​​Il y a ce que l’on voulait entendre et il y a ce que l’on a refusé de voir.

​Hier, le 17 octobre, des centaines de milliers de citoyens entre 800 000 et 900 000 selon les estimations, éparpillés aux quatre coins du pays sont descendus dans la rue. Des gilets jaunes, des syndicalistes, des lycéens, des agriculteurs, des pompiers, des familles. Un cortège hétéroclite mais uni par une même lame de fond : le pouvoir d’achat asphyxié, la vie qui devient chère jusqu’à l’insupportable, la sensation étouffante de ne plus pouvoir boucler les fins de mois tout en restant invisible. Une colère sociale légitime, populaire, un cri d’alerte adressé directement aux sommets de l’État.

​Puis la nuit est tombée et le cri est devenu fracas.

​Hier soir, Paris, Marseille et la plupart de nos grandes métropoles ont basculé dans des scènes de chaos et d’émeutes urbaines suffocantes. Vitrines brisées, barricades enflammées, face-à-face violents : des images de guerres civiles miniatures qui laissent un arrière-goût amer. Mais au-delà de la sidération, un constat saute aux yeux et pose une question dérangeante : où était l’État ?

​Sur le terrain, les forces de l’ordre se sont retrouvées dépassées, isolées, clairement en sous-effectif face à la déferlante. Comment expliquer un tel manquement dans la préparation ? Pourquoi un dispositif de sécurité suffisant n’a-t-il pas été déployé alors que l’ampleur de la mobilisation était prévisible ? Incapacité d’anticipation, faute politique ou stratégie du laisser-faire ? Les questions s’accumulent et le doute s’installe.

​Mais ne nous trompons pas de cible ni de débat. Les émeutes de la nuit ne sont que le symptôme aigu d’un mal beaucoup plus profond.

​Il est temps de mettre les pieds dans le plat et de mettre la classe politique face à ses responsabilités. Toute la classe politique, sans exception. Depuis des années, le pouvoir ferme les yeux, détourne le regard et traite les revendications populaires par le mépris ou par de simples éléments de langage. On refuse d’écouter le peuple quand il s’exprime pacifiquement, on balaye ses souffrances d’un revers de main technocratique.

​Or, l’Histoire est une leçon constante que nos dirigeants semblent s’obstiner à oublier : quand on refuse d’entendre le peuple, il se radicalise. La colère qui ne trouve aucun débouché démocratique finit toujours par se frayer un chemin par la violence.

​Aujourd’hui, le déni n’est plus une option. Il est urgent d’arrêter la politique de la sourde oreille avant que le feu qui a couvé hier soir ne consume définitivement le pacte républicain

La signature

Journaliste et éditorialiste, Adile Farquane présente « Les Zinformés » sur Beur FM. Passé par TF1, il a été grand reporter à l’agence CAPA, notamment pour « Envoyé spécial ». En 2018, il a été nommé par Emmanuel Macron au Conseil présidentiel des villes.

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