Historiens, philosophes, et autres observateurs si bien juchés depuis des siècles sur leur monceau de certitudes, croient avoir tout dit, tout pensé, tout compris sur le Pouvoir et sur l’Argent. La guerre d’Iran ne nous apprend rien que nous ne sachions déjà. Richard III ou Harpagon, l’homme est un bien triste sire.

Un scénario très hollywoodien

La guerre d’Iran ? Une question de quelques jours pour que le régime tombe et ne se relève pas. Tout avait commencé le matin du 28 février. La coalition israélo-américaine tombait sur l’Iran telle la foudre. En quelques minutes, le guide suprême Ali Khamenei et plusieurs dizaines de hiérarques iraniens sont éliminés devant les yeux du monde admiratif. La « mollasphère » s’effondrait, le peuple iranien se reprenait à rêver, Trump excellait dans le rôle de Saint-Georges terrassant le dragon enrubanné, et Netanyahou, à l’aise dans les habits d’un nouveau Churchill, rêvait d’un prochain mandat aux élections d’octobre 2026. Quant à Reza Pahlavi, et bien que Trump ne l’ait pas dans ses petits papiers, il se voyait devant un parterre d’Iraniens, et tel un de Gaulle en mode farsi, de lancer un émouvant « Téhéran martyrisé, mais Téhéran libéré ».

Chacun pour soi, Dieu pour tous.

Pourtant cette guerre qui devait durer le temps d’un éclair est sur le point d’entrer dans son deuxième mois. Le monde a oublié d’être admiratif, les Israéliens n’ont jamais autant consommé d’antidépresseurs et si en février 96 % des Israéliens étaient derrière leur Premier ministre, ils ne sont plus que 78 % . Combien seront-ils dans un mois ? À Paris, après avoir rapatrié deux corps de soldats tombés l’un en Irak, l’autre au Liban, tués tous deux par des milices pro-iraniennes, après avoir accueilli Cécile Kohler et Jacques Paris, ex-otages de la mollarchie, les discours lénifiants des politiciens ne font plus recette. La France est à l’image de ses enfants : dépressive, désabusée, que plus personne n’écoute vraiment. À Washington, on joue moderato-cantabile. Trump n’est plus Saint-Georges mais un bonimenteur de foire faisant son show dans le Bureau ovale, devenu le plus célèbre studio de télé du monde. N’ayant peur ni du ridicule ni de l’outrance, l’homme le plus puissant du monde dit un jour ce qu’il dément le lendemain. Les Nations-Unies, blotties dans leur palais de Verre, ont de sérieux problèmes de visibilité. Quant à Reza Pahlavi, il sait qu’il a raté le coche : n’est pas Jean Moulin qui veut. Les cours du pétrole jouent au yoyo, les gens s’énervent aux stations d’essence, les magasins sont pris d’assaut. Trump nous a tellement habitués à faire son show qu’il est devenu une sorte d’attraction. N’avait-il pas annoncé un cessez-le-feu avec l’Iran pour une durée de 15 jours ? Objectif : réouverture du détroit d’Ormuz. Mon royaume pour un baril, aurait dit Richard III s’il avait été de notre temps. L’Europe ne vaut guère mieux. Incapable de parler d’une seule voix, elle se gave de discours où les mots sont ponctués d’illusions.

Les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent.

Pauvre peuple perse, si chargé d’histoire, qu’on dit l’inventeur du jeu d’échecs ! Tes 40 000 enfants opposés à la monarchie et massacrés en à peine trois jours, tes pendaisons à la chaîne, des appels à l’aide, tout cela ne fait plus la une des médias. Trump t’avait promis la chute du régime, et au lieu de cela il a entamé des « négociations ». Face à cet homme – bien malin celui qui pourrait dire quels objectifs il vise –, Israël, quant à lui, sait parfaitement où il va. La mollarchie est une menace existentielle permanente, la chute de ce régime la seule solution possible. Que Netanyahou utilise cette menace, par ailleurs bien réelle, pour se positionner aux prochaines élections d’octobre 2026, c’est l’évidence même. C’est même très habile car les Israéliens, dans l’état actuel des choses, n’ont pas d’autre choix que ce gouvernement, marqué comme le plus à droite de toute l’histoire du pays. « On peut dormir dans le même lit sans faire les mêmes rêves », dit un proverbe chinois. Combien de temps Washington et Jérusalem dormiront encore dans le même lit, bien qu’ils ne fassent plus les mêmes rêves depuis longtemps ? Un jour viendra où ils finiront par se gêner l’un l’autre ; les relations internationales, c’est comme dans la vie, il arrive parfois que vienne le temps du « je t’aime, moi non plus ».

Relire Tolstoï

« Deux duellistes se battent selon les règles de l’art de l’escrime. L’un des deux se rendant compte qu’il ne s’agit pas de plaisanterie, qu’il y va de sa vie, jette son épée, saisit le premier gourdin venu et frappe. » Par ces mots, Tolstoï explique l’une des raisons de la retraite de Russie, de la déconfiture de la Grande Armée et d’une Russie qui a pris « le premier gourdin venu » pour en finir avec Napoléon. Le droit international est toujours écrit par le vainqueur, par celui qui a « saisi le premier gourdin venu ». Qui de Trump ou des pasdarans s’en saisira le premier ? L’avenir seul nous le dira. Et que dire de l’économie mondiale sinon qu’elle est déréglée pour longtemps ? Le spectre de la récession générale est sur toutes les lèvres ; quant aux profiteurs de guerre, les traders par exemple, ils se vautrent sur de très confortables matelas de dollars.

Bonnes gens regardez ailleurs, il est minuit sur le monde

Les mollahs les plus durs restent en place, les potences reprennent allègrement du service et les pasdarans, mitrailleuses à l’appui, recommenceront à massacrer le peuple. Le monde détourne le regard, les guerres se poursuivent et se ressemblent.

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