C’est un fait : depuis bientôt un demi-siècle, Blandine Kriegel avertit d’un danger devenu entre temps tristement actuel : que la logique impériale vienne empiéter sur les républiques pacifiées d’Europe de l’Ouest, que les empires retrouvent un avenir et une puissance que les péripéties du XXᵉ siècle avaient semblé écarter. C’est ce danger de voir contester et faire décliner les républiques qui a amorcé la patiente recherche des sources antiques et modernes du projet républicain. Et celui-ci, elle l’a mis d’emblée en regard de la passion opposée, la logique guerrière de la force, le désir d’empire, jamais confondu avec ce qu’on appelle pour faire image « l’impérialisme », notamment américain.

L’Empire, c’est pour Blandine Kriegel la voie germanique du XXᵉ siècle, après la grande République de Weimar, la pensée philosophique et politique rescapée du IIIᵉ Reich, ce qu’on peut comprendre à partir de ce qu’elle est, de ce qu’a été Maurice Kriegel-Valrimont, son père, héros et dirigeant de la Résistance, ainsi que ce qu’a été toute sa famille : Paulette Le Sueur, Arthur Kriegel… Un « plus jamais ça » partagé avec le philosophe Jankélévitch a pu avertir, alerter.

Pourtant il y a plus et autre chose. L’effroi devant la perspective d’un retour « des nazis » n’est pas en soi une impulsion pour chercher pendant un demi-siècle les sources des institutions républicaines, pour les conceptualiser avec rigueur, et aussi avec des intuitions qui s’avèrent avec le temps. Et ce ne sont pas « les nazis » qui sont revenus, pas exactement, tant il y a de prétendus « antinazis » ou antifascistes qui menacent aujourd’hui d’une guerre civile larvée.

Mais il y a ce qu’elle a vu avant les autres : les républiques ne sont pas invulnérables face aux empires en voie de reconstitution. Comment ce retour des empires aurait-il été visible ? À l’époque du déclin de l’URSS et de la fin des colonies, il fallait non un regard sur l’actualité, mais un équipement philosophique particulier pour ce faire.

La méthode en philosophie

J’ai dit à l’instant que ce colloque était universitaire et académique, sans s’y restreindre ; il faut entrer dans plus de précisions. Il en va d’une conception de la philosophie qui peut n’être pas familière à tous, mais qui nous est commune, à Blandine et à moi, qui avons terminé ensemble et en faisant souvent équipe nos études à la Sorbonne, maîtrise et agrégation, celle-ci passée en 1968.

Il y a chez Aristote un jugement d’une grande actualité. Il porte sur la différence entre Istoria, à la fois l’histoire des historiens et l’investigation sur des faits à expliquer, et Poiesis, à la fois la poésie comme on l’entend, vers et rimes, et la création dans toute son ampleur. Il affirme dans son traité sur la Poétique que la Poiesis est plus philosophique que l’Istoria. Comment faut-il l’entendre ? C’est qu’Istoria ne peut porter que sur ce qui a eu lieu, tandis que Poiesis porte sur ce qui peut, ou même pourra avoir lieu. Il comprend donc une certaine vision d’un avenir possible, probable, dans la poésie et la philosophie même, ce qui nous éloigne des pratiques académiques qui ont cours en philosophie. Elle est souvent réduite à l’histoire de la philosophie, comme si le filon était maintenant épuisé. Elle est aussi orientée vers une phénoménologie qui pose en principe qu’il ne s’agit que de « décrire des faits de conscience » sans rien y ajouter, ce qui empêche la vue dont nous cherchons la formule. Quant au « structuralisme », on peut y voir une poussée médiatique sans avenir.

La philosophie poïétique, créatrice, qui nous a nourris, elle et moi, dans ces années 1966, 1967, 1968 est moins connue et se nomme « épistémologie », ainsi que notre maître commun, Georges Canguilhem, la pratiquait et l’enseignait comme dans un atelier avec des apprentis, rue Dufourt, dans l’Institut d’histoire des sciences qu’il dirigeait. J’ai évoqué ce passé dans une chronique récente du Contemporain, et je retiendrai seulement que dans son premier essai de philosophie politique, mémoire dit de maîtrise consacré à la pensée de Thomas Hobbes et à ce qu’elle devait au mécanisme, Blandine a emporté l’admiration du vieux maître pourtant difficile à convaincre, et a illustré en 1967 cette école philosophique, comme elle a continué à la faire jusqu’à présent.

