La rhétorique populiste s’appuie sur quelques éléments caractéristiques (désignation de responsables, nostalgie du passé et distanciation avec le réel). Elle est aisément identifiable. Toutefois, quand le discours politique des autres forces politiques emploie les mêmes procédés, une grande confusion se crée. L’article met à jour ce parallélisme des formes et interroge sur la signification de celui-ci.
Le « blocage » institutionnel dans lequel se trouve le pays, faute d’un gouvernement disposant d’une majorité à l’Assemblée, est la conséquence d’une juxtaposition de 3 blocs inconciliables. Cet adjectif, essentiel à la compréhension du débat politique contemporain, tient en grande partie au clivage que tente d’instaurer le Chef de l’État depuis son élection en 2017 : celui entre modérés et extrêmes, entre progressistes et populistes. Un clivage dont les fondements, comme nous le verrons, sont en réalité assez fragiles, dès lors que les uns et les autres utilisent une approche rhétorique[1] plus similaire qu’on ne l’imagine de prime abord. Le discours de Gabriel Attal, éphémère Premier Ministre, devant l’Assemblée Nationale, éclairait cette proximité.
» Je veux m’adresser à tous ces Français, souvent de la classe moyenne, toujours au rendez-vous de leurs responsabilités, qui ne se plaignent pas alors qu’ils ont souvent le sentiment de subir. [Applaudissements] À ces Français qui ont le sentiment d’avoir tous les devoirs quand d’autres ont tous les droits. Â ces Français qui ont parfois le sentiment que leur propre pays s’éloigne, qu’ils n’y ont plus vraiment leur place alors qu’ils en sont le cœur battant. À ces Français de l’entre-deux, trop riches pour bénéficier des aides, mais pas assez pour ne pas compter, qui ont le sentiment que les décisions se prennent sans eux et qu’elles bénéficient toujours aux mêmes. [Applaudissements] À ces Français qui ont parfois l’impression de vivre dans une France archipel dont les ponts seraient sur le point de rompre. Mais ces Français qui espèrent au fond d’eux qu’on parviendra à les réunir. À ces Français qui ne demandent pas la lune, mais simplement à pouvoir vivre de leur travail, éduquer leurs enfants, se soigner et vivre en sécurité. Je les entends, je les comprends. (…). Je veux contribuer à leur répondre. Je le veux avec d’autant plus de détermination que je sais le risque pour eux, de les laisser céder à des sirènes qui ne conduiraient qu’au chaos, à la division et à l’effondrement. Car je suis lucide que pendant que nous agissons, certains guettent, entretiennent les colères et espèrent en récolter les fruits. »
Il met en effet en lumière un point qui nous semble essentiel à la compréhension de la situation politique actuelle : un rapport distancié de la politique au réel, s’apparentant à bien des égards à ce qui est souvent reproché aux « populistes ». Pourtant, le (jeune) 1er Ministre qui tient ce discours s’inscrit dans une ligne politique dite « progressiste », supposée être les adversaires[2] de ceux désignés sous les noms d’extrémistes ou de populistes[3]. Des mots qui ont l’avantage de disposer d’une connotation négative sans pour autant être très explicites. « Dans de nombreux pays, le terme « populisme » est utilisé avec tellement de significations différentes que le concept même de populisme est devenu, quelque peu insaisissable. La France ne fait pas exception à la règle[4] ». Quand il est revendiqué par ceux-là mêmes qu’on accuse de l’être, c’est en raison de leur propension « à se considérer comme le représentant du « vrai peuple », c’est-à-dire comme le représentant légitime de la majorité silencieuse ». En d’autres temps, le terme démagogie aurait peut-être été utilisé pour les mêmes personnes, mais « populiste » a l’avantage d’être plus simple pour le message à faire passer. Il s’agit en effet de disqualifier des discours politiques, présentés comme simplistes, simplificateurs, voire mensongers ; notamment les discours désignant les élites comme responsables des injustices dont souffrent les « classes populaires », la « majorité silencieuse », et d’autres[5]. La frontière est alors tenue avec les discours inscrits dans notre histoire, désignant francs-maçons ou juifs comme les fauteurs de crises ou de guerres. Le « populiste » peut alors se confondre avec l’antisémite, le xénophobe, ce qui constituera un repoussoir pour une grande partie de l’électorat. Ou éventuellement une zone floue d’attraction pour certains partis politiques[6].
Les traits caractéristiques du discours populiste
Le premier point commun de tous les discours populistes est de désigner des responsables[7]. Ceux à l’origine d’une crise, d’un Etat en échec, de la pauvreté, du déclin, etc. L’Europe, la finance internationale, les migrants font toujours l’affaire quand il s’agit de trouver une causalité simple avec la situation que l’on veut dénoncer. Et ainsi embarquer électoralement ceux qui en sont les premières victimes et ceux qui craignent de l’être demain. Les parlementaires, les haut-fonctionnaires, l’establishment peuvent aussi constituer d’excellents supports à cette dialectique. Ainsi du concept « d’État profond », notamment développé par D Trump, d’autant plus intéressant qu’il est insaisissable. Une évanescence qui permet de mobiliser les complotistes de tout poil dans la bataille politique, alors que ces derniers y sont, a priori, plutôt rétifs.
