Réuni le 19 octobre à Samarcande, le sommet au format C5+1 a permis au Kazakhstan de faire avancer plusieurs dossiers prioritaires avec les États-Unis : investissements, minerais critiques, nouvelles technologies et corridors de transport. La rencontre entre le ministre kazakhstanais des Affaires étrangères, Moukhtar Tileuberdi, et le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, s’inscrit dans une coopération qui prend progressivement une dimension industrielle.

Sommet C5+1 : Astana et Washington veulent concrétiser leurs engagements

Le Kazakhstan entend donner une traduction économique aux engagements pris avec Washington. C’est le principal enseignement de la rencontre du 19 octobre 2026 entre le ministre kazakhstanais des Affaires étrangères, Moukhtar Tileuberdi, et le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, en marge de la réunion ministérielle du C5+1. Selon le ministère kazakhstanais des Affaires étrangères, les discussions ont porté sur le développement du partenariat stratégique renforcé, avec une attention particulière aux investissements américains, à l’énergie, aux minerais critiques, à la numérisation et aux infrastructures de transport. Les deux responsables ont notamment examiné la mise en œuvre des accords conclus lors de la rencontre entre les présidents Kassym-Jomart Tokaïev et Donald Trump, en novembre 2025, à Washington.

Cette visite avait donné lieu à la signature de 29 documents bilatéraux représentant une valeur annoncée d’environ 17 milliards de dollars. Les projets couvraient l’industrie, l’énergie, l’éducation, les technologies numériques et l’innovation. Leur réalisation dépend désormais de la mobilisation des financements et de la concrétisation des engagements industriels.

La relation économique entre les deux pays est déjà substantielle. D’après le Bureau du représentant américain au commerce (USTR), les échanges bilatéraux de biens et de services ont atteint 7,1 milliards de dollars en 2025, en progression de 31,1 % par rapport à 2024. Les échanges de marchandises représentaient à eux seuls 5,1 milliards de dollars. Le Kazakhstan est depuis longtemps un partenaire des entreprises américaines dans le secteur énergétique. Astana cherche aujourd’hui à étendre cette coopération à la transformation des ressources minières, aux infrastructures et aux technologies avancées.

L’entretien entre Tileuberdi et Rubio a également abordé la préparation du prochain sommet du G20 à Miami. Le secrétaire d’État américain a exprimé, selon la diplomatie kazakhstanaise, son intérêt pour une visite officielle au Kazakhstan après cette échéance.

Les minerais critiques au cœur du rapprochement

Les matières premières stratégiques constituent l’un des domaines où les intérêts kazakhstanais et américains convergent le plus directement. Le Kazakhstan possède d’importantes réserves d’uranium, de cuivre, de tungstène et d’autres minerais utilisés dans l’industrie, les technologies énergétiques et les équipements de haute technologie. Les États-Unis cherchent, de leur côté, à diversifier leurs approvisionnements en ressources considérées comme essentielles à leur sécurité économique. Cette coopération a déjà débouché sur plusieurs initiatives concrètes.

En novembre 2025, la société américaine Cove Capital et l’entreprise publique kazakhstanaise Tau-Ken Samruk ont conclu un accord pour développer les gisements de tungstène de Northern Katpar et d’Upper Kairakty, dans la région de Karaganda. Le projet représente un investissement prévu d’au moins 1,1 milliard de dollars. Il comprend la construction d’installations de transformation au Kazakhstan, notamment pour la production de paratungstate d’ammonium.

Selon le fonds souverain Samruk-Kazyna, le projet pourrait créer environ 2 000 emplois et faciliter le transfert de technologies minières et métallurgiques américaines. Son intérêt pour Astana dépasse donc l’extraction de minerais destinés à l’exportation : il réside également dans la possibilité de développer une activité industrielle à plus forte valeur ajoutée sur le territoire.

Le Kazakhstan avait aussi accueilli, le 10 juin 2026, un dialogue C5+1 consacré aux minerais critiques, coprésidé par son ministre de l’Industrie et de la Construction, Yersayin Nagaspayev, et l’envoyé spécial américain pour l’Asie du Sud et l’Asie centrale, Sergio Gor. Cette réunion a rassemblé les représentants des cinq pays centrasiatiques autour de plusieurs priorités : exploration géologique, transformation locale, investissements, transferts technologiques et développement de chaînes d’approvisionnement. Les autorités kazakhstanaise y ont présenté un potentiel minier comprenant plus de 9 500 gisements recensés, dont plus d’une centaine contiennent des éléments de terres rares ou d’autres ressources stratégiques.

Le corridor transcaspien, autre priorité kazakhe

Les transports figurent également parmi les sujets défendus par Moukhtar Tileuberdi. Lors de la réunion ministérielle, il a souligné l’importance de développer les infrastructures logistiques, d’accroître les échanges commerciaux et de diversifier les chaînes d’approvisionnement. Ces priorités concernent directement le corridor international de transport transcaspien, également appelé corridor médian, qui relie l’Asie centrale à l’Europe en passant par la mer Caspienne, l’Azerbaïdjan, la Géorgie et la Turquie. Pour le Kazakhstan, ce corridor représente un moyen de diversifier ses débouchés commerciaux et de réduire la concentration de ses flux logistiques sur un nombre limité d’itinéraires.

