Kabyle, engagée dans l’action sociale et culturelle, Wafia Tedjani vient d’être condamnée ce 21 avril à 5 années de prison ferme par la justice algérienne pour quelques posts sur Facebook. Les autorités d’Alger lui reprochent également ses actions humanitaires auprès des zones de Kabylie ravagées ces dernières années par les incendies ainsi que son soutien aux familles de prisonniers politiques kabyles.
Arrêtée en mars 2025, Wafia est un exemple parmi tant d’autres de la vague de répression qui ne cesse de s’abattre sur l’Algérie ces derniers mois. Son crime ? Aider, récolter des dons, promouvoir également l’identité de la Kabylie pour laquelle elle a créé une entreprise de tourisme. Dans l’Algérie de Tebboune, celle vantée en France par des réseaux d’influence au service des hiérarques algériens sur les motivations protéiformes desquelles il faudrait s’interroger, ce sont là des initiatives réprimées et interdites. Interdite comme l’est l’expression sur la guerre civile qui a ensanglanté le pays dans les années 1990 et dont Kamel Daoud, prix Goncourt 2024, vient de faire les frais avec une condamnation à trois ans de prison ferme par un tribunal d’Alger. Jour après jour, le pouvoir algérois enferme : ses opposants, son peuple, son pays. Wafia Tedjani, dont le seul tort est d’être une femme engagée, est la victime d’une oppression qui se trouve, hélas, des relais jusqu’en France. Son sort doit nous interpeller, car elle incarne la vraie voix du courage, de la générosité, celle qui ne calcule pas et ne compte pas les risques qu’elle prend. Cette résistance-là est de celles qui autorisent à penser qu’il existe des raisons d’espérer dès lors que l’appel de la liberté et à la liberté est plus fort que cette imprudence de la prudence dont la realpolitik est parfois trop souvent le nom, ici et ailleurs.
Dans la tristesse du cachot où elle a été jetée, parce que kabyle, parce que tout simplement affranchie de la peur, son exemple contraste, à l’épreuve d’une dictature, avec celui donné, contre-exemple à vrai dire, par bien des intellectuels et des responsables d’Occident qui ont juste oublié qu’il y a encore de par le monde des individus prêts à se sacrifier au péril de leur vie pour les valeurs qu’ils seraient censés défendre mais dont ils ont oublié le prix dans la nonchalance de leur confort ou aussi dans l’aveuglement de leur prostration idéologique.
En Algérie, il n’existe pas de fatalité au mensonge, à l’absence irrévocable de démocratie, au chauvinisme éculé qui sert de faire-valoir à une oligarchie captatrice du pays. Wafia Tedjani est le symbole de ce qui dépasse les inéluctabilités et les pusillanimités. Comme le portraiture pour la NRP Ghilas Aïnouche, dessinateur lui aussi persécuté par Alger, les 5 ans de condamnation qui la frappent valent pour sa kabylité, sa beauté, son humanisme, sa générosité et son courage. Elle porte en elle, Antigone de Kabylie, le message d’une vérité que seuls les justes peuvent sauver le monde où que puisse se trouver ce monde, à Alger, à Téhéran ou ailleurs encore. Il faut se battre pour Wafia comme elle se bat pour nous…
Arnaud Benedetti
Ancien rédacteur en chef de la Revue politique et parlementaire, Arnaud Benedetti est professeur associé à Sorbonne-Université, essayiste et spécialiste de communication politique. Il intervient régulièrement dans les médias (Le Figaro, Valeurs actuelles, Atlantico, CNews, Radio France) pour analyser les stratégies de pouvoir et les mécanismes de communication. Parmi ses ouvrages figurent Le Coup de com’ permanent (Cerf, 2018), Comment sont morts les politiques ? Le grand malaise du pouvoir (Cerf, 2021), ainsi qu’Aux portes du pouvoir : RN, l’inéluctable victoire ? (Michel Lafon, 2024). Ses travaux portent sur les transformations du discours public et les évolutions de la vie politique française.
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