Le “réalisme” diplomatique ne doit pas faire oublier ce qu’est réellement et historiquement le Hezbollah : une organisation terroriste. La France a déjà payé, et paye encore en vies humaines, l’illusion de croire que c’est un interlocuteur comme un autre.

Il s’appelait Florian Montorio. Il était sous-officier au 17ᵉ régiment de génie parachutiste, une unité d’élite. Le 18 avril, il est tombé au Liban où il servait dans la FINUL. Il a été tué dans une embuscade probablement tendue par le Hezbollah. Trois autres soldats français ont été blessés dans l’attaque.

La mort de ce militaire français devrait au moins nous rappeler ce qu’est le Hezbollah : un groupe terroriste libanais au service d’une puissance étrangère, la République islamique d’Iran. Il a été créé en 1982 sur le modèle d’une autre organisation terroriste, le Corps des gardiens de la révolution. Avec la même tactique qui consiste à utiliser la terreur et les prises d’otages, la même hostilité envers les démocraties occidentales, la même haine d’Israël, ainsi justifiées dans son manifeste du 16 février 1985 : “L’Amérique, ses alliés du Pacte atlantique ainsi que l’entité sioniste usurpatrice de la terre sacrée de la Palestine islamique nous ont agressés et nous agressent en permanence. C’est pourquoi nous sommes en état d’alerte permanente afin de faire échec à l’agression et de défendre notre religion, notre existence, notre dignité.”

Cette hostilité à notre égard n’est donc pas nouvelle. C’est, contrairement à ce qu’on entend parfois, un principe historique et structurant, qui façonne depuis toujours son identité, son idéologie, ses objectifs et ses actions. Le Hezbollah, né dans la violence, n’est pas un acteur neutre et, depuis 1982, il frappe ou a frappé directement ou indirectement la France.

Le 23 octobre 1983, un camion piégé pulvérise l’immeuble Drakkar et 58 de nos parachutistes sont tués. Ce n’est pas une bavure, un accident de guerre : c’est un attentat massif, ciblé et prémédité contre la France.

En 1985, des diplomates et des journalistes français sont enlevés par le Hezbollah.

En 1985 encore, une série d’attentats islamistes à Paris est commanditée par l’Iran et revendiquée par le Hezbollah. Entre 1985 et 1986, pas moins de quatorze attentats sont orchestrés par Téhéran et le Hezbollah contre des intérêts français.

Que reste-t-il aujourd’hui de cette mémoire blessée dans le débat public en France ? Rien, ou presque. Sans doute parce que se souvenir et reconnaître ce qu’est fondamentalement le Hezbollah obligerait à assumer une ligne plus dure, excluant le “en même temps”. On préfère, au nom du pragmatisme, effacer ce que l’on sait, considérant ainsi qu’une diplomatie lucide est une diplomatie amnésique. Quelle erreur ! Jusqu’où peut aller le pragmatisme sans devenir une compromission, un abandon ?

Le plus inquiétant n’est d’ailleurs pas ce qui est non-dit ou dit, c’est le glissement sémantique, la manière dont le langage efface progressivement la mémoire et la volonté. Il y a quelque chose de profondément dérangeant dans la manière dont, depuis des années, des responsables politiques, des universitaires, des diplomates, des journalistes, parlent du Hezbollah. On nous explique, en s’asseyant sur nos morts et nos otages, que le Hezbollah n’a jamais montré d’hostilité vis-à-vis de la France. Il faudrait aussi distinguer sa branche politique de sa branche militaire, comme si celle-ci pouvait se passer de la doctrine de l’autre. Le Hezbollah serait, nous affirme-t-on, un parti politique comme un autre, avec une forte assise sociale au Liban, oubliant qu’il est avant tout au service de la République islamique d’Iran. Qu’il est soutenu par de nombreux chiites, balayant d’un revers de la main ceux qui le condamnent, ceux qui le craignent. Et ceux qui veulent en finir avec cet alignement stratégique assumé avec Téhéran qui fait du Liban une espèce de colonie de la République islamique. On ne parle plus d’une organisation terroriste, mais d’un partenaire difficile, on ne parle plus d’une hostilité historique, mais d’une relation complexe. C’est là que la complaisance commence : on banalise une organisation terroriste dépendant d’une puissance étrangère, en la faisant glisser vers le statut d’interlocuteur comme un autre. On normalise l’anormal et on transforme des terroristes en partenaires incontournables et en interlocuteurs nécessaires et fréquentables. C’est une illusion que la France a déjà payée en vies humaines…

C’est vrai que la diplomatie préfère souvent les zones grises aux vérités tranchées et qu’il est plus simple d’invoquer on ne sait quel équilibre hypothétique que de pointer les responsabilités. Vrai encore qu’il faut comprendre le Liban tel qu’il est – une poudrière – et qu’il faut sans doute composer avec ses équilibres instables. Mais cela ne justifie certainement pas de réécrire l’histoire à coups d’euphémismes. Ou alors il nous faudra malheureusement admettre qu’à force de condamner d’un côté et de composer de l’autre, ce fameux réalisme ”invoqué depuis des années ressemble de plus en plus à un renoncement.

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