La déclaration commune adoptée à l’issue du C5+1 identifie précisément la route transcaspienne comme un axe de coopération. Elle prévoit de favoriser l’intégration économique régionale, l’harmonisation des procédures douanières et les échanges entre entreprises américaines et centrasiatiques. Les États-Unis manifestent un intérêt croissant pour ces infrastructures, notamment parce qu’elles peuvent faciliter l’acheminement des minerais critiques et des produits industriels vers les marchés internationaux.

Une coopération américaine qui change d’échelle

Le secrétaire d’État Marco Rubio a confirmé l’ambition économique de Washington à l’égard de l’Asie centrale. Lors de ses déclarations du 19 octobre, il a indiqué que les États-Unis avaient conclu, depuis le sommet présidentiel C5+1 de novembre 2025, plus de 25 milliards de dollars d’accords et d’arrangements commerciaux avec les pays de la région. Il a également évoqué plus de 100 milliards de dollars d’échanges et d’investissements supplémentaires envisagés. D’après Rubio, près de 300 entreprises américaines participaient à cette séquence diplomatique et commerciale.

Dans ses déclarations officielles, le secrétaire d’État a tenu à préciser la nature de l’approche américaine : « Il ne s’agit pas de venir ici pour demander aux pays de cesser de travailler avec d’autres. » Cette déclaration est significative pour le Kazakhstan, dont la politique étrangère repose sur la diversification des partenariats. Astana entretient simultanément des relations économiques et diplomatiques avec la Russie, la Chine, l’Union européenne et les États-Unis, sans rechercher de partenariat exclusif.

L’intensification du dialogue avec Washington s’inscrit dans cette logique. Elle permet au Kazakhstan d’accéder à de nouveaux marchés, capitaux et technologies, tout en préservant ses relations avec ses autres partenaires.

L’intérêt américain se traduit également par une multiplication des réunions spécialisées. Outre le dialogue sur les minerais critiques organisé à Astana en juin, la capitale kazakhstanaise a accueilli fin septembre une conférence C5+1 consacrée aux innovations numériques, à l’intelligence artificielle et aux technologies avancées, avec la participation de représentants gouvernementaux et d’entreprises internationales.

Avec l’Ouzbékistan, une relation essentielle à l’intégration régionale

La réunion ministérielle a également été l’occasion d’un entretien entre Moukhtar Tileuberdi et le président ouzbek Chavkat Mirzioïev. Le ministre kazakhstanais lui a transmis les salutations du président Kassym-Jomart Tokaïev et a présenté l’état d’avancement des accords conclus entre les deux pays.

Selon le communiqué de la présidence ouzbèke, les discussions ont porté sur les projets communs dans l’industrie, les transports, l’énergie, l’agriculture, la construction et l’environnement. Les deux parties ont également insisté sur la nécessité d’appliquer les décisions prises au niveau présidentiel et de définir un calendrier d’activités communes pour l’année suivante.

Pour Astana, cette coopération avec Tachkent complète le dialogue engagé avec Washington. Le développement économique de l’Asie centrale dépend en effet autant des investissements internationaux que de la capacité des États de la région à coordonner leurs infrastructures et leurs projets industriels.

Le C5+1, un cadre que le Kazakhstan entend renforcer

Créé en 2015, le C5+1 est devenu une plateforme régulière de consultation entre les États-Unis et les cinq républiques centrasiatiques. Lors de la réunion du 19 octobre, Moukhtar Tileuberdi a rappelé le rôle joué par le Kazakhstan et les États-Unis dans la création de ce mécanisme. Il a défendu une coopération davantage tournée vers le commerce, les investissements, les infrastructures et les projets technologiques.

Les ministres ont adopté une déclaration commune qui couvre également la sécurité énergétique, la coopération nucléaire civile, la cybersécurité, la lutte contre le terrorisme et la criminalité transnationale. Le document confirme ainsi l’élargissement progressif du C5+1 au-delà des seules consultations diplomatiques.

Pour le Kazakhstan, l’intérêt de ce format réside désormais dans sa capacité à transformer les échanges politiques en résultats économiques mesurables. Les projets liés au tungstène, aux infrastructures transcaspiennes et aux nouvelles technologies permettent d’identifier les secteurs où cette coopération pourrait produire des effets durables. La rencontre entre Moukhtar Tileuberdi et Marco Rubio montre que cette orientation demeure une priorité partagée. La prochaine étape sera celle de l’exécution des accords, du financement des projets et du développement effectif des capacités industrielles au Kazakhstan.

La signature

Entrepreneur et journaliste, Radouan Kourak est le fondateur et dirigeant d’InterVision, groupe de presse et de communication propriétaire d’une quarantaine de médias en France et à l’international. Cofondateur de La Nouvelle Revue Politique, il en assure la direction du développement.

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