Démonstration de force évidente vis-à-vis du reste de la gauche, Jean-Luc Mélenchon a toutefois manqué son entrée en campagne sur le fond, en diffusant, à grand renfort de références au passé, un disque idéologique de gauche un peu rayé, dont on verra d’ici les prochains mois s’il réussit à convaincre les Français de sa pertinence pour répondre aux enjeux actuels. Mais il ne faut pas se tromper : malgré dix ans de macronisme au bilan plus que mitigé, les aspirations anti-assistanat et anti-immigration des Français n’ont pas disparu.

Comme le montrait bien Raymond Aron dans ses mémoires à propos du marxisme, qui a beaucoup influencé Jean-Luc Mélenchon, le discours prononcé dimanche offre une lecture globale et structurée à ses électeurs, ce qui le rend particulièrement attractif alors que les autres candidats ont encore du mal à se définir clairement. À l’écoute du discours, on comprend l’origine de nos maux, à savoir l’accaparement des richesses par les grands patrons, les responsables, les riches, Vincent Bolloré, et les acteurs vainqueurs de la lutte : les forces progressistes de la Nouvelle France, les femmes, les peuples opprimés et, au premier chef en France, les immigrés.

Sur le plan des premières mesures concrètes, et face à une situation budgétaire de plus en plus grave pour le pays, Jean-Luc Mélenchon propose un SMIC à 1 700 euros et la retraite à 60 ans, alors que l’on sait que, même en 1981, un tel projet était condamné d’avance. À l’époque déjà, le choc entre les promesses sociales et les contraintes économiques avait fini par s’imposer brutalement. Le contexte actuel, marqué par un niveau d’endettement inédit, une croissance faible et des marges de manœuvre budgétaires extrêmement réduites, interroge sur la compatibilité réelle de ces mesures avec la réalité telle que perçue par les Français.

Et malgré cela, la gauche la plus à même de l’emporter en 2027, celle de Jean-Luc Mélenchon, repart dans ses travers : promettre davantage de dépenses, repousser les contraintes à plus tard et faire comme si la question du financement pouvait être traitée comme un simple détail politique, voire comme si elle était inexistante.

Le problème n’est pas seulement économique. Il vient percuter un moment de grande inquiétude dans l’opinion sur l’avenir du système de retraite, ainsi qu’un puissant ras-le-bol fiscal, longtemps sous-estimé. Les Français doutent déjà de la capacité du pays à préserver son modèle social ; ils redoutent aussi d’être appelés, une fois encore, à payer la facture. En mars 2025, un sondage Harris Interactive pour l’Observatoire Hexagone montrait que 63 % des Français ne faisaient pas confiance au système de retraite pour garantir un équilibre financier entre cotisations des actifs et pensions versées. Dans ce contexte, les promesses de rupture sociale peuvent séduire une partie de l’électorat, mais elles risquent surtout de renforcer l’idée que la gauche n’a pas véritablement tiré les leçons des impasses passées, et qu’elle est toujours incapable de gouverner.

Enfin, avec son concept de Nouvelle France, le parti vient réveiller l’angoisse identitaire, qui plus est de manière floue, sans l’assumer pleinement, en mélangeant modification ethnique et tendances démographiques déjà connues, comme le vieillissement de la population ou l’émancipation des femmes. Or, les Français sont très inquiets des niveaux d’immigration, et le rejet de la politique actuelle n’est pas un phénomène nouveau. Dès les années 1960, des sondages témoignaient déjà de ce malaise face à l’immigration. Alors que les Français reconnaissent le phénomène du grand remplacement, en tout cas pour 53 % d’entre eux dans une récente enquête pour Franc-Tireur, ils sont près des deux tiers à le considérer comme une mauvaise chose.

Ce meeting de lancement est paradoxal : il vient conforter les électeurs de Mélenchon dans l’idée qu’il est leur seul recours, mais il ajoute de l’angoisse au reste des électorats, entre rejet radical à droite et dilemme au centre en cas de second tour entre le RN et LFI. Un effet à suivre de près, alors que le centre se cherche un candidat susceptible de bénéficier, in fine, d’un vote utile.

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