaires nazis, pour mobiliser des Musulmans dans l’armée allemande, en particulier une division SS, la « Handshar ». Henri Ponsot s’entretient le 10 août avec le ministre d’Égypte en France qui suggère que « la question de la remise ou du retour du Grand-Mufti soit tranchée par le gouvernement de Londres ».
Le télégramme adressé le 11 août 1945 par le ministre Bidault à l’ensemble des représentations françaises dans le monde arabe (Beyrouth, Le Caire et Jérusalem) mais aussi à Londres et à Washington fait état des « inculpations dont le Grand-Mufti est l’objet de la part du gouvernement yougoslave devant le Tribunal international chargé des crimes de guerre, apporte un élément nouveau à la question du sort qu’il convient de réserver à ce personnage ».
Le ministre explique plus loin : « En raison de nos obligations envers les alliés, il nous est difficile de nous faire nous-mêmes les défenseurs de Hadj Amine. Le soin de plaider sa cause incombe à mon sens aux États arabes. La première protestation contre le traitement infligé aux Musulmans de Bosnie-Herzégovine ayant été formulée par l’Égypte, il paraîtrait naturel que l’initiative d’une nouvelle démarche fût laissée au Caire. »
Toutefois : « L’intérêt que nous avons à nous ménager le monde arabe et à marquer de la sollicitude pour le Grand Mufti doit nous inciter d’autre part à prêter à ce dernier nos bons offices, soit pour lui transmettre des messages, soit pour s’assurer d’accord avec nos Alliés de son rapatriement au Levant, par exemple en Arabie saoudienne, pays qui paraît le mieux désigné actuellement pour le recevoir. »
Et pour finir : « J’oriente dans ce sens mes conversations avec les ministres de Syrie, du Liban et d’Égypte, ainsi qu’avec Fouad Bey Haza, qui est de passage à Paris ».
Ainsi le ministre d’Égypte à Paris, Fakry Pacha[5], s’est résolu « après huit jours de réflexion » à envoyer un message à son gouvernement. Il y suggère de « demander au gouvernement britannique que Hadj Amine soit autorisé à gagner l’Égypte, de préférence l’Arabie saoudite Surtout, ce qui est intéressant : « Le refus ne saurait venir du gouvernement français, le gouvernement britannique doit prendre ses responsabilités. »
En effet, « L’Égypte ayant déjà pris l’initiative, suivant les déclarations mêmes du Mufti, de présenter en 1942 une protestation officielle aux États de l’Union soviétique, aux États-Unis, à l’Angleterre et au gouvernement yougoslave à la suite du massacre[6] des musulmans de Bosnie, est toute qualifiée pour protester aujourd’hui contre l’inscription du Mufti sur la liste des criminels de guerre, pour des faits qui ne seraient que la réplique défensive de ces massacres ».
Une note manuscrite du 30 mai 1945 que nous attribuons au général de Gaulle, chef du gouvernement provisoire, nous éclaire sur ce que ce dernier pourrait ou non tirer du grand mufti de Jérusalem : « Quel service ou quel fonctionnaire est apte à éclairer le gouvernement provisoire sur le parti que nous pourrions tirer du Grand Mufti de Jérusalem arrêté en Allemagne et placé en résidence surveillée dans la banlieue de Paris d’après les journaux ? – Son influence sur les milieux arabes est considérable – Ayant fui la Palestine, il était venu se réfugier à Beyrouth pendant la guerre. L’ignorance des problèmes musulmans du Quai d’Orsay a toujours été remarquable. Au lieu de retenir le Grand-Mufti, on l’a expulsé de Syrie ; il a trouvé refuge en Iran, à Téhéran, puis, découragé par le traitement que nous lui avons infligé, il a répondu aux offres d’asile de Hitler. L’ennemi, qui connaissait à fond les réactions du monde islamique qui menait par la radio une propagande redoutable, en langue arabe, l’ennemi comptait se servir du Grand-Mufti pour jeter le désordre sur les territoires d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, dont les populations sont musulmanes. Au moment où la politique du général Spears tend à nous rejeter complètement de la Syrie et du Liban, il faudrait se servir de la forte personnalité tombée entre nos mains et surtout nous refuser de la livrer à nos amis anglais. Il y a depuis quatre années une telle succession d’erreurs dans la politique française du Levant que nous pourrions arriver, en nous servant du grand mufti de Jérusalem qui avait confiance en la France lorsqu’il vint à Beyrouth, à redresser une situation compromise mais non désespérée. C’est avec l’assistance de la Grande-Bretagne, a dit M. Eden, le 24 janvier dernier, aux Communes, que la France traite avec ses anciens mandats. C’est sous l’égide de l’Angleterre que s’est constituée la Ligue des nations arabes. – Sachons utiliser habilement le concours du Grand-Mufti que le désarroi et l’abandon avaient jeté dans les bras de l’Allemagne nazie. »
Donc l’objectif que donne le chef du gouvernement provisoire et qui a été souligné dans cette note : « il faudrait se servir de la forte personnalité tombée entre nos mains » d’une part, et surtout « nous refuser à le livrer à nos amis anglais ».
Quinze jours plus tôt, le député sunnite de Beyrouth libanais Sami Sohl avait demandé la mise en liberté du grand mufti de Jérusalem dans la mesure « où la guerre avait fini en Orient et en Occident ». Le 30 août, René Massigli, ambassadeur de France à Londres, confirme que le Grand Mufti avait « été chargé par le gouvernement nazi d’organiser une division musulmane de SS ». Il s’est rendu en Yougoslavie, où il a incité les sujets musulmans à s’engager dans cette division. Ces troupes ont commis de nombreuses atrocités en Yougoslavie et, d’après le délégué yougoslave (à la commission des crimes de guerre), également en France ».
De fait, le Grand-Mufti de Jérusalem fait remettre le 10 septembre[7] au général de Gaulle, qu’il remercie de son « bon accueil en France », un mémorandum concernant les accusations de crimes de guerre dont il fait l’objet en Yougoslavie. Henri Ponsot conclut sa « note conclusive » par « qu’on ne méprenne pas, le Grand-Mufti de Jérusalem n’est pas un criminel de guerre (…) mais un réfugié politique » « et puisque nous avons décidé de ne pas le livrer à l’Angleterre, le mieux serait, sans doute, qu’à la demande instante des pays arabes, ce chef religieux fût autorisé à gagner l’Arabie (saoudite) et à devenir l’hôte d’Ibn Saoud ».
