La grève de la faim d’un présentateur qatari attire de nouveau l’attention sur les restrictions aux libertés dans l’émirat. Plusieurs autres affaires ont déjà conduit des experts des Nations unies à dénoncer des privations de liberté arbitraires.

L’alerte est venue du Centre du Golfe pour les droits humains (GCHR). Le 17 octobre 2026, l’organisation a rendu compte de la situation d’Abdulaziz Al-Ansari, un conseiller familial et présentateur de télévision qatari qui réclame l’autorisation de quitter le pays. Après avoir commencé une grève de la faim le 11 octobre, il a été hospitalisé le 15. Selon le GCHR, ses démarches auprès du parquet et des organismes nationaux de protection des droits humains n’ont pas permis d’engager un dialogue avec les autorités.

Al-Ansari affirme avoir déjà connu la prison après un appel adressé à l’émir en 2024. Sa situation actuelle est distincte de celle d’une personne incarcérée : sa revendication porte sur la possibilité de voyager. Elle s’inscrit néanmoins dans un contexte marqué par plusieurs dossiers de détention arbitraire, dont certains ont fait l’objet de conclusions explicites du Groupe de travail des Nations unies compétent.

Abdullah Ibhais, un dossier emblématique des défaillances judiciaires

Ancien responsable des médias du comité d’organisation de la Coupe du monde 2022, Abdullah Ibhais avait plaidé pour que soit reconnue la participation d’ouvriers des chantiers du Mondial à une grève pour salaires impayés en 2019. Arrêté ensuite dans une affaire de corruption, il a dénoncé des aveux obtenus sous la menace et sans avocat. Condamné en première instance à cinq ans de prison, il a vu sa peine ramenée à trois ans en appel.

Dans son avis n° 12/2024, le Groupe de travail des Nations unies a conclu que sa détention était arbitraire et demandé sa libération immédiate ainsi qu’une réparation. Amnesty International a souligné les graves irrégularités de la procédure, notamment le rôle des aveux contestés et l’absence d’enquête adéquate sur les conditions de leur obtention. Selon son rapport consacré au Qatar, Ibhais a finalement été libéré en mars 2025, au terme de sa peine.

D’autres affaires, des sources à distinguer

Le cas de Tayeb Benabderrahmane a également donné lieu à un avis du Groupe de travail, le n° 28/2025, concluant au caractère arbitraire de sa privation de liberté. Cet entrepreneur français avait été arrêté à Doha en janvier 2020 avant de pouvoir regagner la France en novembre de la même année. Par ailleurs, une déclaration écrite d’ONG diffusée comme document du Conseil des droits de l’homme, sous la référence A/HRC/58/NGO/261, décrit des accusations de torture et de mauvais traitements le concernant, ainsi que les cas d’Ali Muhammad Salem et d’Omar Chok. Ces accusations doivent être attribuées à leurs auteurs : leur diffusion dans un document onusien ne les transforme pas, à elle seule, en conclusions des Nations unies.

Ces dossiers montrent pourquoi l’appel d’Al-Ansari mérite une réponse précise des autorités. Le GCHR demande qu’il puisse voyager librement et que cessent les mesures le visant. Pour l’organisation, la protection des journalistes et des défenseurs des droits humains suppose également de mettre fin aux représailles et au harcèlement judiciaire. Alors qu’Al-Ansari a choisi de cesser de s’alimenter pour se faire entendre, l’enjeu immédiat demeure l’ouverture d’une issue à sa situation.

Sources


Radouan Kourak

Entrepreneur et journaliste, Radouan Kourak est le fondateur et dirigeant d’InterVision, groupe de presse et de communication propriétaire d’une quarantaine de médias en France et à l’international. Cofondateur de La Nouvelle Revue Politique, il en assure la direction du développement.

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Entrepreneur et journaliste, Radouan Kourak est le fondateur et dirigeant d’InterVision, groupe de presse et de communication propriétaire d’une quarantaine de médias en France et à l’international. Cofondateur de La Nouvelle Revue Politique, il en assure la direction du développement.

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