Le second point commun, moins commenté, est la nostalgie d’un passé nimbé de toutes les valeurs. Une référence qui, le plus souvent, exalte une unité, une prospérité, voire une homogénéité perdue[8]. Le « Make America Great Again » ou le « Take back control » des partisans du Brexit constituent des exemples significatifs du poids de ce rapport au passé. Un passé disposant de vertus bien supérieures au présent – et constituant la seule projection sur l’avenir possible à l’avenir. Celui-ci est espéré comme une répétition du passé que l’on regrette. Une référence qui croise aussi, le plus souvent, la perception d’une société moins métissée, où les ressemblances entre chaque membre de la communauté semblaient plus fortes[9].
« Le populisme offre ce précieux avantage de traiter le monde compliqué avec des idées simples »[10]. Et c’est là le 3e point caractéristique. Afin de mettre en lumière cette simplicité, l’exagération, l’affabulation, voire le mensonge font partie des éléments rhétoriques utilisés par le populiste/démagogue. Récemment s’est ajoutée à ce répertoire la réalité alternative[11] dont il n’est pas certain que nous n’ayons ni commenté suffisamment ni pris conscience de la dimension destructrice. « Dès lors que la raison et la quête d’objectivité cessent d’être des moteurs du lien au sein d’une communauté humaine, il est probable que la résolution pacifiste des conflits (la démocratie) ne constitue plus le modèle politique majoritairement souhaité. Aujourd’hui, l’impact des mensonges, « fake news », théories du complot dans le débat public est largement documenté, y compris par une approche scientifique [12]». Ce qui, pour autant, ne facilite pas la lutte contre les pratiques électorales et politiques usant de ces méthodes. Or, en parallèle, le réel confirme être le plus souvent complexe, contrasté, parfois même très différent de l’idée que nous nous en faisons. Aussi, cette idée de « réalité alternative » constitue-t-elle une forme de paroxysme de la distanciation du réel que révèlent les autres procédés évoqués. Une distance avec la complexité du monde, un déni face à celle-ci, dont il est assez facile de comprendre pourquoi et comment nous pouvons nous satisfaire des explications simplistes proposées. Cette complexité provoque un inconfort, le sentiment d’être dans une impasse, voire la conviction que l’avenir n’est pas/plus porteur d’espérances.
Cette complexité ne peut s’affronter seule et requiert du collectif, ce qui conduit à la politique dont on attend, si ce n’est la réponse, au moins une explication à l’inconfort ou inquiétude ressentis. La réponse politique, au sens étymologique du terme – organisation de la cité – constitue en tant que telle une source de projections sur l’avenir, d’espoirs pour affronter les difficultés quotidiennes. En conséquence, lorsqu’un représentant politique construit son discours sur la distance avec le réel, il trahit fondamentalement les aspirations de ses concitoyens à agir de façon collective ; il dégrade l’essence même de la politique, et ne peut conduire qu’au chaos[13].
C’est pourquoi, quand ceux qui se disent « progressistes » ou « modérés » se distancient peu à peu du réel, il est à craindre qu’ils nous entraînent, consciemment ou à leur corps défendant, sur les mêmes chemins que les populistes, les mêmes causes produisant les mêmes effets. Dans le discours rappelé précédemment, le 1er Ministre use d’expressions relevant de la simplification et de la distanciation du réel, qu’il convient de préciser. Des propos qui viennent en confirmer d’autres, tenus notamment par le Chef de l’État au cours de son mandat. Des propos qui éclairent une tendance lourde du discours politique contemporain, malheureusement toute obédience confondue, et qui mérite d’être soulignée. Ainsi, au « populisme » dénonçant les élites, a répondu la désignation de catégories sociales assez floues, volontairement peu définies, mais dont on a compris que, selon les dires des autorités les désignant, elles ne « jouaient pas le jeu », « ne faisaient pas les efforts nécessaires », voire « profitaient » du système. Des propos qui laissent libre cours à l’imagination ou l’interprétation de ceux qui lisent ou écoutent pour identifier plus clairement les catégories dont il est question.
Ce que nous nommerons ici « populisme inversé » est un discours politique dont la structure est similaire (au populisme). Il désigne des responsables à travers des groupes sociaux mal définis. Il s’inscrit dans un déni des changements avérés ou en cours. Il simplifie le débat dans une autre forme de refus de la complexité. En revanche, il a pour singularités d’être plutôt tenu par « les élites » et de ne pas révérer le passé, mais plutôt le présent. En désignant des « gens », des groupes sociaux, une partie de la population, comme responsables du ou des dysfonctionnements de la société, nous verrons dans quelle mesure le discours éteint la remise en question et la critique, toutes deux essentielles à la démocratie. A l’appui de quelques exemples, nous montrerons que ce « populisme inversé » s’appuie sur un même processus de distanciation du réel que le populisme pour privilégier une réalité alternative imaginée ou fantasmée. Ce processus, dont nous laisserons d’autres décider s’il s’agit de cynisme, de déni ou d’enfermement sociologique, vise, en premier lieu, à ne pas remettre en question des politiques publiques en situation d’échec ou des institutions dysfonctionnelles au nom d’une nouvelle forme de conservatisme.