Un hôte bien encombrant
Dans une note du 13 septembre adressée au ministre des Affaires étrangères, Henri Bonnet, ambassadeur de France à Washington, l’informe que l’hospitalité que la France offre au Grand-Mufti de Jérusalem indispose, voire révolte, une partie de l’opinion publique américaine : « Je crois utile de vous signaler à cet égard (déclarations du Grand Mufti à Henri Ponsot[8]) qu’un mécontentement croissant se manifeste dans les milieux sionistes des États-Unis à propos du traitement dont Hadj Amin El-Husseini bénéficie depuis son arrivée en France. Le même mécontentement se retrouve dans les milieux libéraux. »
Le 17 octobre, soit plus d’un mois plus tard, l’ambassade de Grande-Bretagne en France demande « la livraison du Grand-Mufti à ses services en France, le SHAEF[9] ». D’après ce que dit la note interne[10] du Quai d’Orsay, cette livraison du Grand Mufti et de deux de ses compagnons au SHAEF « n’est motivée en aucune façon » et la dissolution récente du SHAEF implique que les trois individus soient remis aux autorités militaires britanniques présentes à Paris. Dans la note K1418 du 18 octobre, adressée à l’ambassadeur Massigli à Londres, le ministre fait répondre aux autorités britanniques : « Nous vous avons télégraphié hier pour vous signaler la demande de livraison du Grand-Mufti dont l’ambassade d’Angleterre nous a saisis par une note assez sèche. Cette note ne donne aucune justification de la requête présentée et mentionne que ledit Grand Mufti s’est réfugié auprès des autorités françaises. Techniquement, je ne vois pas très bien comment nous pourrions donner suite à cette demande. Il s’agirait, aux termes mêmes de la note, d’une livraison de réfugié politique, ce qui était dans les mœurs de Vichy, mais pas dans les nôtres. Politiquement, les Anglais savent aussi bien que nous qu’il nous est impossible de livrer le Grand Mufti Après cette déclaration, le ministre demande à son ambassadeur à Londres de lui dire pourquoi les Britanniques ont fait cette demande.
Dans une note datée du 22 octobre et signée Henri Bonnet, l’ambassadeur de France à Washington explique toutes les raisons qui font que la France, d’après les Américains, a tort de refuser de livrer le Grand Mufti de Jérusalem aux Britanniques :
a) On s’étonne de voir le gouvernement français accorder sa protection à un personnage qui figure sur la liste des criminels de guerre d’une nation alliée.
b) Le gouvernement yougoslave serait décidé à pousser l’affaire à fond et à obtenir l’extradition du Grand Mufti Il agirait à cet égard en plein accord avec le gouvernement de l’URSS.
c) Le gouvernement français a tort de ménager le Grand Mufti Il ne tirera de cette attitude aucun avantage. Celle-ci causera au contraire du ressentiment chez les sionistes et les Juifs de Palestine aussi bien que dans les milieux arabes modérés ; comme ces derniers, les jeunes partis communistes de Syrie et du Liban s’en serviront contre la France et feront ressortir que cette attitude n’est pas compatible avec le rôle que l’on s’attend à lui voir jouer pour favoriser le développement économique et l’évolution sociale des peuples arabes. Quant à l’oligarchie politique et religieuse, elle ne saura aucun gré à la France d’avoir protégé la personne du Grand Mufti, et y verra un signe de faiblesse. La même interprétation se retrouvera en Afrique du Nord.
d) Il n’est pas impossible que la presse libérale des États-Unis s’empare de cette affaire et lui donne de la publicité dans un sens qui ne manquerait pas d’être désagréable pour la France ».
Le même jour, ce 22 octobre, l’ambassadeur de France au Caire transmet au ministre des Affaires étrangères une lettre de Tewfik-Saleh El-Husseini, vice-président du Parti palestinien arabe, dont le président n’est autre que le Grand Mufti de Jérusalem. Ce parti fut créé en 1935 par ce dernier et matérialise encore dix ans après l’identité arabe palestinienne. Cette lettre remercie le ministre des Affaires étrangères : « Excellence, hommages et respect, Les Palestiniens ont appris avec beaucoup de plaisir et de satisfaction que votre vénérable gouvernement a donné l’hospitalité à Son éminence le Grand Mufti Essayed Amine El-Hosseini, en lui réservant un accueil digne de son état de chef religieux, de grand leader arabe, jouissant de la confiance et du respect de plusieurs millions d’Arabes et de Musulmans. Cet accueil a eu le meilleur effet chez tous les Arabes et les Musulmans ».
Dans une note du 26 décembre 1945, soit deux mois plus tard, M. Rageot, ambassadeur de France en Arabie saoudite, exprime au ministre des Affaires étrangères, et ce de la part de l’ensemble des pays arabes, « la reconnaissance pour le traitement accordé au Grand Mufti ».
Une exfiltration réussie
Durant les quatre mois suivants, les autorités françaises semblent embarrassées par la présence de cette personnalité sur leur sol. En dehors de la reconnaissance exprimée par les autorités arabes et en particulier par Hassan el-Banna, le fondateur des Frères musulmans, qui adresse le 20 avril 1946 une lettre de remerciements aux autorités françaises. Ensuite, fin mai 1946, le Grand Mufti réussit à « fausser compagnie » aux autorités françaises et à arriver au Caire, via Washington, détenteur sous une fausse identité d’un passeport syrien. Résidant au Caire, à Damas et à Beyrouth, le Grand Mufti de Jérusalem, quelques mois avant la création de l’État d’Israël, essaie de sensibiliser le monde arabe à la nécessité de lutter contre l’État juif. Devant la victoire militaire de ce dernier, il continue à vouloir combattre l’influence des Hachémites qu’il identifie à celle des autorités britanniques.
