Mais, alors que le commentaire politique reflue déjà, des résistances aux analyses simplistes et des paradoxes apparaissent. En parallèle des élections des représentants des États, la plupart des Américains devaient également se prononcer sur pas moins d’une centaine de référendums à l’échelle des États, des scrutins fondamentaux pour mieux comprendre le sens du vote d’hier et plus généralement l’état d’esprit des Américains.

L’un des enseignements est que le rejet de Trump explique davantage le choix des électeurs que l’adhésion aux thèses démocrates. L’un des thèmes qui illustrent le mieux cette tendance est l’adhésion des électeurs à une définition biologique du genre, c’est-à-dire le refus d’accorder des droits et une reconnaissance aux personnes transgenres. Les quatre référendums visant à reconnaître cette identité, organisés dans trois États démocrates, se sont tous soldés par un refus du peuple. Dans le Colorado, les électeurs soutiennent l’interdiction des chirurgies de changement de sexe pour les mineurs et, dans l’État de Washington, 57 % des électeurs interdisent aux étudiants de sexe masculin à la naissance de participer à des compétitions sportives avec des femmes. Sur le plan fiscal aussi, la logique des démocrates s’écrase sur la réalité du contribuable américain, et en particulier californien. Les électeurs de l’État rejettent largement, à près de 56 %, la « taxe Zucman » locale, défendue par l’économiste lui-même, qui prévoyait une taxation exceptionnelle de 5 % sur la richesse des milliardaires. En parallèle, ils acceptent une mesure qui interdit la création de nouveaux impôts fonciers rétroactifs. En Caroline du Nord, alors même qu’est élu le premier sénateur démocrate depuis plus de dix ans, les électeurs valident deux mesures visant à diminuer la taxe foncière et l’impôt sur le revenu, incarnant bien ces États républicains qui votent démocrate sans changer leur identité profonde. Par ailleurs, d’autres exemples illustrent cette tendance : le soutien à des sanctions plus dures contre les consommateurs de fentanyl et le soutien à l’emprisonnement à vie pour les condamnés pour trafic d’enfants dans le Colorado démocrate.

L’autre revers, qui peut expliquer en partie l’attrait pour les démocrates, est l’échec des républicains dans certains de leurs combats identitaires, comme l’avortement ou les règles électorales. Au-delà du sujet récent des personnes transgenres, les électeurs américains ont largement exprimé leur soutien au droit à l’avortement, dont la garantie par la Cour suprême a récemment été suspendue pour en laisser la responsabilité aux États. Dans l’Idaho, les électeurs très républicains n’ont pas souhaité protéger ce droit dans la Constitution. Mais ailleurs, notamment dans l’État républicain du Missouri, 56 % des électeurs ont refusé de revenir sur le droit à l’avortement, tandis que, dans le Nevada, un swing state, les deux tiers ont voté pour protéger l’accès à l’avortement, même chose en Virginie.

Dans le Missouri, très républicain là aussi, les électeurs rejettent sans nuance, à 62 %, la nouvelle carte des circonscriptions, très favorable au Parti républicain, faisant d’une formalité élective un combat plus profond pour la démocratie. Dans plusieurs États démocrates, la vague en faveur du parti et contre les politiques trumpistes pousse les électeurs à refuser d’imposer certaines conditions pour voter, notamment celle de présenter une pièce d’identité : 54 % contre en Arizona, 59 % contre en Californie. Cela ne doit toutefois pas masquer le fait que, dans huit États, les électeurs soutiennent l’exigence, jugée évidente, de présenter une preuve d’identité pour voter. Autre signal dans le pays libéral qu’est l’Amérique : 66 % des électeurs du Montana, pourtant républicain, valident l’interdiction pour les entreprises de financer les campagnes et les partis politiques. Un signal de l’inquiétude des Américains quant à l’influence des puissances d’argent sur la démocratie, à relativiser toutefois lorsqu’on voit le succès du candidat démocrate au Texas, qui l’emporte malgré les fonds investis par Elon Musk pour soutenir les républicains.

La situation économique difficile que connaissent les Américains, en partie à cause des politiques et des guerres de Donald Trump, les a rendus vulnérables. Que les démocrates en profitent au niveau national semble alors parfaitement naturel, mais, dans le même temps, les électeurs tentent de préserver leurs revenus en refusant les politiques économiques plus interventionnistes des démocrates, tout en refusant les tendances « wokistes » que des franges plus radicales veulent imposer. C’est l’enseignement de cette élection de mi-mandat : la radicalité de Donald Trump et le retour des démocrates ne doivent pas faire oublier que les Américains partagent toujours une vision libérale de l’économie et que les fractures idéologiques du pays n’ont pas fondamentalement changé.

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