Il s’agissait déjà dans ce premier travail d’user de concepts pour les appliquer à un matériau écrit : le mécanisme explique le Léviathan, permet de l’engendrer en pensée. C’est cette leçon qui ouvrait la voie à des recherches de philosophie politique dont le sujet s’est affiné très tôt.

Avec la méthode, il fallait un domaine de recherche où elle puisse s’appliquer avec fécondité. Sa vocation s’est affirmée dès cette époque, et sans jamais céder aux modes du temps. Je me souviens avoir suivi ses conseils de lecture dans ces années 1960 : Robert Dérathé, Jean-Jacques Rousseau et la science politique de son temps, ouvrage qui montre « comment la doctrine politique de Rousseau résultait concrètement d’une réflexion approfondie sur les théories soutenues par l’École du droit de la nature et des gens ». Elle était bien la seule alors à se soucier de ce « droit de la nature et des gens (des peuples) » en amont du Contrat social de Rousseau, tandis qu’Althusser rangeait Rousseau dans le camp des penseurs bourgeois qui nient la lutte des classes !

Il ne s’agissait pas seulement d’un utile conseil de lecture, mais de l’amorce d’une tentative pour constituer autour d’elle un « cercle » d’étude, autour de textes et de questions dont elle comprenait l’intérêt, et qu’elle cherchait à diffuser par ondes concentriques. J’ajouterai à ce mode d’études collectives, avec des partenaires choisis, la longue série des émissions de radio sur France Culture avec « Les vendredis de la philosophie », dès la fin des années 1990, et plus tard sur Radio J avec une série d’émissions de philosophie.

La réhabilitation de l’État et l’État de droit

Le domaine a donc été dès le départ la philosophie politique et son contexte. La question des droits de l’homme et des peuples est le fil déroulé depuis les années soixante jusqu’à présent. Blandine aborde la question en philosophe et se heurte tout de suite au bornage des disciplines : les « sciences humaines » et sociales ont leur domaine réservé, où circule un préjugé rageur : l’État, en tant que tel, est un monstre, une « superstructure » écrasante, un parasite liberticide. Le marxisme pose le dogme d’un État qui « bouche les pores de la société tout entière » et vise à le destituer partout, pour instaurer une dictature dont le provisoire s’éternise. La Révolution conservatrice veut aussi une dictature, et les libéraux veulent un État asservi à leurs intérêts. Or, les droits humains n’ont pu s’établir en Europe que grâce à une métamorphose de certains États — Angleterre, Provinces-Unies, et même la France — en garants et protecteurs de ces droits : il fallait donc affronter cette « idéologie dominante » tournée contre l’État, se frayer un chemin sans appui sur des précédents ni sur des complices, conscients du problème.

Blandine commence très tôt à polémiquer, notamment dans Le Débat, contre l’hégémonie du « social » antétatique, qui se confond pratiquement avec les dites « sciences sociales ».

La philosophie a des ressources contre le préjugé d’une nocivité de l’État comme tel. Thucydide rapporte dans sa Guerre du Péloponnèse, Athènes contre Sparte, le discours de Périclès qui énonce : « Du fait que l’État, chez nous, est administré dans l’intérêt de la masse et non d’une minorité, notre régime a pris le nom de démocratie. En ce qui concerne les différends particuliers, l’égalité est assurée à tous par les lois ; mais en ce qui concerne la participation à la vie publique, chacun obtient la considération en raison de son mérite, et la classe à laquelle il appartient importe moins que sa valeur personnelle. »

Aristote le sait, et dans sa Politique, il distingue deux grands types de régimes et seulement deux : ceux qui ont pour but le bien commun, qui sont justes, et ceux qui visent des intérêts particuliers, injustes et corrompus (Livre III, chapitre VI).

Il y a derrière cette question, celle de la guerre et de la paix. Les républiques fondées sur le bien commun ne font pas de la guerre un impératif ; les empires, si : ils s’étendent, pillent, menacent. On s’en rend compte à présent. Réhabiliter les États qui maintiennent la paix à l’intérieur et à l’extérieur contre les États impériaux a valeur de sauvegarde de la civilisation même. C’est ici qu’un travail philologique, une création de vocabulaire adéquat, survient avec le concept et le titre d’État de droit, titre de l’ouvrage désormais classique de Blandine Kriegel, qui annonce un renversement de l’idéologie dominante, en faveur de ces États qui font la paix, qui protègent la paix.