Dans une correspondance adressée le 11 octobre 1946 à la légation française du Caire, le Grand Mufti explique les raisons de sa fuite, cinq mois plus tôt : « La veille de mon départ de Paris, j’ai fait parvenir à M. Bidault (ministre des Affaires étrangères) une lettre dans laquelle je lui exprimais toute ma reconnaissance pour l’accueil qui m’a été réservé en France. Je n’ai commencé à songer à m’évader qu’à partir du jour où un communiqué officiel émanant du Département (du ministère des Affaires étrangères) a annoncé que vous ne vous opposeriez pas à mon retour dans le Proche-Orient, si un État arabe le demandait. Cette nouvelle exprimait pour moi un sentiment tacite à mon départ qui ne pouvait m’être officiellement communiqué. De plus, votre gouvernement ayant eu la délicatesse de ne pas exiger de ma part un serment m’engageant à rester sur votre territoire, j’ai cru pouvoir en toute liberté de conscience retourner en terre d’Islam. Il ne m’était pas possible de demander cela sachant que, pour maintenir de bonnes relations avec Londres – relations dont je comprends toute la nécessité –, vous auriez été obligé de faire échec à ma requête. Au sujet de mon départ, je tiens à préciser qu’il a été organisé sans aucune complicité anglaise, américaine ou française. (…) Vous avez peut-être été surpris de mon silence à l’égard de la France depuis mon arrivée en Égypte. Mais il ne m’est pas encore possible de faire des déclarations publiques. Je suis notamment tenu à une entière réserve à l’égard des Anglais qui, dès mon arrivée ici, m’ont fait savoir qu’ils n’apporteraient aucune restriction à ma liberté d’action dans le Proche-Orient. Cette marque de bienveillance m’oblige à ne pas compliquer leurs rapports dans les pays arabes durant une phase de négociations et au moment où se traite le problème palestinien. Dès qu’ils auront pris position sur ces deux questions, j’entrerai à nouveau dans la vie politique, soit, selon les cas, pour chercher avec eux un terrain d’entente, soit pour les combattre. Cette échéance ne me paraît pas très lointaine. À cette occasion, je ferai paraître toute une série d’articles. Les premiers porteront sur la France. J’ai conscience de l’importance de la dette que j’ai contractée envers vous et soyez assuré que mon action en votre faveur sera à la hauteur de cette dette. (…) Dans ces articles, je soulignerai tout particulièrement que le seul pays au monde qui soit vraiment démocrate est le vôtre Nulle part ailleurs, en effet, il n’est possible de voir assis face à face dans un restaurant ou un café, avec la même quiétude sociale, un grand homme tel que le général de Gaulle et un Noir de Tombouctou. »
En réalité, comme l’expliquent les historiens David G. Dahlin et John F. Rothman[11], « Au Caire, Al-Husseini reçut l’accueil d’un héros. Il avait 51 ans. Il était visiblement vieilli depuis le temps où il avait dirigé le Mouvement national palestinien dans les années 20 et 30. (…) Al-Husseini fut reçu par le roi Farouk avec une grande chaleur, lui qui était son ami et son allié du temps de guerre. (…) ». En outre, l’historien Matthias Künzel[12] ajoute : « De plus, l’absence de châtiment pour son engagement dans le nazisme accrut son prestige auprès des Arabes. « Dans cette impunité, ils voient non seulement la faiblesse des Européens », écrit Simon Wiesenthal en 1947, « mais l’absolution pour les événements passés et futurs. Un homme qui s’en sort toujours, qui est l’ennemi Nᵒ 1 d’un empire puissant (l’empire britannique) – mais que cet empire ne peut saisir – leur paraît de façon claire et définitive le parfait Führer ».
Un grand mufti très reconnaissant à la France mais qui reste embarrassant car résolument contre la création de l’État d’Israël
Dans une première partie citée en annexe intitulée « Opinion du Mufti sur la position des États arabes à l’égard de la France », on peut lire : « Actuellement le Proche-Orient est engagé dans une grave aventure dont l’issue peut être fatale à sa pleine souveraineté. Il est l’enjeu stratégique et économique de deux blocs importants, l’un anglo-saxon, l’autre russe. Obligés officiellement ou d’une manière occulte de soutenir le sionisme, les premiers sont à ce titre des opposants de la cause arabe. Mais ils sont également amenés à rechercher la sympathie des Musulmans pour faire échec au bolchévisme Bien que, par incompatibilité religieuse et pour sauvegarder leurs traditions en matière sociale, les gouvernements arabes soient en général disposés à les suivre dans cette dernière voie – encore que le communisme puisse constituer un choc psychologique capable de tirer l’Islam de sa léthargie –, ils ne peuvent s’engager avec eux. L’intérêt qui les porte tout naturellement vers les Anglo-Saxons est en effet mitigé par une très grande défiance qui leur fait rechercher l’appui d’une autre puissance. J’ai l’impression qu’ils recherchent vivement un rapprochement avec la France. Peut-être avez-vous déjà recueilli ce sentiment ? Vous verrez combien l’attitude de Choukry El-Kouatly, président de la République syrienne, changera bientôt vis-à-vis de vous ».
Dans une deuxième partie citée en annexe, intitulée « sur question demandant la nature de l’appui que les pays arabes peuvent attendre de la France », le Grand Mufti explique : « Il n’est pas dans mon esprit de vous engager dans une politique active qui ne manquerait pas de vous opposer à Londres, dont l’alliance vous est sans doute nécessaire. Il est un domaine cependant où votre champ d’action est illimité. C’est celui de la culture. Le mélange harmonieux de la spiritualité et du matérialisme de la civilisation française est, pour les États arabes qui ont besoin de culture scientifique, un apport nécessaire. Pour que votre action soit efficiente, il faudrait surtout qu’elle soit dirigée vers une élite. L’exemple du Cheikh Abd-Errazek, recteur de l’université El-Azhar, de l’écrivain Taha Hussein, de Heykal Pacha, président du Sénat (égyptien), sont des preuves typiques de l’influence que l’on peut exercer dans un pays par le canal d’hommes que l’on a formés. Somme toute, ce qu’il faudrait reprendre, c’est l’action développée par les savants amenés (en Égypte) par Napoléon et dans l’esprit où ils l’ont exercée. »
On voit donc dans ces documents écrits par Hadj Amine El-Husseini en Égypte que ce dernier se refuserait finalement à demander l’aide directe de la France dans son action politique contre ce qu’il estime être « la stratégie des Anglo-Saxons » au Moyen-Orient. Il confie à cette dernière une action plus culturelle et intellectuelle au sein du Monde arabe en citant des exemples du pays qui l’accueille, l’Égypte, et en y faisant remonter cette action de la France à l’époque de la conquête de l’Égypte par le jeune Napoléon Bonaparte qui s’y était entouré d’une cohorte de savants.
Dans une dernière annexe intitulée « sur question demandant si l’Afrique du Nord ne pourrait pas gêner l’établissement de rapports étroits entre la France et les pays arabes », le mufti répond : « Vous n’avez aucun problème grave en Afrique du Nord, comme en ont les Anglo-Saxons dans le Proche-Orient. Ce qui rend très difficile l’établissement de relations sincères entre Arabes, Anglais et Américains, c’est que chez ces derniers, l’action juive a pris une place prépondérante dans leurs gouvernements. Il en était d’ailleurs de même en Allemagne, où, grâce à la simplicité naturelle des dirigeants, les Israélites, avant Hitler, avaient pris les rênes de commande. Dans les pays latins, les Juifs ont certes parfois réussi à prendre une place importante, mais la réaction spontanée du catholicisme a fait qu’ils n’ont jamais pu guider entièrement les destinées de ces pays, et en ce qui vous concerne, celles de l’Afrique du Nord. Il y a là un facteur important dans la sympathie qu’une nation occidentale peut inspirer en pays d’Islam. Il semble donc que le problème nord-africain soit une question d’entente entre les Musulmans de Tunisie, d’Algérie et du Maroc, et vous. Tout concourt – votre civilisation, votre spiritualité, votre libéralisme – à rendre cette entente possible. Il y a certes des réajustements importants à faire. « En tant qu’Arabe et Musulman, je ne puis admettre que mes coreligionnaires vivent en sujétion et je sais que ce ne sont pas là vos intentions »
Dans cette dernière partie, le Grand Mufti exprime sa vision antisioniste, quelques mois avant même le partage de la Palestine et la création de l’État d’Israël. Cette vision est aussi antisémite dans la mesure où il détermine les bonnes relations que pourraient avoir des nations occidentales en fonction seulement de l’influence présupposée des Juifs au sein de leurs gouvernements. Il fait erreur, volontairement ou non, sur les relations entre Français et Nord-Africains dans les protectorats et en Algérie. Il milite enfin pour que les Arabes de ces pays aient le même statut juridique que les métropolitains. Ces assertions deviennent inacceptables pour le gouvernement français de la toute jeune IVᵉ République, au moment où, mis à part les troubles de Sétif en mai 1945 en Algérie, il n’y a pas de rébellion à proprement parler en Afrique du Nord.
