L’allocution du Président de la République du 18 octobre 2026 alors que l’insurrection organisée depuis la veille déploie encore ses violences et ses saccages, ne surprend pas seulement par le vide sidéral de ses propos, mais également par ses silences qui en disent long. 

Il annonce d’abord, exercice obligé, un gouvernement « intraitable » et des juges qui jugeront au nom du peuple français avec la plus grande fermeté. Pour ce qui est des juges, est-il au courant des déclarations du Syndicat de la Magistrature qui appelle les juges à la clémence et qui a au surplus pris partie pour les manifestants en publiant un guide de 82 pages leur expliquant savamment comment s’opposer à la police ? Est-il au courant du fait que l’attitude « intraitable » du gouvernement vient un peu tard alors que des centaines de policiers et policières livrés à la vindicte de hordes instrumentalisées par l’ultra-gauche, appuyés dans certaines occasions par des députés en écharpe, sont blessés dans leur chair et dans leur âme ? Est-il conscient de la détresse des commerçants qui ont assisté démunis à la destruction inacceptable du fruit de leur labeur ou encore des passants copieusement tabassés dans les rues des villes ou attaqués jusqu’aux halls de leurs immeubles ?

La situation est d’une gravité inédite ; il s’est au demeurant refusé d’en désigner la dimension quasi insurrectionnelle. Le Président d’une République qui s’enfonce dans la crise nous dit benoîtement préférer le dialogue à la violence. Mais imagine-t-on qu’il ait pu dire le contraire ? Et quelle est la portée de cette banalité ?  

Le Chef de l’Etat annonce également la mise en œuvre d’une « cellule de crise » à Matignon. Or, cette cellule existe déjà et elle se réunit avec l’efficacité que l’on sait. Il exige également une collaboration active entre préfets et maires, laquelle existe déjà dans les faits. Il sera intéressant au demeurant de mesurer la fluidité et l’effectivité de ce rapprochement entre certains maires LFI, comme David Guiraud qui à Roubaix appelle au démantèlement de la brigade anti-criminalité de Lille ou qui à l’instar de Bally Bagayoko à Saint-Denis professe que la violence peut-être légitime, et les autorités préfectorales. 

In fine, le Président de la République n’entend pas désigner explicitement les responsabilités politiques directes à l’origine de la situation que nous traversons. Jamais dans son allocution les représentants de LFI qui n’ont cessé depuis plusieurs semaines de souffler sur les braises et de les alimenter ne sont visés dans la déclaration présidentielle. Tout se passe comme si Emmanuel Macron cherchait à gagner du temps,  préférant s’en remettre  aux remontées d’information des services de renseignements dont on imagine mal qu’il n’en soit pas déjà le premier destinataire et dont il laisse tout autant  entendre qu’elles lui permettront de répondre plus efficacement aux émeutes qui depuis 48 heures se propagent dans de nombreux centres-villes. 

 “Comment peuvent-ils en arriver là ?” s’est interrogé dans son adresse le Président, en évoquant les casseurs. Après dix ans de mandat, cette question signe en quelque sorte l’immense fossé entre un homme et son pays. 

Tel est le cœur du drame qui se joue avec le peuple français. Le chef d’Etat avoue ne pas comprendre ce qui se passe en France, pas plus qu’il n’intériorise ce que vit l’immense majorité de son peuple plongée dans l’insécurité financière et physique. Le Roi est nu et la fête est finie.

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