Franco-iranien, Emmanuel Razavi est grand reporter, spécialiste du Moyen-Orient et de l’Iran. Il collabore avec les rédactions du Figaro Magazine, Paris Match, Atlantico, Franc-Tireur, VA, Politique Internationale, Le Spectacle du Monde et Écran de Veille, ainsi qu’avec Historia, Le Figaro Histoire, et la revue de géographie Hérodote. Il a produit et réalisé plusieurs documentaires, notamment sur le Moyen-Orient, pour les chaînes de télévision Arte, M6, France 3 et Planète. Ses enquêtes sur l’ingérence de la République islamique d’Iran en France l’ont conduit à témoigner, en février 2025, devant une commission de travail sénatoriale, et en octobre 2025, devant la commission d’enquête sur les liens existants entre les représentants de mouvements politiques et des organisations et réseaux soutenant l’action terroriste. Derniers livres publiés : « La Pieuvre de Téhéran » (Cerf, 2025) – La Face cachée des mollahs (Cerf, 2024).

Après le début de l’intervention américaine et israélienne contre le régime de Téhéran, quel premier bilan pouvons-nous en tirer ?

Sur le plan du renseignement, les Israéliens ont indéniablement montré, une fois de plus, leur supériorité. Le régime islamique a lui dévoilé une nouvelle fois ses failles. Cela dit, les frappes ciblées, réussies grâce au renseignement humain et à la technologie, qu’il soit américain ou israélien, s’additionnent à une analyse fine des institutions iraniennes. En effet, les gens qui sont tués par ces frappes sont de hauts dignitaires, qui étaient les garants de la continuité de la République islamique. Or, qu’ils soient religieux, politiques ou militaires, leur élimination va bien au-delà du symbole. Pour la première fois de son histoire, la République islamique, dans ce qu’elle a de plus profond sur le plan institutionnel et constitutionnel, est proche de basculer.

Donald Trump envisage une intervention d’un mois pour atteindre ses principaux objectifs. Est-ce que ceux-ci conduiront selon vous à un renversement du régime ou à une évolution de ce dernier ? Et peut-il y avoir des options différentes entre Israël d’un côté et les États-Unis de l’autre ?

Donald Trump a fait évoluer sa stratégie, notamment sur le plan militaire, ces derniers jours. À l’heure où nous nous parlons, il entend s’appuyer sur les groupes armés des partis ethniques, notamment kurdes, et sur leur coordination. C’est intéressant, mais ces groupes doivent aussi se coordonner avec les forces libérales et monarchistes constitutionnelles de façon à préparer une alternance. Cela est indispensable. S’il n’y a pas de coalition de toutes les résistances iraniennes, armées et politiques, alors il y a le risque que cette stratégie ne fonctionne pas du point de vue politique, même si elle aboutit militairement. On prend alors le risque du chaos. Ce que me disent mes sources américaines, c’est que le président Trump considère que la priorité est militaire, que la dimension politique viendra dans un deuxième temps. Je demeure réservé sur cette façon de voir les choses. Car je pense qu’il faut déjà avoir un plan B politique.

Au-delà des manifestations de joie qui ont accueilli la mort de Khamenei, faut-il s’attendre à une reprise des mobilisations contre le régime et d’éventuelles défections à l’intérieur de celui-ci ?

Il y a des mobilisations qui continuent. Elles n’ont pas l’envergure de celles du mois dernier, mais la mobilisation est là, d’une autre manière. Je pense que si les groupes armés iraniens se coordonnent pour lancer une offensive, en s’associant aux partis de l’opposition démocratique, alors oui, la mobilisation redeviendra conséquente et le régime tombera peut-être plus vite qu’on ne le croit. Mais comme je vous le dis, il faut que les forces démocratiques iraniennes se coalisent. Les milices iraniennes

Reza Palhavi se tient prêt. Cette hypothèse est-elle renforcée ces dernières heures depuis le démarrage des opérations militaires ?

Reza Pahlavi est prêt. Mais encore une fois : il faut qu’il engage derrière lui une large coalition. C’est ce que semblent vouloir Trump, ainsi que le premier ministre israélien. Reza Pahlavi est incontournable de mon point de vue, même si bien sûr les oppositions sont plurielles en Iran, et qu’elles ont toutes un rôle à jouer. Mais il incarne un symbole, il est une figure connue et appréciée de la jeunesse. Il a un programme, une équipe. Il peut être le lien entre ces forces de coalition. Personnellement, je pense qu’il est incontournable.

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