Une note rédigée au Caire le 30 novembre 1946 par M. Arvengas, ambassadeur de France, concernant un entretien qu’a eu l’un de ses subordonnés avec le Grand Mufti, précise que : « Dès le début de l’entretien, le Grand Mufti marque une certaine nervosité. Il s’enquiert discrètement de la situation en Palestine, puis se lance aussitôt dans l’exposé suivant : « La question palestinienne entre en ce moment dans une phase cruciale. Pressée par les sionistes et grâce à la complicité de certains chefs d’État arabes, l’Angleterre paraît décidée à régler ce problème. À cet égard, l’installation brutale de Noury Saïd à la tête du Conseil irakien, la déclaration récente de l’émir[13] Abdallah et celle de Ben-Gourion sont symptomatiques. Mais cette initiative fait délibérément abstraction de la volonté des peuples arabes. Or il est un point sur lequel l’unanimité des musulmans est faite, c’est sur la nécessité de maintenir la Palestine arabe. La décision de l’Angleterre, appuyée par Sedky Pacha[14], Abderrahman Azzam[15], l’émir Abdallah, Noury Saïd[16] et peut-être un des fils d’Ibn Séoud[17], de partager la Palestine, va soulever une immense vague de fond susceptible de plonger le Proche-Orient dans une grave insurrection. Cette éventualité a été envisagée. Aussi, depuis longtemps, d’importants comités secrets ont été mis en place pour y faire face. Ces comités, déjà en action sur le plan politique, préparent actuellement une action armée. Ils prendront appui sur toute puissance extérieure qui voudra les aider. Ils ont déjà obtenu des assurances du côté de la Russie. Mieux vaut se brûler les mains en s’agrippant à un fer rouge que de se laisser noyer. D’importantes personnalités arabes, tant en Égypte qu’en Transjordanie, en Irak et en Palestine, avaient pensé qu’après les événements de Syrie et en raison de la politique actuelle menée en Afrique par les Anglo-Saxons, la France se déciderait à apporter à la cause arabe un soutien effectif. C’est d’ailleurs, semble-t-il, le seul moyen qui lui reste pour sauver les nationalismes qui sont le plus souvent particularistes et incapables de généralisation. Cependant la situation est sérieuse. La Russie peut en effet désormais compter sur de nombreuses complicités dans le Proche-Orient et c’est là sans doute qu’il faut donner toute leur valeur aux appréhensions du mufti La hâte que l’Angleterre apporte dans la mise en place de son dispositif militaire en Transjordanie et en Palestine en est un témoignage. »
En ce qui concerne les propositions du mufti, M. Soulié a par sa réaction clairement marqué à son interlocuteur qu’elles lui paraissaient irrecevables. (…) ».
Après la première guerre israélo-arabe qui suit en novembre 1947 le partage de la Palestine décidé à l’Assemblée générale de l’ONU le 29 novembre 1947, mais surtout la proclamation de l’indépendance d’Israël le 14 mai 1948, le Grand Mufti poursuit son action au profit non seulement de l’indépendance palestinienne, mais aussi contre le tout nouvel État hébreu. Il compte ainsi rallier la France à son projet et ce, contre l’action du Royaume-Uni et des États-Unis d’Amérique. Son action politique se distingue donc de celle des États arabes dépendant de l’aide britannique que sont respectivement la Transjordanie et l’Irak hachémites ainsi que l’Égypte du roi Farouk. En outre, ayant déclaré l’indépendance de la Palestine en 1948, il ne contrôle nullement la situation sur le terrain, même s’il y dispose encore de partisans. L’historien israélien Asher Susser écrit d’ailleurs : « Lorsque Hadj Amine El-Husseini déclare l’indépendance de la Palestine en octobre 1948, la Jordanie est en plein contrôle, militairement parlant, de la Palestine, sauf de Gaza, et cela fait toute la différence, même si son discours est plutôt bien accueilli en Cisjordanie »[18].
Dans une note datée du 4 avril 1949, Gilbert Arvengas, ambassadeur de France en Égypte, le lendemain d’un entretien de l’un de ses collaborateurs avec le Grand Mufti, écrit : « Il (le Grand-Mufti) a longuement insisté sur les effets salutaires que comporterait, selon lui, une intervention plus active de la politique française dans les pays arabes. L’Angleterre y a, affirme-t-il, perdu tout prestige, car c’est à elle seule qu’est dû le triomphe d’Israël. Certains gouvernements lui restent fidèles, comme ceux d’Irak, de Transjordanie, et, même, d’Égypte. Mais les deux premiers ne conservent cette attitude que parce que les hommes qui les composent sont trop irrémédiablement compromis, quant au roi Farouk, il ne continue à ne voguer dans le sillage de Londres que faute de disposer d’autre appui. Le Grand Mufti pense que, dans l’intérêt général, nous devrions tout mettre en œuvre pour nous rapprocher du Palais. »
Plus loin, l’ambassadeur poursuit : « Au Levant, notre situation s’est considérablement améliorée, et nous (les Français) avons joué très habilement en acceptant de fournir des armes à l’armée syrienne, qui forme la principale barrière aux ambitions hachémites. Hadj Amine souhaite nous voir persévérer dans cette voie. Peut-être contribuerions-nous ainsi à détourner de cette tentation funeste certains éléments qui, de plus en plus nombreux, se sentent enclins à rechercher l’appui de l’URSS. Pour sa part, il usera de toute son influence pour nous faciliter cette politique. »
Reprenant l’argumentation du Grand Mufti, il explique plus loin ce que pourrait être l’action de la France au Moyen-Orient : « Sans doute, une action française en Orient ne doit-elle être menée qu’avec beaucoup de précautions et de ménagements, afin d’éviter les réactions d’une opinion encore influencée par les campagnes de propagande consécutives aux événements de 1945[19]. Néanmoins il nous est possible, selon Hadj Amine, de travailler efficacement en dehors du plan officiel. Et le Grand Mufti d’insister sur les bienfaits d’une collaboration discrète entre la France et les éléments les plus dynamiques du monde arabe, dont il va sans dire que la direction est entre ses mains. »
L’ambassadeur décrit alors l’état des forces que le Grand Mufti peut encore mettre en œuvre : « Bien qu’actuellement dans une situation financière difficile, l’état-major du Haut-comité palestinien conserve d’efficaces intelligences dans tous les pays du Proche-Orient, et même en Égypte. La meilleure preuve en est que ses bandes poursuivent la lutte armée en Palestine : elles tiennent encore, affirme le Grand Mufti, et ce, malgré l’hostilité des troupes hachémites, dans plusieurs régions, et notamment dans celles de Ramleh et de Hébron. Dans cette dernière ville, viennent d’avoir lieu de violentes manifestations contre Abdallah [20]. »
L’ambassadeur essaie plus loin d’évaluer l’influence réelle du Grand Mufti de Jérusalem sur les « foules arabes » et de déterminer ses ambitions politiques.
