Le propre du coq réside dans sa capacité à chanter quand bien même se tiendrait-il sur un tas de fumier : peu importe la situation, l’essentiel est de bercer la foule avec de belles paroles. C’est sans doute dans cet esprit que le Président de la République a pris l’initiative d’inviter les principaux acteurs du spatial mondial à Paris au Grand Palais pour un sommet international début septembre.

Pour nombre de professionnels français du secteur, cette initiative suscite un grand scepticisme , d’aucuns y voyant un “ village Potemkine” masquant la réalité d’un paysage en déclin : plus de 10 millions d’euros de fonds publics, en effet, sont alloués à cet événement . Or en dix ans, la France est passée du statut de troisième puissance spatiale mondiale à celui de troisième puissance spatiale européenne. Les ambitions de la « start‑up nation » et du plan France 2030 n’auront permis, non sans coût pour le contribuable, l’émergence de la moindre licorne. Force est de constater jusqu’à présent que les moyens dégagés auront plutôt profité aux grands industriels qu’aux acteurs de taille intermédiaire et aux PME.

Nonobstant les effets d’annonces, le champ du spatial est confronté à un double problème : à la fois économique pour son industrie et également régalien pour son organisation publique, au travers de son opérateur historique, le Centre national d’études spatiales, créée en 1961par le Général de Gaulle et dirigé à sa naissance par deux personnalités exceptionnelles, le Général Robert Aubinière et le grand physicien Pierre Auger.

La question des coûts tout d’abord tant pour les satellites que pour les lanceurs grève fortement notre attractivité et notre compétitivité.

Ces derniers ont explosé dés lors qu’il s’agit de produire des satellites, notamment scientifiques et militaires. Loin d’infléchir les prix, la fusion à venir de TAS et d’Airbus risque bien au contraire de les accroître en supprimant toute concurrence. Il en va de même pour les lanceurs. Le transporteur, Arianespace, propose des lanceurs à usage unique dont le coût de lancement demeure par trop élevé . Chaque mise en orbite nécessite près de 40 millions d’euros de subventions européennes (principalement françaises) qui le cas échéant servent aussi à financer le lancement des satellites de la société Amazone de Jeff Bezos…

A ces contraintes de compétitivité se greffe l’affaiblissement, voire la marginalisation du CNES, la discutable réorientation de son rôle et le peu de lisibilité de ses missions.

N’étant plus développeur, ni stratège, à savoir son cœur de métier initial, le Centre s’est transformé en guichet , chargé de distribuer des fonds sans réel contrôle de la qualité des projets financés. Afin de participer à l’effort de réduction de la dépense publique, Bercy a projeté une baisse de son budget de 300 millions d’euros sur les trois prochaines années.

Le bilan spatial du Président Macron aura confondu , à l’instar d’autres domaines, communication et action. En fin de mandat il ne déroge pas à cette règle . D’où l’organisation d’un sommet ce 9 Septembre parrainé par des proches,Hélène Huby (The Exploration Company) et l’astronaute Thomas Pesquet.

L’exercice selon toute vraisemblance donnera lieu à son lot d’annonces, entre autres le prochain vol de Thomas Pesquet et de son collègue Prost, pour un coût estimé entre 50 et 70 millions d’euros. Le dispositif “France 2030” permettra le financement via une société américaine, du lancement opéré par SpaceX. La dimension stratégique d’un énième vol habité devrait être interrogée au moment où le spatial français traverse une crise sans précédent .

Un autre dossier pourrait par ailleurs retenir l’attention des spécialistes :le rapprochement potentiel entre Amazon et ArianeGroup. Confronté à des retards sur ses lanceurs New Glenn, Jeff Bezos souhaiterait investir dans ArianeGroup afin d’accélérer le déploiement de la constellation Amazon X. Dans l’hypothèse où l’opération venait à se concrétiser, plusieurs questions se poseraient notamment en ce qui concerne le maintien de l’éligibilité aux subventions de l’Agence spatiale européenne d’ArianeGroup, société à 100% européenne. Subséquemment, la poursuite du financement français à hauteur de 530 millions d’euros des vols d’Ariane 6 pourrait soulever des interrogations, d’autant plus comme si d’aucuns le craignent la France était amenée à relever son niveau de subventions du fait de l’augmentation des cadences de lancements…

A l’aune de ce scénario, la France subventionnerait indirectement Amazon X, une constellation directement concurrente de la future constellation européenne Iris 2 … Une énième incohérence où le chant du Coq ne serait qu’une illusion pour masquer la mort du Cygne …

Jacques Hubert, Pseudonyme d’un haut-cadre du secteur spatial

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