La dernière visite d’un pape en France remonte en 2008 avec Benoît XVI. On ne saurait non plus oublier les visites en France de Jean-Paul II, à commencer par la première en 1980 au cours de laquelle le pape polonais interpella la France par une célèbre interrogation :« France, qu’à tu fais de ton baptême ? Question théologiquement boiteuse car l’Eglise baptise des personnes et non des collectivités. Mais la question avait du sens sur le plan historique, surtout de la part d’un pape venant de l’Est et dont la géopolitique était aux antipodes de celle de François. Derrière cette question, il y avait un projet de reconstitution d’une néo-chrétien dans un contexte où la partie orientale de l’Europe était encore sous la domination du communisme. De plus, au regard d’un Polonais, l’Europe de l’Ouest apparaissait sécularisée au pire sens du terme. Benoît XVI, théologien de renommé internationale et profondément marquée par sa culture catholique bavaroise, est resté dans la ligne de son prédécesseur tout en ayant un style beaucoup plus professoral.

Mais après un cycle pontifical centre-oriental européen, l’Eglise catholique est entrée dans une ère pontificale Sud et Nord-américaine. Les deux derniers papes ayant par ailleurs de fortes origines européennes. En revanche, si Léon XIV succède à un pape avec lequel il partage un certain nombre d’idées : l’opposition catégorique à la guerre (bien que de façon plus nuancée), l’accueil des migrants, et comme tous les autres papes, le respect scrupuleux de la vie du commencement à sa fin, il n’en a pas moins sa vision propre du rapport de l’Eglise aux démocraties libérales, et notamment en Europe. Son voyage en Afrique aurait pu donner l’illusion qu’il restait attaché à une géopolitique des périphéries. Or, il n’en est rien : Après Monaco, l’Espagne, maintenant la France fille ainée de l’Eglise. A la différence de son prédécesseur, Léon XIV ne boude pas l’Europe, il veut la rejoindre, d’autant qu’il observe un regain spirituel et de profondes attentes dans la jeunesse, comme cela était perceptible à la messe célébrée place de la Concorde. Mais Léon XIV ne visite pas la France du temps de Jean -Paul II avec un projet similaire. Il n’est plus question d’interpeller le rapport de la France à son baptême, mais d’encourager la jeunesse et toutes celles et ceux qui se sont mis sur le chemin de la conversion spirituelle (les nouveaux baptisés à l’Institut catholique de Paris). Son homélie à la Concorde l’a aussi clairement montré par son insistance sur la dimension intérieure de l’existence. Ses discours très insistants sur la vie (comme droit à -l’Elysée- et comme don à -l’UNESCO) indiquent le souci de ne pas baisser les bras face aux épreuves les plus douloureuses et la vulnérabilité (Bakhita et Lourdes), beaucoup plus qu’ils témoignent d’une crispation sur un naturalisme dogmatique. Il faut d‘ailleurs noter que dans son encyclique Magnifica Humanitas, Léon XIV ne parle jamais de « loi naturelle ». Il en a été de même dans tous ses discours et homélies en France. Je voudrais enfin en venir à l’Europe. Le choix de la ville de Metz plutôt que de Strasbourg, ville où siège le Parlement européen, témoigne à mon sens du souci de ne pas confondre l’Europe avec l’Union européenne qui a fait l’objet tout au plus de deux occurrences, notamment, on le comprendra, en référence à Robert Schumann et à Alcide De Gasperi. Par ces deux figures fondatrices de la future Union européenne, Léon XIV s’est situé dans le sillage de la petite Europe Vaticane. Mais le choix de Metz est aussi de rappeler son hostilité à la guerre et à son souci d’une Europe de la paix avec une discrète allusion à la guerre russo-ukrainienne. Il n’aura aussi échappé à personne, et c’est bien naturel pour un pape, que l’Europe, ce sont d’abord ses « racines » chrétiennes. Ses racines plongent pour Léon XIV dans le monachisme bénédictin. De saint Benoît au démocrate-chrétien Schumann, il n’y a au fond qu’un pas qui permet de délivrer un message : l’Europe, et surtout si elle veut être une « Union », n’a un avenir que si elle assume son histoire chrétienne. Redisons-le, Léon XIV n’est ni Jean-Paul II ni François, nul besoin d’une néo-chrétienté ni d’une théologie du peuple, mais du redéploiement dans les démocraties libérales européennes d’une conscience historique. Cette conscience historique a une dimension spirituelle (appel de Metz) qui doit irriguer tous les aspects de la condition humaine dans sa dimension universelle sans rien renier de ce qu’a de singulier la civilisation européenne. Ce qu’il faut enfin retenir de la visite apostolique en France, c’est son intérêt pour une nation qui a joué un rôle majeur pour le déploiement de la foi chrétienne dans le monde. Mais la France est politiquement désorientée, et il le sait ! Que peut faire de mieux un pape pour une nation, et autre travers de cette nation, l’Europe, que de lui apporter toute son autorité spirituelle pour lui redonner la vitalité dont elle a le plus grand besoin !

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