« Pour fournir, semble-t-il, à mon collaborateur[21] les preuves de ses allégations et de sa bonne volonté, Haj Amine lui a, tout au long de cette conversation de près de deux heures, donné lecture, sous prétexte des événements de Damas[22], des télégrammes d’information qu’il recevait presque à chaque instant des diverses capitales arabes. Le mufti n’a pas précisé la forme que pourrait revêtir la collaboration qu’il préconise, et son interlocuteur, tout en le remerciant de ses bons sentiments, s’est abstenu de l’y inviter. Du problème palestinien lui-même, il n’a guère été question, et ce silence a son intérêt car il pourrait indiquer que, si le Grand Mufti n’a pas renoncé à ses ambitions politiques, c’est peut-être ailleurs qu’en Terre sainte qu’il envisage maintenant de les réaliser ».
Parallèlement, à New York, au siège des Nations unies, une documentation très suggestive sur les origines, les personnels et les buts du Comité arabe supérieur de la Palestine, organisme créé en 1936 mais régénéré en 1945 et dont le président n’était autre qu’Hadj Amine El-Husseini, fut remise aux représentants des différentes nations en mai 1947[23]. Dans cette documentation d’une centaine de pages, on retrouve pêle-mêle des photographies compromettantes du Grand-Mufti avec de hautes personnalités nazies, Hitler, Himmler notamment, et des fac-similés de documents en allemand et en italien qui prouvent les liens entre le Grand-Mufti et les autorités nazies et fascistes durant la Seconde Guerre mondiale.
Cela montre que les Français, en particulier le gouvernement issu de la Résistance en 1945, mais aussi à partir de 1946, celui de la IVᵉ République, devaient savoir qui était réellement Hadj Amine Al-Husseini, à savoir un collaborateur et un allié des autorités nazies et fascistes durant la Seconde Guerre mondiale. Recherché pour crimes de guerre par le gouvernement yougoslave du maréchal Tito, en raison du recrutement qu’il a favorisé de SS bosniaques, qui auraient ensuite commis des crimes de guerre en Bosnie, notamment contre les Serbes et contre les résistants communistes de Tito.
Une influence du grand mufti au Moyen-Orient importante mais relative après la défaite arabe lors de la première guerre israélo-arabe
Dans la note Nᵒ 167/AL adressée au ministre des Affaires étrangères le 10 août 1948 par Jean Dumarçay, ministre de France en Transjordanie, intitulée « La Syrie, le Liban et l’affaire palestinienne », ce dernier écrit : « Au cours de la première campagne (du 15 mai au 11 juin), on entendait fréquemment les Transjordaniens, calquant leur attitude sur celle du Palais et des milieux gouvernementaux, tourner en ridicule le piétinement des armées libano-syriennes, comparé aux poussées spectaculaires des forces de la Légion arabe et égyptiennes en territoire palestinien. (…) Les défaites essuyées par toutes les armées (arabes) de la coalition durant la deuxième campagne, qui n’a heureusement pour elles duré que dix jours (du 9 au 18 juillet), ont mis une sourdine aux reproches adressés aux Syriens et aux Libanais. Cette jactance ne laissait que trop apparaître, d’ailleurs, les pointes dirigées contre l’ancienne gestion française du Levant, et en ce qui concerne plus particulièrement les Libanais, le mépris dans lequel on tenait une armée composée en majorité de troupes chrétiennes. De toute manière, les calculs du commandant anglais de la Légion arabe ont été pris en défaut. La guerre anti-sioniste devait, d’après lui, être terminée victorieusement dans un délai de trois semaines au maximum, et je tiens de source autorisée que les services de santé avaient reçu des instructions pour établir, en vue de cette éventualité, leurs propres prévisions de campagne (…) Le roi Abdallah, qui n’a pas une seule minute depuis 1920, n’a pas renoncé à ses ambitieux projets, n’en a pas moins poursuivi sa propagande en faveur de l’unité syrienne. Il a fait savoir que si les provinces composant la Syrie physique de l’ancien Empire ottoman avaient été réunies avec l’Irak, sous un seul sceptre – le sien –, le monde arabe n’aurait pas été tenu en échec par une poignée de Juifs qui, en l’espace de deux mois, a réussi à chasser de ses foyers le tiers de la population arabe de Palestine. L’unité de commandement que les membres de la Ligue (arabe) ont été incapables, malgré le danger, de rendre effective, l’eût été automatiquement avec un seul royaume dressé dans un seul élan contre le spoliateur ».
Concernant la popularité du roi Abdallah en Transjordanie et en Palestine, Jean Dumarçay souligne son effondrement suite à la défaite des armées arabes, même si la Légion arabe n’a essuyé qu’un échec relatif. Au contraire, la popularité du Grand Mufti de Jérusalem semble remonter et son influence semble s’étendre dans tous les pays arabes de la coalition, y compris au Caire où il a été reçu en audience par le roi Farouk.
