La tribune de Florence Bergeaud-Blackler dans le Figaro[1] revient sur la journée cataclysmique que la France a connue le 17 Octobre. Dialoguant avec Jérôme Fourquet, elle prend ses distances avec l’analyse de ce dernier. Selon elle, les casseurs ne seraient pas de simples esprits animés par un nihilisme violent au motif que le monde d’aujourd’hui ne leur offrirait aucune perspective. Tout au contraire, elle souligne que ces casseurs seraient animés par un projet politique parfaitement cohérent. La razzia du 17 Octobre exprimerait la haine pour un pays de mécréants et viscéralement colonialiste dont la France serait l’idéal-type. Elle serait, ainsi entendu, le prolongement exacerbé de l’infiltration silencieuse et patiente de notre pays organisée par les Frères musulmans. La razzia serait le prolongement de l’infiltration par d’autres moyens pour reprendre une formule célèbre.

La divergence des angles d’analyse entre Florence Bergeaud-Blackler et Jérôme Fourquet conduit à ne pas adopter le même point de vue sur cette jeunesse en mal d’appartenance. Le nihilisme à l’ère de l’autodétermination intégrale analysé par Fourquet requerrait, pour le combattre efficacement, la restauration de cadres, dans le souci de faire revenir dans le droit chemin des esprits égarés. L’analyse de Bergeaud-Blackler conduit en revanche à voir dans cette jeunesse hystérisée un ennemi irréductible qu’il faut combattre par tous les moyens, avant qu’il n’emporte définitivement le combat face à un Etat chancelant et au bord de l’effondrement.

Les deux auteurs laissent entendre que la société multiculturelle qui s’est développée en France depuis quarante ans peut accoucher d’une volonté de vivre ensemble encore possible, selon Fourquet, tandis que pour Bergeaud-Blackler cette société est vouée à devenir toujours plus conflictuelle, au risque de voir une civilisation en remplacer une autre. Au loin se dessinerait la France des minarets en lieu et place de la France des clochers.

Qui des deux a raison ? Assumant de ne pas respecter le principe aristotélicien de non-contradiction, je dirai que les deux ont raison en même temps ! Il est urgent en effet de prendre au sérieux le point de vue de Bergeaud-Blackler, si l’on veut que la perspective retenue par Fourquet soit encore possible. L’inverse en revanche nous conduira assurément au désastre.

Dès lors, on peut considérer pour la période à venir que l’intensité des razzias au gré des événements qu’elles élisent, sera le bon indicateur de l’évolution de la France dans un sens ou un autre. Le fait est que le temps presse.

La campagne présidentielle offre le plateau idoine pour dessiner les contours d’un nouveau projet de société qui viendrait s’élever sur les cendres du monde que nous auront laissé les gouvernants de tout bord, que naïveté et aveuglement ont conduit sur des chemins de traverse. Quel monde commun voulons-nous ? Sur quels droits et sur quels interdits voulons-nous le bâtir ? Telle est la question.

[1] Edition du 21 Octobre 2026


Daniel Keller

Daniel Keller exerce professionnellement dans un groupe de protection sociale dans le management de la filière de la retraite complémentaire. Il intervient dans le débat public sur les questions de laïcité, de citoyenneté et sur les questions d’organisation de la fonction publique et des pouvoirs publics. Ancien Grand Maître du Grand Orient de France, ancien président de l’Association des anciens élèves de l’ENA, il préside désormais l’Association des anciens élèves de l’ENA exerçant dans le monde des entreprises. Il collabore à l’Institut français de gouvernance publique, think tank qui se consacre aux enjeux de la décentralisation.

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