À six mois de l’élection présidentielle, le baromètre Ifop pour Vae Solis, réalisé en partenariat avec Le Figaro, révèle à quel point les Français sont inquiets pour leur niveau de vie, de plus en plus critiques envers le modèle fiscal et social et ne font confiance à aucune personnalité politique pour inverser la tendance.
Dans le baromètre présidentiel Vae Solis / IFOP / Le Figaro que nous avons publié le 12 octobre dernier, un chiffre résume à lui seul l’ampleur du défi : 90 % des électeurs déclarent que le pouvoir d’achat sera un déterminant important dans leur choix de vote en 2027. Un niveau qui transcende les appartenances partisanes et fait de cette question un enjeu central de la campagne.
Bien sûr, la récente flambée des carburants illustre parfaitement cette tension. Début octobre, le gazole dépassait 2,35 euros le litre en moyenne en France. Le gouvernement a dû élargir son dispositif d’aide aux « grands rouleurs », désormais accessible à davantage de ménages.
Notre baromètre montre combien ce sujet est sensible : 42 % des Français citent le carburant parmi les dépenses pesant le plus lourd sur leur budget, juste devant les dépenses liées au logement, et 88 % souhaitent une réduction des taxes sur l’essence et le gazole.
Pour des millions de Français, particulièrement dans les territoires dépendants de l’automobile, la voiture n’est pas un choix mais une nécessité.
Cette réalité trouve un écho dans l’actualité économique. Selon les estimations provisoires de l’Insee, l’inflation a atteint 3,1 % sur un an en septembre, contre 2,4 % en août, sous l’effet notamment du renchérissement de l’énergie.
Mais, plus préoccupant encore, 85 % des Français considèrent désormais l’inflation comme un phénomène structurel et durable.
La hausse des prix n’est donc plus perçue comme une crise passagère, mais comme une nouvelle condition de vie.
Et au-delà du sentiment que les Français ont parfois d’être pris à la gorge par la crise pétrolière, notre baromètre présidentiel révèle surtout la profondeur du malaise : 67 % des Français estiment que leur pouvoir d’achat a diminué au cours des douze derniers mois, alors que 36 % des foyers seulement sont en tension financière. Autrement dit, le ressenti dépasse la contrainte.
Même chez ceux qui ont de la marge, deux tiers se disent mal rémunérés : parmi les actifs qui ont plus de 200 € sur leur compte au 10 du mois, 65 % estiment ne pas être bien rémunérés compte tenu du coût de la vie.
Les difficultés de pouvoir d’achat recouvrent ainsi deux réalités distinctes :
- Dʼun côté, des foyers qui peinent réellement à boucler leurs fins de mois, pour qui la question posée est celle des renoncements.
- De lʼautre, des foyers qui vivent encore correctement mais se sentent déclassés, pour qui cʼest surtout une question de reconnaissance et de trajectoire.
La crise des carburants rappelle ainsi une réalité sociale majeure : les dépenses contraintes sont devenues le premier adversaire du pouvoir d’achat. Alimentation, énergie, logement et déplacements absorbent la quasi-totalité des ressources disponibles.
Face à cette situation, et c’est sans doute l’un des enseignements les plus politiques de notre enquête, les Français se disent prêts à faire des arbitrages : 66 % d’entre eux privilégient une baisse des impôts, taxes et cotisations, quitte à réduire certaines dépenses publiques ou prestations sociales.
Comment expliquer cet arbitrage dans un pays traditionnellement attaché à son modèle social ?
Sans doute par l’exacerbation du sentiment d’être plus contributeur que bénéficiaire du système. 75 % des Français estiment en effet contribuer davantage au modèle social qu’ils n’en bénéficient. Ils étaient 69 % en 2022.
Le sentiment d’un déséquilibre entre ce que l’on verse et ce que l’on reçoit progresse donc dans l’opinion alors qu’en réalité, selon une étude du Conseil d’analyse économique (CAE) publiée en 2025, 57 % des Français sont des bénéficiaires nets du système de redistribution.
Il serait toutefois excessif d’y voir un rejet des services publics. Les Français semblent plutôt exprimer une forme de désillusion devant un système dont ils perçoivent de moins en moins les contreparties.
Autre enseignement spectaculaire : 92 % des Français considèrent que le travail ne rémunère pas suffisamment au regard du coût de la vie. Parmi les actifs rémunérés, 74 % estiment ne pas être correctement payés.
Cette quasi-unanimité éclaire les solutions privilégiées.
Ainsi, 92 % des Français soutiennent une incitation des entreprises à augmenter les salaires et 85 % souhaitent une diminution des cotisations salariales pour augmenter le salaire net.
Cette préférence traduit aussi une aspiration à retrouver le lien entre effort, travail et amélioration du niveau de vie.
Notre étude révèle également une forte adhésion à plusieurs mesures : 94 % des Français souhaitent réduire la TVA sur les produits de première nécessité et 93 % sont favorables à un encadrement accru des prix de certains produits essentiels.
Ces résultats traversent largement les sensibilités politiques.
Mais ils dessinent aussi une contradiction : les Français souhaitent simultanément moins d’impôts, des prix davantage maîtrisés et des salaires plus élevés, alors même que les marges de manœuvre budgétaires sont limitées.
Cette contradiction n’est pas nécessairement une incohérence. Elle reflète la difficulté croissante à supporter de nouveaux sacrifices.
Le véritable défi politique sera de hiérarchiser ces attentes et d’expliquer comment les financer sans aggraver les déséquilibres existants.
Le dernier enseignement est probablement le plus déterminant à l’approche de 2027.
Alors que le pouvoir d’achat sera un critère électoral majeur, aucune des quatorze personnalités politiques testées ne convainc une majorité de Français de sa capacité à l’améliorer.
Marine Le Pen recueille 41 % de jugements positifs, Édouard Philippe 29 %, Bruno Retailleau et Gabriel Attal 26 %, Jean-Luc Mélenchon 23 %.
Ce décalage entre l’importance accordée au sujet et la confiance dans les réponses politiques constitue un signal majeur.
Elle exigera de répondre à trois attentes : mieux rémunérer le travail, alléger les dépenses contraintes et restaurer la confiance dans l’utilisation de l’argent public.
Par Thomas Thévenoud, Associé de Vae Solis Communications.
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