Il y a quelques jours, l’un des chantres de la Start-up Nation déclarait : « C’est vrai, nous avons perdu la bataille du numérique, mais nous allons gagner la révolution de l’intelligence artificielle. » Comment ne pas le souhaiter ? L’intelligence artificielle mérite de sortir des discours d’intention aux entreprises et des marronniers des conférences économiques ou des salons professionnels. Ce n’est pas seulement un nouveau monde à conquérir mais un univers à comprendre qui requiert notre modestie. C’est une révolution qui va impacter au quotidien durablement la vie des TPE-PME et de leurs salariés. Un bouleversement du travail et de la relation de travail.
Au service de l’humain
L’intelligence artificielle est pour une partie de nos élites économiques « le sujet » à la mode. Pour les TPE et PME du terrain, c’est encore de la science-fiction. En réalité, l’IA doit libérer le chef d’entreprise et ses collaborateurs des tâches chronophages du quotidien pour les recentrer sur leur cœur de métier : la relation client, la création de valeur et l’innovation… Bien intégrée, l’IA pourra améliorer les conditions de vie au travail, réduire la pénibilité mentale et le stress des tâches répétitives. Le bémol : l’isolement et le risque de disparition de certains emplois. Il n’y aura pas de tsunami destructeur d’emplois lié à l’IA dans les TPE-PME mais une mutation des emplois. L’IA doit donc soutenir l’humain et non le remplacer dans les entreprises. Autre défi de l’IA dans les PME : la formation et la montée en compétences « l’upskilling ». La révolution de l’IA ne réussira que si l’on accompagne le boulanger, le boucher, le pharmacien, le médecin, le comptable de la PME ou le logisticien à apprivoiser ces outils.
Au service du dialogue social
Dans une PME de 10, 20 voire 50 salariés, le dialogue social ne se résume pas aux accords de branches, même s’ils encadrent utilement nos pratiques. Le dialogue est permanent. Évoquer aujourd’hui le passage à l’IA suscite des inquiétudes et des peurs légitimes (peur du déclassement, de la surveillance, du surtravail). Alors il faut multiplier les occasions de dialogue avec les salariés et jouer la carte de la transparence. Pour que l’IA fonctionne dans les PME, protégeons et renforçons donc le lien de confiance en accompagnant les équipes et en acceptant de se donner du temps. Et comme l’IA ne s’embarrasse pas du temps, expliquons les raisons de l’arrivée de l’IA dans l’entreprise, partageons sa mise en place, insistons sur l’amélioration de la qualité de vie au travail, accompagnons les salariés dans les formations et garantissons le droit à la déconnexion. Le dialogue social dans les TPE-PME est l’antidote à la peur du changement.
Simplifier les normes de l’IA
Ne le nions pas, il y a vraiment un risque de fracture numérique et économique entre les grands groupes qui ont les moyens de s’offrir des ingénieurs en IA et les TPE-PME qui manquent de temps, de vision, de potentiel humain et de budget. Dans un contexte de restrictions budgétaires, on peut juste attendre de l’État et des politiques européennes qu’ils s’engagent dans la simplification de l’IA et qu’ils évitent d’adopter des normes restrictives avant même que l’outil soit adopté ! Plus que jamais l’État doit être un facilitateur. Aux régions de continuer d’encourager la numérisation des PME avec des aides ciblées pour l’équipement, des subventions simples pour la formation aux outils d’IA, et des diagnostics gratuits. Et comme l’IA est un formidable outil de simplification qui se développe continuellement, il appartient aux organisations patronales d’encourager les entrepreneurs à oser l’IA, à tester et à expérimenter en impliquant leurs salariés. En effet, l’IA est une formidable opportunité de monter en qualification, de revaloriser certains métiers et d’améliorer le niveau des rémunérations. C’est en mettant l’humain au centre de l’IA que les PME se démarqueront du privilège technique des grands groupes. Encore faut-il ne pas les étouffer sous de nouvelles réglementations.
Bernard Cohen-Hadad
Bernard Cohen-Hadad est entrepreneur et président du Think Tank Étienne Marcel. Membre de la Société d’économie politique, il est aussi président de la commission du développement économique du Conseil économique, social et environnemental régional en Île-de-France. Il est également membre de la Chambre de commerce et d’industrie de la Région de Paris-Île-de-France. Auteur de L'Avenir appartient aux PME paru chez Dunod, Bernard Cohen-Hadad est l’auteur de nombreuses tribunes publiées dans les médias. Il a été membre de l’Observatoire de l’épargne réglementée, de l’Observatoire du financement des entreprises, de l’Observatoire des PME et ETI par le marché et du Comité consultatif du secteur financier (CCSF). Il participe actuellement à l’Euro Retail Payment Board (ERPB) auprès de la Banque centrale européenne, au Comité national des moyens de paiements (CNMP) et au Comité pour l’éducation financière (EDUCFI). Il est membre du Conseil scientifique de l’École supérieure des métiers du droit.
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