Dans la note Nᵒ 157/AL adressée le 24 mars 1950 par le ministre de France à Amman, M. Jean Dumarçay, au ministre des Affaires étrangères sur « l’empire hachémite », on peut lire que, dans une entrevue à Bagdad, le roi de Jordanie Abdullah Iᵉʳ et le Régent d’Irak Abdul-Illah[24] avaient convenu que la Palestine pourrait être annexée dans sa totalité au Royaume de Jordanie. La Palestine dite arabe avait été annexée, pour ce qui la concerne, au royaume de Jordanie depuis mars 1949, après l’armistice de Rhodes signé avec Israël le 24 février 1949. Dans la note, il est également précisé que « les mesures législatives prises progressivement depuis cette époque ont amené la fusion de la Transjordanie et de la Cisjordanie en un seul royaume. Le nom même de Palestine a été banni de la terminologie administrative qui ne connaît plus qu’une « zone occidentale ». La consécration de cette annexion sera définitive après que les habitants de ce territoire auront envoyé le 11 avril 1950 au futur parlement unifié des deux rives du Jourdain 20 députés. On saura bientôt si les appels au boycottage du scrutin lancés par le Grand Mufti, Hadj Amine Al-Husseini, auront eu quelque effet sur les électeurs palestiniens. Dans le cas contraire[25], il sera difficile de rétorquer que cette consultation populaire ne constitue pas un plébiscite en faveur des entreprises abdaliennes. (…) C’est-à-dire en bref, et aussi paradoxal qu’il apparaisse, que le souverain hachémite d’Amman représenterait, par sa seule existence, un élément d’équilibre et de stabilisation de la construction politique du Moyen-Orient arabe. »
Quinze jours après l’assassinat[26] du roi Abdallah Iᵉʳ de Jordanie par un séide de l’ex-mufti de Jérusalem, le chargé d’affaires français en Égypte, Éric de Carbonnel, rend compte dans la note Nᵒ 1095/AL au ministre des Affaires étrangères, Robert Schumann, des « protestations jordaniennes contre les activités du grand-mufti de Palestine ». Dans cette note, le rédacteur relate : « Il est remarquable en effet que Hadj Amine El-Husseini puisse aussi librement poursuivre ses activités politiques et multiplier les déclarations et les interviews. Il se livre à des violentes attaques contre la Jordanie – le Comité arabe de Palestine qu’il patronne a, on s’en souvient, demandé aux gouvernements arabes d’intervenir en Palestine pour mettre fin à la terreur qu’y font régner les Jordaniens ; il reste en rapport avec tout un réseau d’informateurs et de partisans dévoués tandis que ses émissaires sont impliqués dans l’attentat qui a coûté la vie au roi Abdallah, entretiennent l’agitation en Palestine et intriguent dans plusieurs pays arabes. Dans sa note de protestation, le gouvernement jordanien exprime son étonnement de voir un réfugié politique jouir d’une telle liberté et profiter de l’hospitalité que lui accorde un pays ami de la Jordanie, membre comme elle de la Ligue arabe, pour mener une campagne contre ce dernier pays. La note ne manque pas de souligner les responsabilités du mufti dans l’assassinat du souverain hachémite, certains membres de sa famille[27] y ayant directement participé. Elle fait allusion à l’activité qui serait déployée en Syrie par les partisans du Grand Mufti en faveur de l’annexion de la Jordanie à ce pays, et demande à l’Égypte d’intervenir promptement pour mettre fin à des agissements aussi dangereux pour la bonne entente interarabe. Elle mentionne le nom du colonel Abdallah El-Tell, parmi les auxiliaires de Hadj Amine Al-Husseini. »
Le Chargé d’Affaires poursuit : « Le gouvernement égyptien n’a pas encore fait connaître sa réponse à cette protestation, mais loin qu’elle soit suivie du silence du mufti, elle a été pour lui l’occasion d’une nouvelle conférence de presse. Comme il l’avait déjà fait au lendemain de l’assassinat du roi Abdallah, il s’est défendu d’avoir pris une part quelconque au complot, affirmant que l’organisation du « Jihad Al Ougadda » avait été dissoute dès 1948. Puis, après avoir souligné que la Palestine existait toujours juridiquement comme territoire séparé dont l’administration est assurée provisoirement par la Jordanie, il a poursuivi : « On ne peut faire confiance au gouvernement d’Amman, qui, docile aux suggestions britanniques, peut s’entendre à tout moment avec les Juifs au détriment des Palestiniens. » Puis il a affirmé à nouveau que les forces jordaniennes faisaient régner la terreur en Palestine depuis l’assassinat du roi Abdallah. Il a repris les mêmes allégations dans une interview accordée au correspondant de « France-Soir », déclarant en outre que les témoignages concordaient pour faire de Talal un homme sain d’esprit et que, par conséquent, il n’y avait aucune raison de modifier la loi dynastique qui en fait l’héritier légitime. Quelle que soit la liberté qu’il laisse au mufti, et qui provient du désir de le ménager, je ne crois pas que le gouvernement égyptien cherche à l’utiliser pour favoriser l’exécution d’un plan quelconque en Jordanie. La Jordanie venant de faire savoir qu’elle n’admettait pas que l’on discutât de ses affaires intérieures à la Ligue arabe, et qu’elle était prête à quitter cette organisation au cas où on passerait outre à cet avertissement ; l’Irak ayant déclaré qu’il appuyait la position jordanienne, l’Égypte aura une raison de plus de rester sur l’expectative. Le Secrétariat général de la Ligue vient en tout cas d’annoncer que la réunion de la Ligue, qui se tiendra probablement fin août ou début septembre, n’aura pour but que d’examiner l’attitude commune des pays arabes lors de la session prochaine de l’ONU. »
Ainsi les autorités françaises peuvent-elles alors apprendre que Hadj Amine Al-Husseini est à l’origine de l’assassinat d’un chef d’État du Moyen-Orient, provoquant alors la déstabilisation d’un pays, certes sous l’influence britannique, mais dont l’attitude restait pro-occidentale.
Le grand Mufti promeut une ligne pro-allemande, antisémite et antisioniste au début des années 50.
En 1952, le grand mufti révèle à la revue allemande « Zeitschrift für Geopolitik » le fond de ses pensées : « Une amitié solide lie les Arabes aux Allemands (…) « Les Arabes admirent le peuple allemand qui, dans toute son histoire, n’a jamais rien fait de nature à nuire aux Arabes et aux Musulmans, cette amitié s’est manifestée il n’y a pas si longtemps[29] ».
Plus loin, l’auteur de la note ajoute : « Soulignant la communauté d’intérêts qui existe entre les deux peuples, l’ex-mufti[30] a exprimé l’espoir qu’elle se traduirait dans le domaine pratique par l’échange de spécialistes et de techniciens, par un accroissement des relations commerciales, et par l’envoi d’étudiants arabes dans les universités allemandes. Dès que la tyrannie impérialiste aura été extirpée du Proche-Orient, a poursuivi Haj Amine El-Husseini, l’unité arabe pourra devenir une réalité ; la Palestine redeviendra libre et les envahisseurs juifs devront disparaître[31] ».
Le rédacteur de cette note fait alors le lien entre l’interview de l’ex-mufti et l’influence grandissante de la République fédérale au Moyen-Orient, en particulier en Égypte, où ce dernier fut interviewé : « Rapprochant ces considérations des divers signes de renaissance de l’influence allemande dans le Proche-Orient, l’auteur[32] rappelle que des informations suivant lesquelles le général Farmbacher, commandant de corps d’armée sous les ordres du maréchal Rommel en Libye[33], aurait repris du service dans l’armée égyptienne, ont été confirmées par le porte-parole du gouvernement de Bonn, qui aurait ajouté que cinq autres officiers allemands de rang élevé[34] se trouvaient en Égypte. Le fait d’ailleurs a été signalé par un télégramme de Monsieur le Haut-Commissaire[35] de la République française en Allemagne en date du 27 février dernier ».
Finalement la France abandonne le grand mufti et ses thèses gênantes. La France rallie les Anglo-Saxons en attendant le général de Gaulle en 1967.