En publiant L’État et les esclaves en 1979, Blandine Kriegel ouvre la voie à une réhabilitation de l’État, indispensable si l’on veut ensuite garantir les droits humains. Le titre anglais : The State and the Rule of Law — l’État et la loi au pouvoir — précise la différence avec ces États sans loi, sans autre loi que l’arbitraire du despote, en même temps qu’il met en lumière l’apport de l’Angleterre à la cause du droit, à l’âge classique.

État de droit : ce n’est pas tant l’expression, qui existe chez Kant et chez Hegel, qui est innovante. C’est son contenu, conceptuel, ajusté à des données historiques originales, et en un sens poétique, porteur d’une vision qui dépasse les faits historiques du passé et ouvre un avenir à ce qu’on continue à appeler « les démocraties », tandis qu’il y a des « démocraties » sans droit, sans égalité devant la loi.

L’appui libre sur la pensée d’Aristote permet d’aller de l’avant sur ce point : dans le régime républicain, avec une loi égale pour tous, il y a des gouvernements démocratiques et d’autres, oligarchiques ou monarchiques, qui sont républicains, justes, mais où ce n’est pas le peuple qui gouverne directement. La Politeia de Platon, sa République, polémiquait avant Aristote contre la démocratie, avançant qu’un « philosophe » peut gouverner sagement en usant de sa raison, tandis que le peuple suit des préjugés : il défend néanmoins excellemment le concept républicain.

L’état de droit, dans cette pensée de Blandine Kriegel, est un concept moderne, emprunté à ce que la pensée antique et sa politique avaient de meilleur. Restait à établir que la modernité l’a appliqué, non aux seules « républiques de cité », comme Florence ou Venise, mais aux grands États modernes – l’Angleterre, la France, les Provinces-Unies – qu’on a considérés dans l’hagiographie qui fait tout commencer en 1789, comme « monarchies », donc despotiques. À l’encontre de cette chronologie intéressée à justifier une rupture avec le despotisme à compter de « la Révolution », elle découvre chez Bodin, bien d’autres exhumés des archives, chez les juristes et dès la Renaissance, une pensée républicaine attachée au droit, et hostile à l’exercice de la force armée, lui préférant un arbitrage fondé sur les « diplômes ». En étudiant la pensée juridique de la Renaissance, puis de l’âge classique, elle découvre l’effort pour constituer un « État de paix » à l’encontre des rapports de force, si bien qu’État de droit s’oppose à État de guerre, ou État pour la guerre.

Les droits naturels

Si l’État est « de droit », il a pour raison d’être non seulement de suivre un droit qui le limite, mais aussi de protéger, de légitimer des droits, qui ne pouvaient exister dans les périodes ou les lieux où des humains sont asservis, donc privés des droits du citoyen. Aristote atteint ici des limites pour inspirer une pensée du droit en général, et ce sont d’autres pistes que Blandine Kriegel a suivies ou trouvées pour donner à l’État moderne son contenu précis, en fouillant avec patience dans les archives du droit.

Ici la référence au judéo-christianisme s’impose, puisque dans l’affirmation monothéiste, tous les hommes sont les créations du Dieu unique, donc égaux en droits, jamais des biens ou des possessions. Principe très général mais décisif à la Renaissance et à l’âge classique, où l’on commence à restreindre la souveraineté en abandonnant l’idée de l’Imperium. Si l’État a pour raison d’être la protection et même la légitimation des droits de ceux qui relèvent de son autorité, il doit poser des droits que tout homme comme tel possède en naissant, ce que les thomistes avaient reconnu très tôt. Mais la controverse sur la naturalité des droits atteint son pic avec la controverse de Valladolid, et Blandine Kriegel recule dans le temps en cherchant les ancêtres des déclarations des droits de l’homme, américaine ou française, qu’elle compare minutieusement.