La distanciation du réel, une constante du discours politique contemporain
« Nous devons inciter toujours plus à la reprise du travail. Je serai extrêmement attentif à l’évolution de la trajectoire financière de l’assurance chômage. Si cette dernière dévie, je n’hésiterai pas, comme la loi le permet, à demander aux partenaires sociaux de remettre l’ouvrage sur le métier sur la base d’une nouvelle lettre de cadrage aux ambitions très claires : inciter toujours plus à la reprise d’emploi sans aucun tabou. » Cet extrait du discours de Gabriel Attal fait écho à la déclaration d’Emmanuel Macron indiquant que pour trouver du travail, il suffisait de traverser la rue (la phrase exacte, le 15 septembre 2018, est « je traverse la rue et je vous en trouve »). Ces expressions éclairent un basculement dans l’état d’esprit des dirigeants politiques et économiques français.
Afin de mettre en perspective ces propos, le lecteur est invité à essayer d’identifier l’auteur des propos suivants : (Avant de regarder la note en bas de page…) : « Le gouvernement entend conduire, au cours des prochains mois, trois séries d’actions : la poursuite de la revalorisation du travail manuel, et plus généralement de l’amélioration des conditions de travail ; la simplification et la déconcentration accrue de nos instruments en matière d’emploi et de formation professionnelle ; la recherche d’une meilleure insertion dans la vie professionnelle de certaines catégories de demandeurs d’emploi, notamment les jeunes[14]. » En 1976, notre pays comptait 1 million de chômeurs. Le taux de chômage n’a cessé de grimper ensuite jusqu’à atteindre 10,7 % en 1997 ou 10,5 % en 2015. On ne parlait plus alors en nombre mais en pourcentage, masquant le fait que 6 millions de nos concitoyens étaient inscrits à Pôle emploi/France Travail. Ils sont 7,5 millions aujourd’hui, bien que le taux de chômage soit à 7,5 %.
Chômage, emploi, les représentations prennent le dessus sur le réel
La constance du discours sur la politique de l’emploi, sans réalisations effectives, a épuisé le corps social et a donné l’impression qu’effectivement tout avait été tenté contre le chômage. Un constat énoncé au plus haut sommet de l’État par François Mitterrand en 1993 déclarant explicitement qu’on avait tout essayé contre ce fléau. Le « on » désignait alors les responsables politiques et les politiques publiques mises en œuvre. La porte était ouverte pour inverser le paradigme[15] : si « on » avait échoué à résoudre un problème macro-économique – le « meilleur économiste » de France n’avait-il pas lui-même essayé ? -, c’est donc qu’il ne s’agit pas d’un problème macro-économique. De là à transférer progressivement la responsabilité dudit chômage sur les individus, il n’y avait qu’un pas à franchir ; ce que les différents gouvernements succédant à celui de François Mitterrand vont s’atteler progressivement à faire. Nous n’allons pas détailler ici les différentes politiques publiques mises en œuvre depuis, et les savants travaux économétriques déployés a posteriori afin de les légitimer. Nous invitons simplement le lecteur à observer la courbe du taux d’emploi en France ces 30 dernières années : quasi plane[16].

A l’inverse, dans l’opinion publique, l’idée que les chômeurs étaient responsables de leur situation a fait son chemin. En 2023, dans l’enquête menée annuellement par l’Unedic, il apparaît que le chômage est de la responsabilité des demandeurs d’emploi eux-mêmes pour 50% des personnes interrogées[17]. Quelques mois auparavant, une enquête IFOP indiquait qu’une majorité de nos concitoyens étaient favorables à la baisse des indemnités chômage[18]. Parmi les causes détaillées proposées aux personnes sondées en 2024, « le trop faible contrôle des chômeurs fraudeurs » obtient le plus de suffrages (sic)[19].
Qu’il nous soit permis de penser que cette « opinion publique » est essentiellement le fruit de discours politiques répétés, de part et d’autre du prisme électoral, fabricant une forme de consensus sur le sujet[20]. Un consensus qu’il est pourtant aisé de démonter en regardant simplement ce qu’il en est chez la plupart de nos voisins européens ayant un modèle économique et social comparable : Allemagne, Pays-Bas, Autriche, Suisse, Danemark, Suède, etc. Le taux d’emploi dans ces pays se situe entre 75/80% quand il peine chez nous à atteindre 69%. Cette réalité statistique signifie que notre société n’a pas assez de travail à proposer à ses citoyens, et non que lesdits citoyens ne veulent pas travailler.