Cette propension du Grand Mufti à opter pour une solution où l’Allemagne fédérale reprendrait l’aide qu’avait accordée durant la Seconde Guerre mondiale l’Allemagne nazie conforte les autorités françaises de ne pas poursuivre une piste hasardeuse, d’autant qu’Israël a globalement gagné la première guerre israélo-arabe sur le terrain et que les Britanniques ne semblent pas pouvoir encore choisir entre l’option israélienne et l’option hachémite. En outre, les autorités françaises reconnaissent, à l’instar des autorités britanniques, l’annexion par la Jordanie des territoires de Cisjordanie conquis par la Légion arabe La solution préconisée par le Grand Mufti quelques années avant la Première Guerre israélo-arabe, où la France, à partir de ses deux anciens mandats de Syrie et du Liban, reprendrait une influence contrecarrant les actions britanniques et israéliennes au Moyen-Orient, ne peut pas fonctionner car les autorités françaises n’ont pas, au contraire des Britanniques, de troupes sur place. Même si l’armée syrienne achète quelques matériels français, il n’y a ni au Liban, ni en Syrie, l’équivalent d’une Légion arabe commandée par des officiers français. Une telle troupe existait durant le mandat mais avait disparu à l’indépendance de la Syrie encouragée par Churchill en 1944. L’armée syrienne, comme l’armée libanaise, n’avait plus d’instructeurs français, à la différence de l’armée jordanienne, commandée par un officier britannique, Glubb Pacha, même s’il disait et écrivait qu’il se considérait avant tout comme jordanien. Dans un Moyen-Orient en crise et en guerre depuis la naissance de l’État d’Israël, la proposition initiale du Grand Mufti de Jérusalem aux Français de jouer sa carte, la carte syrienne et palestinienne, ne peut plus être pertinente pour ces derniers, dès lors que les diplomates reconnaissent, comme le Chargé d’Affaires en Jordanie, que le roi Abdallah Iᵉʳ, loin d’être un perturbateur, était plutôt un élément stabilisateur de cette région. De fait, l’appui des Palestiniens de Cisjordanie au rattachement de leur pays à la Jordanie, la Palestine du partage de novembre 1947 se retrouvant alors éliminée, va confirmer la bonne conscience française dont les élites politiques vont alors se rapprocher d’Israël et des Britanniques jusqu’à l’aventure de Suez en novembre 1956. Le Grand Mufti de Jérusalem va se retrouver marginalisé jusqu’à la guerre des Six Jours, où l’incapacité des armées arabes à vaincre Israël va permettre à son lointain neveu, Yasser Arafat, de reprendre le flambeau de la lutte palestinienne de 1936, plus de trente ans après. Les Égyptiens et les Syriens, entre la Première guerre israélo-arabe et la guerre des Six-Jours, vont se rapprocher d’abord de certains anciens criminels de guerre allemands pour améliorer leurs armées, puis à partir de 1955 des Soviétiques qui n’avaient aucune responsabilité directe dans la situation héritée de la Nakba [36]. La Jordanie seule ne pouvait, ni militairement, ni politiquement jusqu’au renvoi de Glubb en mars 1956, reprendre à son seul compte la lutte contre Israël.
Asher Susser poursuit[37] : « D’après le discours ambiant à Amman, ce fut la bravoure du soldat de la Légion arabe qui permit l’unification d’un même pays sur les deux rives du Jourdain (…) Toutefois, les Palestiniens accusèrent les Jordaniens d’usurpateurs, un jugement qui ne cessa jamais vraiment en dépit des différentes évolutions de la situation. (…) Dans la réalité, la Jordanie hérita de la Palestine et chercha à faire perdurer cette situation le plus longtemps possible (…) Durant cette période, de 1950 à 1967, la Palestine fut gouvernée par une bureaucratie située à Amman. »
Quant au rôle de la France dans l’odyssée du Grand Mufti de Paris au Caire, Henry Laurens[38], pour sa part, la justifie en écrivant : « Hajj Amin s’était réfugié en Suisse[39], qui l’a expulsé en France. Les Français ont mis en résidence surveillée cet hôte gênant. Il n’est pas question de le livrer aux Britanniques, ce qui provoquerait des troubles en Afrique du Nord. Au moment où Léon Blum forme un gouvernement chargé en particulier de négocier des emprunts aux États-Unis, sa présence devient vraiment encombrante. C’est alors qu’est organisée sa dernière évasion. Le croisement de ses mémoires avec les données des archives françaises fournit le scénario suivant. Une véritable campagne d’intimidation a été lancée pour lui faire croire que, à la demande de Léon Blum, il serait livré aux Britanniques. Parallèlement, une personnalité marocaine haut placée organise son évasion tandis que la préfecture de police suspend pratiquement toute surveillance à son domicile… Il disparaît le 29 mai 1946 pour réapparaître en Égypte, qui lui accorde l’asile politique. »
En conclusion,
Sans préjuger des archives françaises évoquées par Henry Laurens, la tonalité des archives consultées nous laisse plutôt penser que les autorités françaises, ayant cru lors de la capture du Grand Mufti qu’elles allaient pouvoir l’utiliser contre les Anglais, ont ensuite abandonné cette option dans la mesure où ce dernier semblait trop encombrant de par son antisémitisme affiché pour jouer un quelconque rôle dans le renouveau escompté de la politique arabe de la France. En outre, le désintérêt ambiant dans les milieux politiques français pour la Palestine allait pouvoir laisser au roi Abdallah Iᵉʳ de Jordanie le champ libre pour s’emparer de la Cisjordanie sans qu’il pût être exigé qu’il y eût une forme de gouvernement palestinien. Le Grand-Mufti marginalisé, malgré des appuis en Syrie, n’allait plus désormais jouer qu’un rôle mineur sur l’échiquier du Proche-Orient, notamment à partir de 1952 avec l’avènement en Égypte du régime du général Néguib, puis du colonel Nasser deux ans plus tard. Il faudra attendre 1967 pour que le général de Gaulle ressuscite après la guerre des Six Jours, ce qui avait été dans le passé la politique arabe de la France, en dépit de l’influence des alliés américains et britanniques dans cette région du monde.
[1] Martin Cüppers et Klaus-Michael Mallmann prétendent dans Croissant fertile et croix gammée, le IIIᵉ Reich, les Arabes et la Palestine, page 280, que le 7 mai 1945 le Grand Mufti et son entourage avaient passé la frontière entre l’Allemagne et la Suisse et furent remis aux Français le même jour après être arrivés à Berne.
[2] Note du 7 août 1945 sur le rapatriement d’Autriche des collaborateurs du grand mufti.
[3] C’est-à les étrangers de la suite du Grand Mufti.
[4] Note du MAE du 25 octobre 1945.
