Lorsqu’une gaffe éclipse tout un discours. En lançant à la tribune des Nations Unies « le Hamas n’a jamais sévi en Cisjordanie », Emmanuel Macron pollue une dernière intervention à laquelle qui il entendait pourtant donner la force d’un testament.
Vibrant lorsqu’il défend le multilatéralisme dans son temple, cette Assemblée Générale des Nations Unies devant laquelle il s’exprime pour la dernière fois, Emmanuel Macron trouve des mots forts pour pourfendre les tentations de contournement du droit international. Il se fait le meilleur avocat de l’institution. Un discours, une doctrine qu’il aura pourtant suffi d’une phrase pour occulter. Emmanuel Macron doit regretter d’être sorti d’un texte rédigé au cordeau, un discours dont chaque mot était soigneusement pesé… Sur la question hautement inflammable du Proche-Orient, l’imprécision du langage se paie forcément au prix fort.
Soudain le président dérape, lorsqu’il évoque les exactions des colons israéliens en Cisjordanie. Prétendre que le Hamas « n’a jamais sévi en Cisjordanie » est d’évidence une incroyable erreur. Un contresens historique majeur. La traduction simultanée diffusée dans les tribunes de l’ONU amplifie l’ambiguïté : « Hamas was never very active in the West Bank ».
Benyamin Netanyahu en position défensive sur la scène onusienne n’en espérait pas tant. Emmanuel Macron lui offre un cadeau d’une valeur inestimable. La riposte de Tel Aviv est immédiate et cinglante. Le Premier ministre israélien a beau jeu de qualifier de « grotesques » et de « sidérants » les propos du président français. Son ministre des Finances, Bezabel Smotrich, accuse même Emmanuel Macron de « mentir », rappelant l’assassinat récent d’un civil israélien en Cisjordanie, meurtre revendiqué par une cellule liée au Hamas.
Côté français, la clarification apparait tardive, peu convaincante, besogneuse même.
La cause est difficile à plaider : Emmanuel Macron n’aurait jamais voulu dire que le Hamas n’avait jamais été actif en Cisjordanie, mais qu’il n’y avait jamais gouverné. La diplomatie française semble à la peine, tant la nuance entre « sévir » et « gouverner » ne correspond pas au sens de la phrase du chef de l’État. L’écart entre les deux lectures est flagrant, trop important pour que l’explication apparaisse crédible. Sur le fond, si le Hamas ne gouverne pas la Cisjordanie comme il contrôle la bande de Gaza, le mouvement islamiste y est historiquement implanté et y a commis des attentats. Il maintient des cellules armées et y bénéficie d’une popularité significative face à une autorité palestinienne discréditée. Confondre l’absence de gestion territoriale avec une absence d’activité terroriste apparait impardonnable à ce niveau d’exercice de l’État.
Pour la France, le mal est fait. L’exercice de rattrapage poussif n’y change rien. En une phrase, Emmanuel Macron ruine toute une démonstration. Sur le fond, le chef de l’État s’est pourtant contenté mardi de rappeler la position de Paris : attachement à un double principe : la souveraineté d’un État palestinien que la France rappelle avoir reconnu l’année précédente dans cette même enceinte ; le droit à la sécurité et à l’existence d’Israël. Concernant la Cisjordanie, l’argument initial n’était pas dénué de sens : il s’agissait de rappeler que la pression sécuritaire et la colonisation en Cisjordanie ne peuvent pas être justifiées par la même rhétorique que celle opposée au Hamas à Gaza.
En utilisant une contre-vérité aussi évidente, il perd le bénéfice d’une position constante et argumentée. Au lieu de débattre du droit international, des implantations illégales ou du sort des populations civiles, l’attention se focalise sur l’amateurisme présumé du président français. De ce dernier discours ne restera finalement qu’une polémique triste. C’est un grand classique de la communication politique, ces quelques secondes d’improvisation qui viennent pulvériser toute une démonstration. Dommage !
Geneviève Goëtzinger
Geneviève Goëtzinger est journaliste et dirigeante d’entreprise dans les médias et le conseil en stratégie de communication.
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