Le président qatari du Paris Saint-Germain, Nasser Al-Khelaïfi, vient d’essuyer une nouvelle défaite judiciaire d’envergure. La cour d’appel de Paris a rejeté l’intégralité de ses demandes dans le litige l’opposant au médiateur franco-algérien Tayeb Benabderrahmane, lequel accuse le Qatar d’avoir eu recours à la torture pour lui extorquer la signature d’un « protocole de chantage ». L’information a été communiquée à l’AFP par l’équipe de défense de M. Benabderrahmane.

Par ordonnance du 9 juillet 2026, la magistrate déléguée par le Premier Président de la cour d’appel de Paris a autorisé Tayeb Benabderrahmane à former immédiatement appel contre la décision ayant suspendu son action en nullité du « protocole d’accord » — une voie d’exception que la jurisprudence n’admet qu’avec une extrême parcimonie. La cour a jugé que ce gel « conduit manifestement à un allongement déraisonnable de l’instance civile », rappelant que l’article 6 de la Convention européenne des droits de l’homme garantit à tout justiciable le droit d’être entendu dans un délai raisonnable. Nasser Al-Khelaïfi, qui s’était opposé à cette autorisation et réclamait en outre la condamnation de son adversaire à quatre mille euros de frais irrépétibles, a été débouté de l’intégralité de ses demandes.

Un protocole signé sous la torture — constat de l’ONU

L’affaire repose sur un document daté du 10 juillet 2020 : le « protocole d’accord » par lequel Tayeb Benabderrahmane s’engageait à ne divulguer en aucune circonstance des documents « confidentiels » susceptibles de porter préjudice à Nasser Al-Khelaïfi, sous peine d’une clause pénale de cinq millions d’euros. Ce document, M. Benabderrahmane l’avait signé à distance, via une application de messagerie, dix jours à peine après sa sortie d’une détention de six mois au Qatar — alors qu’il se trouvait encore sur le territoire de l’émirat, dans l’impossibilité de le quitter.

Il affirme avoir été « l’otage » des autorités qatariennes, soumis à des actes de torture et à des traitements inhumains, et contraint de signer pour recouvrer sa liberté. Il ne quittera finalement le Qatar qu’en novembre 2020. Le 31 mai 2023, un tribunal pénal qatarien l’a condamné à mort par contumace à l’issue d’une procédure tenue dans le secret le plus total, sans qu’il en ait jamais été informé.

En avril 2025, le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire lui a rendu justice. Par son Avis n° 28/2025, il a conclu que la détention de M. Benabderrahmane au Qatar était arbitraire au sens des trois catégories les plus graves : privation de liberté sans fondement légal, représailles pour l’exercice de la liberté d’expression, et violations sérieuses du droit à un procès équitable accompagnées d’actes de torture et de traitements inhumains. L’Union européenne a entériné ces conclusions à l’automne 2025. Le Qatar, pour sa part, n’a donné aucune suite aux injonctions de l’organisation internationale.

La plainte de l’adversaire, instrument de gel de la procédure

Sur le plan civil, Tayeb Benabderrahmane réclame depuis août 2021 la nullité du protocole du 10 juillet 2020. Or, le 3 février dernier, le juge de la mise en état avait suspendu cette action dans l’attente de l’issue de plusieurs procédures pénales — parmi lesquelles une plainte déposée par Nasser Al-Khelaïfi lui-même le 29 juillet 2025, soit quatre années après l’introduction de la procédure civile qu’elle a contribué à paralyser.

L’ordonnance du 9 juillet met en lumière ce que la défense de M. Benabderrahmane qualifie de manœuvre procédurale caractérisée : déposer une plainte pénale pour s’en prévaloir aussitôt afin de faire geler le procès civil que l’on cherche précisément à éviter.

« Cette décision, rare en pratique, désavoue la stratégie d’enlisement procédural déployée depuis bientôt cinq ans. M. Benabderrahmane demande une seule chose : qu’un juge français examine enfin la validité d’un protocole de chantage signé à Doha sous la contrainte et la torture, au sortir de six mois de détention arbitraire, alors qu’il était toujours retenu au Qatar — une privation de liberté dont les Nations unies ont reconnu le caractère arbitraire. Les contre-feux procéduraux ne feront pas indéfiniment obstacle à l’examen du fond. »

— Me Frédéric Belot, avocat de Tayeb Benabderrahmane

L’homme qui recule devant son propre procès

Le même schéma se reproduit dans un autre volet de cette affaire tentaculaire. En 2023, Nasser Al-Khelaïfi avait annoncé avec un grand retentissement médiatique, via l’Agence France-Presse, une plainte en diffamation contre Tayeb Benabderrahmane, à la suite d’un article publié par Libération reproduisant des déclarations faites par ce dernier devant des juges d’instruction. Or, lors de l’audience du 28 mai 2026 — à laquelle il se présentait en demandeur —, Al-Khelaïfi a sollicité le renvoi de l’affaire, peu après avoir pris connaissance des moyens de nullité susceptibles d’invalider la procédure qu’il avait lui-même initiée.

« Il est manifeste que M. Al-Khelaïfi n’a jamais eu pour véritable ambition de réparer une quelconque atteinte à sa réputation. Si tel avait réellement été son objectif, il aurait dirigé ses poursuites en premier lieu contre Libération, sans lequel la publication litigieuse n’aurait jamais vu le jour. Aujourd’hui, M. Al-Khelaïfi, qui se montrait si impatient de plaider en avril 2023, diffère désormais l’issue du procès — et ce, de manière frappante, depuis qu’il a pris connaissance des moyens susceptibles d’entraîner la nullité des procédures qu’il avait engagées avec un enthousiasme non dissimulé. »

— Me Mokhtar Abdennouri, co-conseil de Tayeb Benabderrahmane

L’examen de l’appel au fond est fixé au 12 novembre 2026 devant la cour d’appel de Paris. En parallèle, une procédure d’arbitrage international contre l’État du Qatar demeure pendante devant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI, affaire n° ARB/22/23), sur le fondement du traité franco-qatarien de protection des investissements.

Les avocats de Nasser Al-Khelaïfi n’ont pu être joints dans l’immédiat.

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