[5] Note du 10 août 1945 de M. Henri Ponsot sur le grand mufti « criminel de guerre » – entretien avec le ministre d’Égypte.
[6] Il s’agit de crimes de guerre imputés aux Tchetniks du général Mihailovitch, résistants contre l’occupation allemande et italienne et soutenus par Londres. Le général Mihailovitch sera exécuté pour ce motif par les autorités yougoslaves en juillet 1946.
[7] CF. note conclusive au sujet du mufti de Jérusalem du 12 septembre 1945 rédigée par Henry Ponsot.
[8] Voir note citée plus haut.
[9] Supreme Headquarter Allied Expeditionary Forces : Quartier général des forces expéditionnaires alliées (alors en France).
[10] Note chiffrée Nᵒ 5491 transmise le 17 octobre 1945 à 22 h 30.
[11] In DALIN David G. et ROTHMAN John F., La Mezzaluna e la Svastika, i segreti dell’alleanza fra il nazismo e l’Islam radicale, Lindau srl, Torrino, 2009
[12] In KÜNZEL Matthias, Jihad et haine des Juifs, le lien troublant entre islamisme et nazisme à la racine du terrorisme international, éditions du Toucan, Paris 2015.
[13] Il est pourtant roi de Transjordanie depuis le 25 mai 1946.
[14] Président du Conseil égyptien jusqu’au 8 décembre 1946.
[15] Diplomate égyptien, président de la Ligue arabe.
[16] Premier ministre irakien.
[17] Il s’agit du futur roi Fayçal d’Arabie saoudite.
[18] In Israel, Jordan and Palestine, the Two-State Imperative, Asher Susser, Brandeis University Press, 2012, page 173.
[19] Sans doute fait-il allusion aux campagnes antifrançaises menées par les Britanniques en Syrie et au Liban qui ont vu le départ des troupes françaises du Levant et les proclamations d’indépendance de ces deux pays.
[20] Abdallah, 1ᵉʳ roi de Jordanie, qui avait ajouté les parties de la Cisjordanie conquises par la Légion arabe lors de la guerre israélo-arabe de 1948 à son royaume.
[21] Celui qui a réalisé l’interview.
[22] Le coup d’état du 30 mars (quelques jours plus tôt) du général Hosni Zaïm contre le président démocratiquement élu Choukry Al-Kouatly, rendu responsable par l’armée de la défaite contre Israël en 1948.
[23] In 214QO/38 (c) – fol. 490 à 684 – 1947-1952, Folio 490 – 536 ter (1947), Documentary Record submitted to United Nations on the The Arab Higher Committee (May 1947).
[24] Le jeune roi d’Irak Fayçal II n’avait en effet que 15 ans et c’était son oncle Abdul-Illah ben Hachemi (1913-1958) qui était régent pendant la minorité du souverain de 1939 à 1953 après la mort accidentelle du roi Fayçal Iᵉʳ d’Irak en 1939.
[25] Et c’est ce qui se produit par ailleurs : « En avril 1950, les Jordaniens organisent la première élection sur les deux rives du Jourdain. Suite à ces élections générales, le Parlement confirma l’unification des deux rives le 24 avril 1950. » in Asher Susser, op. cit., page 173.
[26] Le 20 juillet 1951 dans la mosquée al-Aqsa de Jérusalem, alors qu’il priait, en présence du futur roi Hussein de Jordanie, et ce, par Moustapha Ashou, 21 ans, un partisan du grand mufti de Jérusalem.
[27] Aucun membre de la famille Husseini n’a été inculpé dans cette affaire.
[28] Note Nᵒ 306/AL de Georges Bonnet, ambassadeur de France à Washington, au ministre des Affaires étrangères Robert Schumann, datée du 11 mars 1952.
[29] Le Grand Mufti de Jérusalem fait là allusion à son amitié avec Himmler et la plupart des grands dignitaires nazis, qui dura jusqu’en 1945, soit sept ans avant l’interview donnée à cette revue allemande.
[30] En fait les Britanniques dénièrent à Hadj Amine El-Husseini le titre de grand-mufti de Jérusalem à partir de 1937, où il fut banni de la Palestine sous mandat.
[31] Ce dernier mot, adressé à des lecteurs allemands à peine sept ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, est terrible car faisant référence aux crimes abominables de la Shoah ».
[32] De la revue de presse de l’ambassade.
[33] En réalité le général d’artillerie Wilhelm Farmbacher (1888 – 1970) servit sous les ordres de Rommel, non pas en Libye mais en France lors de l’opération Overlord où il commanda le 55ᵉ Corps d’Armée dont le poste de commandement se situait à Lorient. Farmbacher avait précédemment servi en Russie. De par ses études antérieures, il parlait russe et arabe. Le 7ᵉ corps d’armée de la 4ᵉ armée du groupe d’armées Centre qu’il commandait en Russie de juin 1941 à mars 1942 commit nombre de crimes de guerre, notamment contre la population juive. Commandant à la fin de la guerre la place forte de Lorient, il ne se rendit au général américain Cramer que le 7 mai 1945.
[34] En vérité, il y avait une trentaine de conseillers militaires allemands au sein de l’équipe de planification allemande au sein du bureau Plans de l’armée égyptienne. Engagés en 1951 par le roi Farouk pour tirer les leçons de la défaite égyptienne contre Israël en 1948, ces ex-officiers nazis dirigés par Farmbacher comprenaient aussi parmi les membres les plus éminents le général des Panzer Oskar Münzel et le général Julius Braun (https://www.mideastfreedomforum.org/fileadmin/editors_de/Artikel/Ulrike_Becker_Militaerberater_in_AEgypten.pdf). Johann von Leers, ex-colonel des SS, détaché auprès de Hadj Amine al-Husseini pendant son séjour à Berlin, fut pour sa part embauché par le gouvernement égyptien en 1956 pour superviser la propagande antisémite. (https://jcpa.org/article/the-postwar-career-of-nazi-ideologue-johann-von-leers-aka-omar-amin-the-first-ranking-german-in-nassers-egypt/)
[35] André François-Poncet ne deviendra ambassadeur de France en Allemagne que le 1ᵉʳ août 1955. Il est haut-commissaire de France en Allemagne depuis la réouverture de l’ambassade en 1949 après dix ans de fermeture depuis le 3 septembre 1939, date de la déclaration de guerre de la France à l’Allemagne nazie, deux jours après le début de l’invasion de la Pologne par la Wehrmacht.
[36] La catastrophe (en arabe) héritée de la Première Guerre israélo-arabe de 1948 qui concrétise sur le terrain la fin de l’État palestinien décidé en novembre 1947 lors du partage voté à l’ONU.
[37] In Asher Susser, op. cit., pages 173-174.
[38] In LAURENS Henry, Question juive, problème arabe (1798 – 2001), Fayard, Paris, 2024, page 117.
[39] Ce qui n’est pas mentionné dans les archives du Quai d’Orsay.
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