En contradiction avec ces éléments objectifs, nos représentants véhiculent, de façon constante depuis plusieurs années, et avec succès, l’idée que le chômage est essentiellement une responsabilité individuelle. Ce qui constitue de fait une distanciation du réel, voire une réalité alternative, mais fonde, de façon légitime à leurs yeux, un discours pointant ceux qui « ont tous les droits », « ce qui bénéficie toujours aux mêmes » ; ces catégories sociales floues mais suffisamment responsables pour être identifiées comme les causes des problèmes collectifs, ici le chômage.
Instruction publique, mythes et réalités
L’École constitue, après l’emploi, un second exemple de distanciation du réel. Par « École », nous entendons l’instruction publique, l’organisation qui permet de déployer un enseignement universel, laïc et gratuit à tous les enfants de France. Une Institution essentielle à la République, à ses objectifs émancipateurs et à ses mythes fondateurs.
Depuis de nombreuses années, le doute s’est fait jour chez nos concitoyens quant à la capacité de l’Institution à concrétiser l’égalité des chances vantée et espérée. Alors que s’égrenaient d’années en années les résultats des tests comparatifs internationaux (PISA, PRILS), les responsables politiques ou administratifs continuaient d’affirmer la qualité fondamentale de l’Institution. En 2021, les résultats PRILS (tests en CM1, lecture et compréhension de la langue) confirmèrent une tendance mesurée depuis 20 ans : notre pays a des résultats inférieurs à la moyenne européenne. A l’identique, le dernier rapport PISA (tests en français, mathématiques et sciences pour les enfants de 15 ans) plaçait les élèves français autour de la 30e place parmi les pays de l’OCDE[21]. Les rares articles de presse ayant traité le sujet pointaient la chute brutale des résultats en mathématiques où les jeunes Français passent en dessous de la moyenne des pays développés[22].
La relative indifférence dans laquelle tombent ces résultats n’est plus surprenante. Quelques semaines plus tôt, en novembre 2023, les évaluations nationales – on ne peut plus incriminer des tests internationaux ne prenant pas en compte les spécificités françaises – indiquaient que plus de la moitié des élèves en 4e ne maîtrisaient pas la lecture[23] !! Un tel résultat aurait pu/dû provoquer un séisme, des débats enflammés à l’Assemblée Nationale, sur les plateaux télévisés. Or, rien ne s’est passé. Certes, les syndicats avaient contesté les résultats, les qualifiant de « peu inclusifs[24]»… mais la peur de contrarier les syndicats enseignants ne saurait seule expliquer cette omerta collective.
Nos représentants, les responsables politiques auxquels nous pourrions adjoindre ici les responsables économiques et culturels, continuent de présenter l’École française comme l’une des meilleures du monde. On se précipite sur le classement de Shanghai ou celui du Times (THE – Times Higher Edtcation) quand ces derniers annoncent que 4 Universités françaises sont parmi les 200 les plus prestigieuses ou 12 parmi les 100 plus jeunes. On entretient ainsi l’idée que notre système d’enseignement est performant, voire figure parmi les meilleurs. Comme si les résultats en amont du supérieur n’avaient ni sens, ni intérêt.
Pourtant, et logiquement, les conséquences des inefficiences en primaires et secondaires se répercutent dans l’Université. Ainsi, moins de 30% des élèves qui entament des études obtiennent une licence en 3 ans. Au final, à peine 40% d’une classe d’âge sera titulaire d’un diplôme de l’enseignement supérieur[25]. Ce qui signifie que plus de la moitié des bacheliers en resteront là[26], alors même que ce diplôme ne donne que rarement (à l’exception de quelques bacs professionnels) les moyens de travailler.
L’arrivée des logiciels de gestion des orientations postbac (Parcours Stp ou Mon Master) marque un tournant symbolique dans l’échec de notre instruction publique. La « révolution digitale » vient alors masquer l’incapacité de l’État à organiser sereinement l’accès à la formation supérieure pour les jeunes générations. Sur les 800 000 membres d’une classe d’âge, le baccalauréat concerne environ 640 000 personnes. Et notre société, en 2025, est incapable d’assurer un choix libre, qualitatif à ses enfants, les perdant dans un magma de choix et d’options incertaines. Un gâchis gigantesque.
Pour autant, si nous nous remémorons la campagne présidentielle de 2022, le sujet n’était prioritaire pour aucun des candidats. Il n’est d’ailleurs pas certain qu’il ait donné lieu à des débats[27]. En revanche, la thématique de l’École sert quand il est question d’autorité (à restaurer) ou de loi à faire respecter (harcèlement ou parents défaillants). Là où certains auraient « tous les droits », il est promis de remettre de l’ordre. Sans percevoir que c’est la légitimité même de l’Institution qui est fragilisée, pour ne pas dire fortement réduite. Le symptôme d’une distanciation du réel nous semble palpable. Elle conduit à des discours sur la responsabilité des parents (qui n’éduqueraient plus leurs enfants), sur celles des enseignants (aux méthodes pédagogiques dépassées ou à l’idéologie égalitaire, voire simplement qui ne travailleraient pas assez), ou sur le « séparatisme », du discours qui ne font que désigner des responsables d’un dysfonctionnement sans apporter de solutions. Exactement le même processus que le populisme, avec pour seule variante que la cible est plus évanescente, plus floue et qu’elle laisse chacun imaginer ceux ou celles qui seraient effectivement lesdits « responsables ».
