En démocratie, c’est le peuple qui tranche et personne d’autre. Ni les juges, ni les éditorialistes, ni les gardiens autoproclamés de la vertu républicaine ne devraient le faire physiquement ou moralement. La question de la participation de Marine Le Pen à la prochaine élection présidentielle de 2027 dépasse donc largement son cas personnel. Elle engage la crédibilité même de notre démocratie.
Que l’on combatte ses idées ou qu’on les partage importe finalement peu. La première exigence démocratique est que les principaux courants politiques puissent être soumis au verdict des urnes. Exclure la candidate qui représente plusieurs millions d’électeurs ne ferait pas disparaître leurs convictions. Cela ne ferait qu’alimenter le sentiment d’une démocratie confisquée et renforcer son poids.
Une grande démocratie ne neutralise pas un adversaire par voie judiciaire. Elle le bat politiquement. Le précédent Fillon en 2017 avait déjà nourri ce soupçon délétère d’une justice intervenant au moment décisif du débat démocratique. Une nouvelle affaire de cette nature aurait des conséquences autrement plus profondes sur la confiance des Français dans leurs institutions.
Le prochain président de la République devra être élu face à tous ses adversaires, pas par défaut. Une victoire obtenue grâce à l’élimination judiciaire du principal opposant laisserait une trace indélébile sur son mandat. La légitimité ne se décrète pas ; elle se conquiert dans les urnes.
Les États-Unis offrent, sur ce point, une conception exigeante de la souveraineté populaire. Un candidat condamné peut se présenter à l’élection présidentielle et, s’il est élu, la volonté populaire s’impose. L’idée est simple : dans une démocratie, c’est le suffrage universel qui détient le dernier mot. La France devrait peut-être s’interroger sur cette conception, qui fait primer le choix des citoyens sur toute autre considération politique.
Le Rassemblement national constitue aujourd’hui l’une des principales forces politiques du pays. Chercher à contourner cette réalité par des mécanismes d’exclusion reviendrait à nier une partie de la France plutôt qu’à lui répondre. On ne combat pas le populisme en donnant le sentiment que le système choisit lui-même ses concurrents.
La République n’a rien à craindre du suffrage universel si elle a confiance en ses propres principes. La véritable force démocratique consiste à accepter le verdict des Français, quel qu’il soit. Si Marine Le Pen doit perdre, qu’elle perde dans les urnes. Si elle doit être battue, qu’elle le soit par un projet meilleur. Car lorsqu’une démocratie commence à choisir les candidats qu’elle autorise à se présenter, elle cesse progressivement de faire confiance à son propre peuple. Et c’est toujours ainsi que commence son affaiblissement.
Par Frédéric Roussey, conseiller international, et Fabrice Haccoun, entrepreneur et essayiste
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