C’est Vitoria, lecteur d’Érasme et de Juan Luis Vives, qui en 1539, dans Des Indiens, appelle ceux-ci des « naturels » : comme infidèles ils ne sont pas justiciables du droit canon, comme étrangers ils ne peuvent être sujets du droit civil. Ils ont donc des « droits naturels » ; ils n’appartiennent ni à l’Église ni à l’Empire, mais à la communauté des nations qui rassemble le genre humain. Il y a un jus gentium, un droit des peuples. Ce droit est international, inter gentes et inter homines. Ces doctrinaires néo-thomistes de l’école de Salamanque ont révolutionné le droit, et ont ouvert la voie à une déclinaison des droits naturels — chose que l’idéologie qui règne dans les sciences humaines constructivistes et dédaigneuses des voies de la tradition a farouchement déniée. Blandine Kriegel suit plutôt Kant, qui affirme que les droits humains ne seront protégés que par une « république universelle » à venir, et Hannah Arendt, pour qui c’est l’appartenance à une démocratie qui en garantit le respect. Agamben a fait, dans Homo Sacer, comme si la « vie nue » était partout menacée, mais précisément nos États d’Europe de l’Ouest ont amorcé un mouvement de respect pour les hommes comme tels. Ainsi, l’État de droit seul déclare et garantit ces droits, ce qu’on constate avec tristesse aujourd’hui où des dictatures les écrasent au-dehors et au-dedans de leurs frontières.

Les sources antiques de l’État de droit, ou République, ne suffisent pas à expliquer la pensée du droit naturel. D’un côté, il y a l’existence des esclaves sans droits, prolongée ailleurs mais finalement abolie dans nos républiques modernes ; de l’autre, une conception de l’espace et du mouvement qui particularise, tandis que la science moderne égalise et universalise les mouvements des corps : on passe de la physique d’Aristote à celle de Galilée, et du droit particulier au droit universel.

Dans Philosophie de la République, Blandine Kriegel a voulu énumérer et détailler ces droits : l’égalité, avec Vitoria ; la sûreté, avec Hobbes ; la liberté de penser, avec Milton et Spinoza ; la propriété, avec Locke ; enfin, la recherche du bonheur, avec les Lumières.

Cette réhabilitation d’une tradition judéo-chrétienne et universaliste se heurtait au constructivisme contemporain : tout est culturel, tout est arbitraire, tout est construit ; le social ou même le national l’emportent, avec leur monde particulier. Des polémiques sont nées de ce mépris assumé des préjugés du temps, notamment avec Alain Renaut, qui pose que seule la « volonté du sujet » est à même de créer des droits. On pourrait même évoquer le dogme d’une absence de droits dans la nature : les animaux n’auraient de droits qu’octroyés, selon Luc Ferry, encore que l’idée de les protéger ait été rendue caduque par le nazisme, si bien qu’il serait politiquement incorrect de défendre tout droit des animaux.

Le droit politique

Il y a donc, dans l’œuvre de Blandine Kriegel, une démarche originale, dédaigneuse des courants français en sciences humaines et sociales, plus apparentée aux recherches contemporaines des Anglo-Saxons, qui a montré sa fécondité. Il y a des résultats tangibles.

En élargissant le champ de ses recherches, elle a brisé le carcan de l’hagiographie de la République seulement française, tenue souvent pour le point de départ de l’idée républicaine. Revenir à la pensée antique de la Politeia, chercher ce qu’ont pensé les Européens de la Renaissance au XVIIIᵉ siècle, juristes et philosophes, entraîne un vocabulaire, des concepts innovants.

Elle a minoré l’appellation « démocratie », qui sert souvent et avec équivoque à désigner le modèle opposé aux dictatures, en retrouvant chez Aristote une distinction : le régime (républicain, Politeia) et le gouvernement (démocratie ou non, Politeuma). Dans le régime qui a pour fin le bien commun, il y a des monarchies, des aristocraties ou des démocraties selon les gouvernements, tandis que dans les régimes injustes, on va de la tyrannie à l’oligarchie et à la démagogie.

Il en résulte que nos républiques modernes sont souvent plus mixtes que purement démocratiques, sans sortir du cadre républicain, et que l’« Ancien Régime » aristocratique et monarchique n’a pas versé dans le fourvoiement en empire, ni en Angleterre, ni en France : là est l’essentiel de cette originalité.

C’est le recours à l’histoire du droit qui lui a permis de l’établir. Il y a eu en Grande-Bretagne et en France des juristes qui, dès le XVIᵉ siècle, ont dénoncé ou relégué un droit romain qui légitimait la vassalisation des royaumes : Bracton, Glanville, Bodin, l’école de Bourges avec Michel de l’Hospital. Ces juristes établissent un droit proprement politique, moderne, posant une théorie du pouvoir établi sur la souveraineté, et en Grande-Bretagne la Rule of Law ; posant les droits de l’homme ; posant le pacte ou contrat social ; posant le droit du peuple ou de la nation. Les cinq volumes des Chemins de l’État suivent cette émergence.