D’autres sujets pourraient servir à illustrer le propos (immigration, transition écologique, endettement public) et ils ne feraient que répéter le constat. Celui d’un déni du réel bien ancré, refusant de voir des données objectives, des évolutions confirmées d’années en années. Celui d’un rejet de tout changement organisationnel ou institutionnel, au profit de désignations à la vindicte.
Construire de villages Potemkine[28] imaginaire pour écarter la remise en question
Si les causes demeurent à approfondir, la distanciation constatée avec le réel produit une stagnation de la pensée politique. Un conservatisme, comme un effet, mais peut-être également comme une cause, qui se lit aisément à l’absence de projets de réforme d’envergure sur les deux sujets que nous avons utilisés en exemple ; une vacuité constatée dans d’autres domaines également.
Bien que l’on entende moins fréquemment l’expression ces dernières années, la défense ou la continuité du « modèle économique et social » français, réputé le meilleur, fut longtemps un leitmotiv gouvernemental[29]. A proprement parler, cette expression désignait le plus souvent le contrat social élaboré en 1945, complété pendant les Trente glorieuses, déclinant un État providence toujours plus présent dans la société française. Une situation que rien ne semble devoir faire évoluer.
Les politiques publiques mises en place pour développer l’emploi, ou plus précisément pour lutter contre le chômage éclairent cette continuité, envers et contre tout. Avec la création de l’ANPE[30] émerge l’idée d’une gestion centralisée par l’État de dispositifs d’accompagnement à l’emploi, en parallèle d’une gestion paritaire de l’assurance chômage. Au fil du temps, et de quelques lois de décentralisation, les collectivités locales sont venues s’immiscer dans cet « accompagnement », mais sans jamais en remettre en question le modèle. Une personne salariée de l’agence ou d’un opérateur associatif délégué suit un « portefeuille » de demandeurs d’emploi en les rencontrant une fois de temps en temps afin de les aiguiller dans ce qui, rapidement, est devenu un maquis administratif d’aides en tout genre. Un suivi donc, davantage qu’un accompagnement, où le volume de demandeurs allait très vite submerger l’organisation. Apparurent alors rapidement des rendez-vous plus formels que productifs[31] et surtout un accroissement significatif de personnes n’émargeant plus dans ce système (halo du chômage[32] hier estimé à environ 2,2 millions de personnes…, soit presque autant que ceux inscrits en catégorie A).
Débordé, inefficace, jamais ce système n’est pour autant remis en question, ni par les alternances électorales, ni dans le débat politique. Il est toujours conforté, renforcé dans les discours. En parallèle, les diverses réformes visant la réduction du coût du travail (en clair, la suppression des cotisations sociales et la subvention de l’emploi par l’État) déstabilisent l’équilibre financier de la sécurité sociale. Au fil des ans, ce sont les recettes du système assurantiel qui se réduisent et non le chômage. Insensible au constat d’échec, l’État puise dans lesdites recettes pour réduire son propre déficit, et renforce toujours plus son emprise sur le sujet[33].
Régulièrement quelques rapports (de la Cour des comptes notamment) ont pointé le gaspillage des ressources[34] (inefficacité de « Emploi Store », l’interface numérique de Pôle Emploi/France Travail) ou des dispositifs (emplois francs ou autres)[35]. Tous furent soigneusement rangés et oubliés. Dès lors que s’imposait l’idée que le chômage est d’abord de la responsabilité individuelle des demandeurs d’emploi, l’échec des politiques publiques ou de l’organisation destinées à les mettre en œuvre ne saurait être dû auxdites politiques ou à ladite organisation. La boucle est bouclée, inutile de remettre quoique ce soit en question.
La réforme récente (transformant Pôle Emploi en France Travail) renforce cette grille de lecture. Réussissant l’exploit administratif d’intégrer une bonne part du « halo » du chômage[36], sans pour autant faire varier le taux de chômage, l’agence doit « accompagner » aujourd’hui 7,5 millions de personnes à revenir sur le marché du travail. Alors même que seuls 500 000 postes seraient non pourvus sur le marché du travail. Une contradiction fondamentale que nous ne parvenons pas à admettre collectivement. Dès lors, la persistance d’un chômage de masse dans notre société nuit gravement à la cohésion collective. La défiance et la méfiance s’accroissent et sont orientées (vers ceux qui fraudent ou ne veulent pas travailler), et il devient plus difficile de faire société. Aucun changement de paradigme n’émerge chez les modérés ou progressistes. Aucune idée pour essayer de faire autrement là où le constat d’échec est patent. Le lecteur pourrait se dire : « mais que proposez-vous ? ». Bien des orientations différentes sont possibles, mais, lorsque la remise en cause est empêchée, les conditions du changement sont inexistantes.
