Moins de 24 heures se sont écoulées depuis la tentative de négociation infructueuse de JD Vance au Pakistan que Donald Trump annonce l’escalade militaire avec un blocus naval du détroit d’Ormuz. Au premier abord, le président américain semble avoir perdu ses moyens, alternant entre négociation et escalade avec l’Iran. Mais cette politique étrangère nerveuse relève bien d’une stratégie, celle de maîtriser le storytelling et de mettre fin à la guerre. C’est d’ailleurs pourquoi le président Trump annonce la signature de la paix au Liban. Or, ce n’est pas seulement l’issue d’un conflit régional qui se joue en Iran, mais l’avenir du mouvement MAGA.

Une victoire militaire américaine sans issues politiques

La guerre en Iran révèle un paradoxe, celui d’une domination militaire de la coalition américano-israélienne qui n’a pas rempli ses objectifs. Certes, la guerre a durement frappé l’Iran, causant des milliards de dollars de dégâts et affaiblissant considérablement ses forces armées. La coalition domine militairement le ciel et les principaux objectifs militaires sont atteints. Les têtes du régime, du guide suprême Ali Khamenei au secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale Ali Larjani, ont été éliminées. Les infrastructures à travers le pays ont été endommagées et la capacité de projection militaire iranienne amoindrie. Trump crie victoire mais en réalité il s’agit d’une victoire à la Pyrrhus : à ce stade, la guerre en Iran est une victoire militaire mais une défaite politique pour Washington.

Paradoxalement, c’est bien l’Iran qui reprend l’avantage du tempo de la communication. Téhéran se sent triomphant d’avoir réussi à survivre à la première puissance mondiale et martèle que le succès de futures négociations dépend de la volonté des États-Unis d’accepter les droits et intérêts légitimes de l’Iran. Le régime des mollahs ne veut pas se plier aux exigences de Washington car il tient les cartes : le contrôle du détroit d’Ormuz et indirectement le puissant levier des marchés énergétiques mondiaux. L’Iran a réussi là où Trump a échoué à convertir des victoires militaires en gains politiques. Ainsi, Trump a semblé subir plutôt que de maitriser la situation : communication politique confuse et choquante ainsi que des objectifs de guerre imprécis ont été le quotidien de sa campagne militaire en Iran. Révélant ainsi au monde les faiblesses de l’Amérique, qui reste une superpuissance militaire mais qui n’arrive plus à la projeter efficacement pour récolter des gains politiques concrets.

La guerre comme fracture MAGA

En 2016, le contrat trumpiste avec l’Amérique était clair : votez pour moi et vous aurez un candidat antisystème qui rassemblera les laissés pour compte et sauvera l’Amérique du déclin. Or, une décennie plus tard, cette promesse semble rompue : scandale autour des dossiers Epstein, inflation élevée, et une explosion de la dette publique américaine alors que Trump avait justement fait campagne pour lutter contre ce même déficit. En mars 2026, un sondage Reuters/Ipsos rapporte que Donald Trump performe moins bien que Joe Biden sur l’économie. Seuls 29 % des Américains approuvent sa politique économique. Le constat est amer pour l’électeur MAGA avec un Trump qui semble délaisser les sujets nationaux pour se concentrer sur des guerres à l’étranger. Ce véritable contresens trumpien fracture la base MAGA entre le camp nationaliste et le camp impérialiste Les premiers étant réticents à l’idée d’utiliser la puissance militaire américaine dans le monde et les seconds y étant davantage favorables.

Avec une politique étrangère belliqueuse, Trump est devenu le système qu’il avait promis de combattre. L’accumulation de trahisons fait de la guerre en Iran non pas le motif de fracture, mais la goutte d’eau qui a fait émerger les divisions au sein du camp MAGA. Ce qu’une partie de sa base lui reproche est de s’être embourbée dans une guerre de choix au détriment des Américains. En effet, la cote de popularité de Trump n’a pas augmenté depuis le début de la guerre et on ne constate pas l’effet habituel de « ralliement autour du drapeau » dont ont bénéficié d’autres présidents au début de conflits militaires. En 2003, suite au déclenchement de la guerre en Irak, la cote de popularité de George W. Bush avait augmenté de 13 points. Le 28 février, au début de la guerre, 41 % des Américains avaient une opinion favorable du président Trump. Or, au 15 avril, le chiffre était tombé à 40 % d’opinion favorable et, à presque 6 mois des midterms, une potentielle fronde est une réserve de voix dont Trump ne peut pas se priver.

L’après-Trump a déjà commencé.

La guerre en Iran aura été l’élément déclencheur d’une autre réalité de la politique américaine : une opposition transpartisane au trumpisme. Une nouvelle coalition anti-Trump au-delà des clivages traditionnels composée de républicains et de démocrates des déçus se forme. Cette alliance se construirait autour d’une ligne économiquement « populiste » plutôt pro-travailleur, America First et antisioniste. Cette coalition anti-Trump prend déjà forme politiquement avec Thomas Massie, un républicain du Kentucky qui a collaboré avec le démocrate de Californie Ro Khanna pour forcer le DOJ à publier les dossiers Epstein, et ils ont également tenté de faire passer un vote au Sénat sur le War Power Resolution Act début mars pour encadrer le pouvoir de Trump dans sa guerre en Iran. L’avenir nous le dira si cette ligne politique se formalise dans les urnes et suit électoralement, mais la certitude à ce jour est que des digues ont sauté.

Néanmoins, le mouvement MAGA n’est pas encore perdu, il peut encore survivre à condition de rapidement terminer une guerre en Iran qui divise. C’est pour ça que Trump use de la stratégie de la carotte et du bâton pour faire plier Téhéran. Les négociations au Pakistan sont une main tendue par Washington, alors que le blocus naval du détroit d’Ormuz vise à punir l’insolence iranienne de ne pas vouloir se plier aux exigences américaines. Mais en choisissant l’escalade militaire, c’est bien Trump qui risque de se brûler les ailes en s’embourbant au Moyen-Orient. Certes les négociations américano-iraniennes au Pakistan n’ont pas été satisfaisantes, mais le fait qu’une réunion se soit tenue est bien une première avancée vers une solution pacifique. Trump semble avoir la mémoire courte : la négociation se joue sur le temps long. L’accord d’Obama sur le nucléaire iranien de 2015 avait été le fruit de plus de 2 ans de négociations.

In fine JD Vance pourrait bien être celui qui sauve la boutique Trump. S’il arrive à se positionner en tant que négociateur qui a mis fin à une opération militaire controversée et qui aura ramené la stabilité au Moyen-Orient, sa crédibilité en tant que successeur capable de fédérer les différents clans composant le mouvement MAGA sera maximale.

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