Il existe incontestablement une dynamique en faveur de Jean-Luc Mélenchon. Les sondages en attestent, quand bien même la prudence s’impose. Le candidat insoumis domine à gauche, séduisant notamment l’électorat 18/24 ans et potentiellement celui des quartiers ainsi que des cités. La désignation de Raphaël Glucksmann lors de la primaire de la gauche sociale-démocrate pourrait en outre doper la dynamique de l’insoumis, à partir du moment où nombre de sympathisants socialistes trouveraient le tout nouveau candidat affilié au PS insuffisamment rassembleur et par trop centriste. Les meetings des LFIstes font salle comble ainsi qu’en témoigne celui qui s’est tenu dernièrement à Clermont-Ferrand, chacun s’accordant à reconnaître l’efficience de l’organisation insoumise. Pour autant dans l’hypothèse d’un accès au second tour face à Marine Le Pen, à ce stade intouchable dans les intentions de vote, le coefficient de rejet de Monsieur Mélenchon est tel que la candidate du RN l’emporterait de manière très large. Jean-Luc Mélenchon est perçu comme plus dangereux, comme plus inquiétant par une majorité de Français que ne l’est la candidate du RN.
Le glissement stratégique de LFI depuis 2017 pourrait être à l’origine de cette cornerisation du second tour. Que se passe-t-il après les élections de 2017 ? Manquant de peu l’accès de la finale présidentielle comme il la manquera en 2022, l’un de ses proches, Éric Coquerel, théorise la stratégie des 600 000 voix qui manqueraient au candidat insoumis pour passer la barre fatidique du premier tour. Et ces voix où aller les chercher si ce n’est dans les gisements d’abstentionnistes des cités, cette « Nouvelle France » propulsée depuis peu par le leader LFI comme horizon quasi messianique et eschatologique de son projet de société ? Or cette démarche impose un pas de côté et non des moindres pour le vieux républicain forgé dans les loges ainsi que sous les lambris du Sénat. Pour convaincre cet électorat potentiel, il faut procéder à un aggiornamento, où la défense de la laïcité et l’universalisme républicain pensant le citoyen désindexé de ses origines sont des valeurs marginalisées, voire abandonnées au profit d’une vision communautariste, complaisante avec l’islamisme, flirtant avec l’antisémitisme et rompant de la sorte avec toute une culture politique née sous la IIIe République. Ce « Bad Godesberg » de la radicalité, à rebours du réformisme de la gauche de gouvernement, a un coût qui obère les chances de rassemblement et d’élargissement indispensables pour accéder à l’Élysée. Dans cette hypothèse l’équation Coquerel jouant désormais à contretemps se refermerait à l’instar d’un piège mortel contre ses initiateurs comme si la République en venait à se venger de ceux qui veulent en subvertir l’esprit et la nature profonde. À moins que le projet de Monsieur Mélenchon n’obéisse à d’autres motivations ? Ce qui expliquerait une fois encore le soufre légitime qu’inspire ce dernier à une très large majorité de nos concitoyens…
La signature
Arnaud Benedetti
Fondateur et directeur de La Nouvelle Revue Politique, Arnaud Benedetti est professeur associé à Sorbonne Université et essayiste. Spécialiste de la communication politique, il analyse les transformations du pouvoir, du débat public et de la vie politique française.
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