La peur du changement traverse les clivages politiques
A l’identique, le décrochage[37] et l’effondrement du niveau scolaire produisent des effets délétères que l’absence de projet de réorganisation ne saurait enrayer.
Peu de gens se souviennent qu’une récente Ministre de l’Éducation Nationale avait promis de « refonder l’École »[38], pas moins. Encore moins de gens se souviennent des réformes mises en œuvre sous ce louable objectif ; à raison, elles furent essentiellement cosmétiques. En revanche, beaucoup de nos concitoyens ont à l’esprit la dévalorisation du baccalauréat, les revendications salariales des enseignants, le manque d’enseignants dans les classes, le caractère chronique du harcèlement scolaire, ou la « tolérance » de l’administration scolaire à l’égard des contestations de l’enseignement universaliste et laïc.
La profession d’enseignant est sinistrée. Ceux qui la pratiquent se sentent déconsidérés, mal-aimés. Et le plus souvent maltraités par leur administration devenue une bureaucratie sans perspective. Ils sont objectivement mal payés, moins que la plupart de leurs collègues européens. Le métier aurait dû profondément changer, comme le dit Michel Serres, pour devenir « plus subtil, plus intéressant[39]», car il consiste maintenant non plus à passer l’information et le savoir, mais à transformer l’information en connaissance. Or, il n’y a et ni organisation, ni préparation, ni formation en ce sens.
Le nombre de classes sans professeur est devenu un marronnier de la rentrée scolaire. A l’été 2023, le Ministre de l’Éducation Nationale promettait que le problème serait résolu pour la rentrée[40]. Il n’en fut rien, sans conséquence pour ledit ministre[41].
L’irruption en classe de forces de police et l’arrestation d’un jeune garçon[42], accusé de harcèlement, fit grand bruit à l’automne dernier, quelques jours après la rentrée. Une mise en lumière de l’idée selon laquelle les autorités sont aux côtés de ceux « ne se plaignent pas alors qu’ils ont souvent le sentiment de subir[43] ». Une réponse en forme de « procédure » à l’instar de celle mise en place sur le thème du harcèlement, qui suppose signalement au rectorat, navette, échanges puis, in fine, déplacement du « harceleur ». Un traitement superficiel des effets qui ne se préoccupe jamais des causes, notamment du désordre, propice à la violence, qui peut régner dans les écoles. Le même rapport Pisa, évoqué précédemment, identifiait aussi que 50% des élèves français se trouvaient dans un environnement défavorable à l’apprentissage[44]. Où sont les réflexions et idées pour une modification en profondeur de celui-ci ? Dans quelques réflexions de chercheurs[45], nulle part dans la sphère politique.
La perception de l’École de la République est, en haut lieu, comme figée dans le temps, alimentée par le rappel régulier de ses figures mythiques (les hussard noirs) et de ses principes fondateurs (égalité des chances, liberté d’enseignement). Ses dysfonctionnements ne sont pas totalement niés, mais le plus souvent relativisés, et surtout imputés à des individus ou à des « mini » groupes sociaux : parents qui n’éduquent pas leurs enfants, harceleurs, communautaristes, syndicats, enseignants trop facilement absents, etc. Avec pour conséquence, qu’aucun changement organisationnel ne semble être jamais envisagé, a fortiori une remise à plat de l’institution pour questionner la cohérence des objectifs avec l’organisation.
Par inertie institutionnelle, bureaucratique, ou intellectuelle, le discours politique contemporain a renoncé à se projeter sur l’avenir. Il ne pense plus les réformes nécessaires permettant de faire évoluer la société, de lui permettre de s’adapter aux changements de son environnement (culturel, économique, écologiste, etc.). Caractéristique traditionnelle du populisme, cette nostalgie d’un « avant », préféré au présent et aux enjeux du futur, a gagné ceux qui se présentent volontiers comme des progressistes ou des modérés. Il leur est bien sûr difficile de l’admettre, aussi est-il nécessaire de développer une dialectique susceptible de légitimer le conservatisme dont ils font preuve. Et alors que l’époque requiert certainement des changements radicaux, au sens retour à la racine de certaines institutions ou sujets pour faire naître de nouvelles réponses, ils nous désignent des responsables, des empêcheurs de tourner en rond (au sens presque littéral de l’expression). Ces groupes, jamais définis, ces parcelles du corps social, sont l’exact équivalent des cibles vagues (élites, étrangers, Europe, etc.) dans le discours populiste. Un miroir inversé pour un populisme inversé.
Eric Lafond
Docteur en Droit public
Enseignant en droit et en sciences politiques
Université Lumière Lyon 2, HEIP
[1] Au sens des moyens d’expression propres à un individu ou un groupe.
