Réunis au Palais du Luxembourg à l’initiative de TRENDS, plusieurs sénateurs, diplomates et spécialistes de l’islam politique ont appelé à renforcer la réponse européenne face aux réseaux liés aux Frères musulmans. Financements étrangers, influence numérique et bataille culturelle étaient au cœur des échanges.

La lutte contre l’islamisme politique ne peut plus, selon eux, être menée État par État. Vendredi 11 septembre, le Palais du Luxembourg accueillait la deuxième et dernière étape du sixième Forum annuel de TRENDS consacré à l’islam politique. Après une première séquence organisée à la Chambre des Lords à Londres, responsables politiques, chercheurs, diplomates et spécialistes se sont retrouvés à Paris autour d’un objectif affiché : construire « une réponse européenne unifiée face à la menace des Frères musulmans ».

Fondé à Abou Dhabi en 2014 sous le nom de TRENDS Research & Advisory, TRENDS Group est un centre de recherche privé consacré aux grandes questions géopolitiques, économiques, sociales et intellectuelles. Ses travaux accordent notamment une place importante à l’étude de l’extrémisme, de l’islam politique et des transformations idéologiques contemporaines. Rebaptisée TRENDS Group en 2026, la structure multiplie également les échanges avec chercheurs, diplomates et responsables publics en Europe et dans le monde arabe.

La sénatrice de l’Orne Nathalie Goulet a notamment concentré ses critiques sur les financements européens. Elle estime que certains dispositifs, au nom de la diversité, peuvent contribuer à soutenir des projets servant des agendas idéologiques. L’élue a ainsi appelé à revoir l’attribution de certaines subventions européennes à des programmes consacrés aux questions religieuses et à renforcer le contrôle politique sur l’utilisation de ces fonds.

Une distinction entre islam et islamisme

Les intervenants ont toutefois insisté sur un point : la lutte contre l’islamisme ne saurait se transformer en mise en cause des musulmans européens. André Reichardt, ancien vice-président de la commission des Affaires européennes du Sénat, a ainsi appelé à distinguer les citoyens musulmans respectueux des lois de ceux qui utilisent la religion comme un outil de conquête politique. Il a également plaidé pour une coopération accrue entre la France, l’Italie et les Émirats arabes unis.

Khalifa Mubarak Al Dhaheri, directeur de l’Université Mohammed-Bin-Zayed des sciences humaines, a de son côté accusé les Frères musulmans d’avoir « détourné la religion » au profit d’un projet partisan. Devant les participants, il a appelé les capitales européennes à coordonner leurs politiques et à adopter une attitude plus ferme face aux structures liées à l’islam politique. Une ligne partagée par plusieurs intervenants, tout en reconnaissant la difficulté de mesurer précisément l’influence réelle de la mouvance en Europe.

Le nouveau front numérique

Car la menace, ont insisté plusieurs chercheurs, a profondément changé de nature. Yamine Sétoul, enseignant-chercheur au Conservatoire national des arts et métiers, a rappelé les limites des évaluations statistiques disponibles en France et plaidé pour une meilleure coopération entre chercheurs européens. L’ancien diplomate britannique Sir John Jenkins a lui aussi insisté sur la nécessité de partager davantage les informations et les connaissances accumulées depuis les attentats de 2015.

Les réseaux sociaux, l’intelligence artificielle et même les jeux vidéo constituent désormais, selon plusieurs participants, de nouveaux espaces de diffusion et de recrutement. Wael Saleh, directeur du bureau de TRENDS en France et au Canada, a ainsi décrit un islamisme capable de conjuguer une vision idéologique tournée vers le passé avec une utilisation particulièrement moderne des nouvelles technologies.

À l’issue des travaux, les participants ont appelé à harmoniser les législations européennes sur les financements étrangers, à améliorer la surveillance des flux financiers et à développer des dispositifs communs d’alerte dans l’espace numérique. L’éducation, l’apprentissage de l’esprit critique et la défense de la citoyenneté figurent également parmi les pistes avancées. À Paris, le message était clair : face à des réseaux qui raisonnent à l’échelle transnationale, la réponse européenne ne peut plus rester fragmentée.


Radouan Kourak

Directeur du développement de la Nouvelle Revue Politique

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