Le 9 septembre, le Conseil des gouverneurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique a voté, par 23 voix contre 3, l’envoi du dossier iranien au Conseil de sécurité des Nations unies. La dépêche a couru sa demi-journée, puis s’est éteinte. On a lu ici et là que ce geste ne changeait rien : pas de sanction nouvelle, pas d’autorisation de la force, un Conseil de sécurité où la Russie et la Chine tiennent le veto. Cette lecture n’est pas fausse. Elle est simplement trop rapide pour être honnête.

Il faut regarder ce qui est transmis, et non seulement le geste de la transmission. D’un côté, un constat vieux de six ans : depuis 2019, l’Agence interroge l’Iran sur des traces d’uranium relevées sur des sites jamais déclarés, Lavisan-Shian, Varamin, Marivan. Les réponses n’arrivent pas, ou arrivent fausses. Les sites, eux, sont nettoyés avant que les inspecteurs n’y accèdent. En mai 2025, le directeur général conclut que ces installations relevaient d’un programme nucléaire structuré, conduit jusqu’au début des années 2000, et que des matières issues de ce programme demeurent aujourd’hui introuvables. De l’autre côté, un vide plus récent : depuis les frappes de juin 2025, l’Agence n’a plus accès aux sites visés et ne peut plus rendre compte du stock qu’elle avait mesuré au 13 juin, 440,9 kilogrammes d’uranium enrichi à 60 %. De quoi fabriquer, selon l’aveu même du directeur général en octobre dernier, une dizaine de bombes si l’enrichissement était poussé à son terme. Il a ajouté, dans la même phrase, qu’aucune preuve n’établissait une décision iranienne de fabriquer une arme. C’est cette réserve que Téhéran a transformée en certificat de bonne conduite.

Elle ne peut pas jouer ce rôle. Un directeur d’agence qui déclare n’avoir aucune preuve décrit l’état de ses propres moyens de vérification, pas l’état du programme qu’il ne voit plus. Et ces moyens, l’Iran les a démontés lui-même, méthodiquement, avant même la guerre de juin 2025 : fin de l’application du protocole additionnel en 2021, retrait des caméras de surveillance en 2022, éviction d’un tiers des inspecteurs les plus expérimentés en 2023, suspension légale de toute coopération en juillet 2025. Il y a quelque chose de vertigineux à observer un État éteindre un à un les instruments de contrôle, puis invoquer leur silence comme une preuve d’innocence.

Reste l’argument le plus commode de Téhéran : l’accord de Vienne serait mort avec le retrait américain de 2018, et les sanctions rétablies en septembre 2025 n’auraient donc aucune base. L’argument ne résiste pas à la lecture du texte qui a donné sa force juridique à cet accord, la résolution 2231 du Conseil de sécurité. Un accord multilatéral ne s’éteint pas parce qu’un de ses signataires s’en retire. L’Iran, du reste, ne s’en est jamais retiré : il a fondé, depuis 2019, chacune de ses violations sur les clauses de sauvegarde de ce même texte, ce qui interdit d’en nier la force quand elle joue contre lui. Et la résolution a organisé un mécanisme de rétablissement des sanctions ouvert à tout participant, précisément pour échapper au veto russe et chinois. Ce mécanisme a fonctionné en septembre 2025. Les résolutions de 2006 à 2010 sont revenues.

Le dossier n’arrive donc pas devant un Conseil de sécurité démuni. Il arrive devant un Conseil dont les instruments sont déjà en place, et devant une opinion internationale à qui il faudra désormais expliquer, chiffres à l’appui, où se trouve une matière que plus personne ne surveille. Ce n’est plus à l’Agence de prouver l’existence d’une arme. C’est à l’Iran de prouver que 440,9 kilogrammes d’uranium quasi militaire existent encore, se trouvent là où il le prétend, et servent une fin qu’il n’a jamais su nommer. Chaque mois de silence aggrave un peu plus cette obligation qu’il ne remplit pas.

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