[2] « cette opposition avait été mise en scène par Emmanuel Macron, par ses proches collaborateurs et par les membres de son mouvement politique : « Un certain nombre de forces populistes montent en Europe et nous allons les combattre. Nous voulons être une force progressiste, déterminée, centrale », DUPONT (Marion), Idéologie, stratégie, style politique,…, l’insaisissable essence du populisme »,in Le Monde, 25 mars 2022.
[3] Sur les origines du terme « populiste » et son intégration dans le vocabulaire de la démocratie, voir GODIN(Christian), « Qu’est-ce que le populisme ? », in Cités, 2012/1 n°49, pp. 11-25. Ou pour une approche plus complète : « Une sociohistoire des représentations démocratiques du populisme » –https://www.fmsh.fr/projets/ une-sociohistoire-des-representations-democratiques-du-populisme, in Fondation Maison des Sciences de l’Homme.
[4] [ref MORIN (Chloé), Des réponses progressistes face au populisme en France – Fondation Jean-Jaurès (jean- jaures.org), mars 2019]
[5] « Populisme, un terme trompeur », in https://theconversation.com/le-populisme-un-terme-trompeur-106361
[6] Les « progressistes » et « modérés » devraient lire FRANCK (Thomas), Le populisme, voilà l’ennemi, ed. Agone, 2021, 408 p., qui associe la montée des populismes à une défiance fondamentale des classes cultivées vis-à-vis de la démocratie.
[7] op.cit. Une sociohistoire des représentations démocratiques du populisme : “la notion de populisme est généralement définie à partir du triptyque anti-élitisme, croyance en un peuple homogène et préférence pour une souveraineté populaire qui s’exerce sans médiation”
[8] DODMAN (Thomas), « Les populismes montrent toute l’emprise d’une politique de la nostalgie », entretien au Monde, 23 décembre 2020
[9] Point commun entre tous les populismes : le vœu que « ça colle » entre les membres de la société, que le peuple n’ait affaire qu’à lui-même, qu’il soit en miroir de lui-même, dans l’entre-soi. La société close, c’est un vieux rêve […]. Ce rêve trouve son origine dans la nostalgie, qui est un sentiment plus ancien que la jalousie pouvant naître dans une fratrie » De PAS (Patricia), « La pulsion égalitaire, l’envie et la nostalgie sont des ressorts du populisme », in La Quinzaine Littéraire, n°1168, 2 mars 2017.
[10] Godin, op. cit.
[11] [« Faits alternatifs » (en anglais : alternative facts) est une expression utilisée en janvier 2017 par Kellyanne Conway, conseillère du président américain Donald Trump lors d’une rencontre avec la presse, afin de décrire les arguments de Sean Spicer, lui-même porte-parole de la Maison-Blanche, relatifs à l’importance de la participation publique lors de l’investiture du Président]
[12] « Faits alternatifs : pourquoi notre cerveau est-il pris en défaut ? « , (radiofrance.fr),22 avril 2021.
[13] « À la différence du discours révolutionnaire, le discours populiste vise moins à la transformation de la réalité qu’à sa disparition. », Godin, op.cit
[14] Raymond Barre en … 1976, cité par Daniel (Jean-Marc), Le gâchis français, ed. Tallandier, Paris, 2015, 266 p.
[15] Un paradigme est — en épistémologie et dans les sciences humaines et sociales — une représentation du monde, une manière de voir les choses, un modèle cohérent du monde qui repose sur un fondement défini.
[16] Le taux d’emploi : le pourcentage de personnes en emploi parmi la population en âge de travailler. Selon l’Insee, « Le taux d’emploi reflète la capacité d’une économie à utiliser ses ressources en main-d’œuvre”. La moyenne des pays de l’Union Européenne est à 70.4% en 2023. La France présente un taux d’emploi de 69,1 % fin 2024.
[17] Sur Unedic.org, enquête menée avec l’Institut Elabe. Dans les années 80-90, les enquêtes montraient plutôt « leur pessimisme face à la montée du chômage et leur relatif scepticisme quant aux mesures mises en œuvre pour lutter contre celui-ci. (…). Les Français apparaissent, par ailleurs, très attachés à une large indemnisation des chômeurs. », in CAPDEVIELLE (Jacques), FAUGERES (Arlette), « Les attitudes des Français sur le chômage et la politique d’emploi dans les années 80 et 90, mars 1998, Dares, résultats n° 13,1, Cevipof
[18] Enquête IFOP – JDD, voir le site www.ifop.com en date du 6/10/2022
[19] 24%, auxquels s’ajoutent « 16% « ne veulent pas travailler », voire les différents résultats sur https://www.data.gouv.fr/fr/datasets/barometre-de-la-perception-du-chomage-et-de-lemploi/. Les causes macro- économiques représentent un peu plus de la moitié des réponses
[20] L’enquête Cevipof de 2025 confirme la perception des français avec 59% des sondés qui considèrent que “Les chômeurs pourraient trouver du travail s’ils le voulaient vraiment”.