En séparant l’histoire de la République de celle de la Révolution de 1789, elle a reculé dans le temps et dans l’espace l’étude de sa spécificité. La Révolution américaine date de 1776 ; auparavant il y a eu deux révolutions anglaises, 1642 avec Cromwell et 1688 avec Locke, puis la République des Provinces-Unies au XVIᵉ siècle.

Le chemin vers l’État de droit nous fait remonter à la Renaissance, où se forme l’idéal républicain, l’imaginaire de la République. Blandine Kriegel s’est lancée tout récemment dans une nouvelle architecture de quatre volumes, dont un est paru : La Renaissance, le second, La politique des religions, étant en préparation. Érasme y est largement mis à contribution.

Vers l’État de paix

Revenons au parcours global : l’Europe de l’Ouest n’est pas, sur le plan éthique et politique, la fille de l’empire romain, césarien, impérial, guerrier et esclavagiste. Elle a pris une autre voie. Elle a renoué avec l’éthique judéo-chrétienne des origines, « Tu n’assassineras pas », ainsi que le respect de la Loi, qui vaut pour tout homme partout et toujours.

Regardons ces empires qui se réveillent partout, belliqueux, formés pour l’attaque, pour l’expansion, pour la reconnaissance de leur suprématie armée par des vaincus qui sont nos républiques.

Pillards, faisant des ressources pétrolières un usage géopolitique au service de leurs régimes corrompus, ils préparent des guerres. Ces revenus leur ont permis de créer partout des palais, des fortifications, des tunnels d’invasion comme à Gaza, des forteresses souterraines comme en Iran. Ce pétrole qui est leur rente, leur puissance agressive, a été précieux pour notre développement et notre progrès. Si les avancées technologiques militaires semblent de leur côté, quel est leur apport à la civilisation ? Notre avancée est ancienne et actuelle, elle est culturelle, éthique, politique, elle témoigne en faveur de la voie républicaine, contre la voie impériale.

Depuis la Renaissance, ces États de droit en Europe de l’Ouest ont permis suffisamment de paix pour que les arts, les lettres, les industries qui améliorent la vie des peuples, la médecine moderne préventive, la reconnaissance des droits de toutes les minorités, l’accession des femmes à tous les niveaux de la citoyenneté aient été cultivés, ainsi que la tolérance religieuse permettant une vie en commun harmonieuse dans le respect de chacun.

Chez nous, les « sciences humaines » ont trop souvent une fonction subversive, ne soulignant que nos défaillances dans la voie moderne pacifique, attentives à nous faire expier des manquements qui sont exception chez nous et règle ailleurs. Il en va de même avec la vie politique et les partis, inconscients ou cyniques lorsqu’ils importent du dehors les côtés les plus régressifs de la voie des dictatures, jusqu’à inciter à des guerres civiles rampantes contre la République.

Blandine Kriegel est celle qui nous réveille de cette hypnose, nous rend un regard sur nous-mêmes, nous fait estimer avec fierté notre apport à la civilisation.

 

François Guéry est professeur émérite de philosophie. Ce texte a été prononcé à l’occasion de l’ouverture du colloque “La République contre les Empires” organisé au Sénat le 11 avril 2016.

Voir aussi

Boualem Sansal raconte à la NRP l’après-prison : « Apprendre à vivre dans la liberté »

De retour en France après un an de détention en Algérie, l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal a livré un témoignage rare dans un entretien accordé à La Nouvelle Revue Politique, animé par Arnaud Benedetti.


0 Commentaire2 minutes de lecture

Le monde comme volonté et représentation : le grand fleuve du pessimisme

Vous êtes intimidé par ce grand fleuve ? Vous hésitez, ne savez comment l’apprivoiser ! Ne lanternez pas, montrez-vous impavide, plongez !


0 Commentaire7 minutes de lecture

Principes et enjeux de la déconstruction

On entend souvent parler de la déconstruction, en particulier dans les milieux conservateurs qui s’indignent de ses ravages, soit de façon directe, soit, le plus souvent, de façon indirecte. Qui, en effet, n’a pas entendu parler de « wokisme » ou de « cancel culture » ?


0 Commentaire37 minutes de lecture

Privacy Preference Center