[21] Les résultats complets sur https://www.oecd.org/en/publications/pisa-2022-results-volume-i_53f23881-en.html
[22] « Classement Pisa, chute historique du score de la France en mathématiques », in https://www.publicsenat.fr/actualites/education/classement-pisa-chute-historique-du-score-de-la-france-en- mathématiques. Une situation qui s’aggrave avec le temps puisque le classement 2026 (relatif à l’enquête 2025) confirme la baisse du niveau en mathématiques, en sciences et en français.
[23] https://www.francetvinfo.fr/societe/education/resultats-des-evaluations-nationales-de-6e-et-4e-le-college-n-est-pas- pense-pour-tous-les-eleves_6187311.html
[24] En 2026, aucune réaction significative à l’exception de celle de la FCPE, relativisant l’importance de ces résultats, considérants que les enfants acquièrent d’autres compétences, non mesurées.
[25] Rappelons que 80% d’une classe d’âge obtient le Baccalauréat depuis 2012, concrétisant le vœu émis par le Ministre JP Chevènement en 1985, formalisé dans la loi d’orientation en 1989.
[26] En 2016, l’OCDE publiait des éléments de comparaison. Parmi les 25-34 ans, 45% d’une classe d’âge est diplômée, ce qui place la France dans la moyenne. Toutefois, une partie importante de ces diplômes sont obtenus par des voies courtes (BTS, IUT) et confirme notre faiblesse à mener des étudiants sur la voie des études supérieures.
[27] A l’exception de la proposition de la candidate du PS consistant à doubler le salaire des enseignants ; proposition qui a certainement éteint sa campagne avant même qu’elle commence vraiment.
[28] En référence à la légende accusant le Ministre russe Potemkine d’avoir fait construire de villages en carton-pâte, en trompe l’œil, pour masquer à l’impératrice Catherine II la pauvreté des villages réels.
[29] En 2005 (au lendemain du rejet par référendum de la Constitution européenne), lorsque Jacques Chirac nomme
Dominique de Villepin 1er Ministre, il l’invite expressément à s’inscrire « résolument dans le respect du modèle français ». Jean-Marc Ayraud, le 20 mars 2013, dans un discours à l’Assemblée Nationale déclare que « le nouveau modèle français (…) c’est les valeurs constitutives de la République »…
[30] Créée formellement en 1967, l’Agence Nationale Pour l’Emploi est sous les projecteurs à partir de 1976 lorsque le 1er million de chômeurs fut atteint.
[31] Et des procès pour « défaut d’accompagnement », avec des condamnations de l’État, sans pour autant que le juge administratif ne condamne ce dernier à indemniser les chercheurs d’emploi délaissés…
[32] Catégorie qui regroupe des personnes sans emploi dans la population active, ne répondant pas aux critères définis par le BIT (Bureau International du Travail) pour identifier un chômeur, et qui pourtant ne sont pas considérées comme inactives. Ces personnes sont souvent désinscrites de Pôle Emploi.
[33] La réforme « France Travail » a centralisé et verticalisé encore davantage les politiques de l’emploi.
[34] La gestion de Pôle Emploi, dix ans après sa création, 16 juillet 2020, où il est question d’avantages excessifs pour les cadres, de temps de travail disponible, d’inefficacité de l’interface numérique et d’absence d’indicateurs pour les missions prioritaires…
[35] Dans le même registre, on peut citer le récent rapport de la Cour pointant la dépense inefficace de 15Mds€ (Évaluation du plan d’investissement dans les compétences – PIC – et résumé par une phrase lapidaire : « L’évaluation menée par les juridictions financières montre que l’ambition de transformation structurelle du PIC a été immédiatement abandonnée. »
[36] 1,5 million sur les 2,2 estimés faisant partie de cette “catégorie”
[37] Sont mesurées les sorties précoces du système scolaire, soit sans diplôme du secondaire. Elles représentent en France entre 8 et 10% des 18-24 ans. Ce qui signifie que, chaque année, 110 000 et 150 000 élèves quittent le système scolaire chaque année. Rappelons ici, pour mettre en perspective ces chiffres, qu’une classe d’âge – nombre d’enfants qui naissent chaque année – représente entre 700 et 750 000 personnes (663 000 en 2024).
[38] En 2013
[39] Entretien sur Arte, mai 2020.
[40] Intervention sur France Inter le 31 août 2023.
[41] En septembre 2024, l’État a été condamné par la juridiction administrative pour des dizaines d’heures manquées dans un collège parisien. A une amende symbolique.
[42] Le 14 septembre 2023, à Alfortville. L’enfant avait 14 ans au moment des faits.
[43] Discours de politique générale de Gabriel Attal
[44] L’étude pointe le fait qu’un élève sur deux se plaint du bruit et du désordre dans les classes, l’empêchant de travailler.
[45] Camille DESJARDINS, Urgence pour l’École Républicaine, ed. Gallimard, col. Tracts, n°42, 2022
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