1/ L’intervention conjointe américano-israélienne vise-t-elle à renverser le régime ?
Le discours du président américain Donald Trump était clair sur ce point. Le régime iranien est visé. D’ailleurs, les premières frappes israéliennes ce matin, coordonnées avec les Américains, ont visé le bunker du Guide suprême Khamenei et son fils, aussi bien que le président iranien Pezekshian, d’après des sources sécuritaires israéliennes. Mais cette intention n’est pas nouvelle. Trump l’a fait miroiter depuis plusieurs semaines avant le lancement du cycle des négociations à Oman puis à Genève. Il annonçait déjà : « Ça ne peut pas continuer comme ça. » Ce qui laissait présager déjà une exaspération côté américain.
Dans les éléments de langage très épiques, de surcroît, de Marco Rubio (MAE) et JD Vance (vice-président) hier même, la notion d’affrontement avec le régime transparaissait. La RI d’Iran a été officiellement désignée, par le State Department, « État sponsor des détentions abusives ». Un casus belli, aux résonances non neutres auprès des citoyens américains, annonciateur de la guerre qui sera menée pendant des jours, voire des semaines, contre le régime des mollahs.
2/ Quelle va être la réponse de l’Iran et peut-on envisager des défections au sein de l’appareil d’État iranien ?
L’Iran dispose d’un premier levier de riposte : son programme balistique. Des bases américaines ont été visées dès ce matin à Abou Dhabi, Amman, Bahreïn, etc. Le bilan humain est encore à confirmer. Des morts civiles pourraient être à déplorer dans les prochaines heures. L’Iran ne s’est pas contenté de lancer ces attaques contre les bases américaines, mais aussi contre Israël à Haïfa et Jérusalem, surtout. Cependant, la République islamique, aux abois, pourrait lâcher ses monstres les plus endoctrinés. À l’instar de l’EI qui a surgi après la chute du régime de Saddam Hussein en Irak, les Gardiens de la Révolution pourraient mener des attentats terroristes en Occident comme dans les années 80.
Les défections sont fort probables, surtout en termes de distanciation entre l’armée nationale et le Corps des Gardiens de la révolution, au niveau de la police de répression ; les « bassidjis ». Et peut-être au niveau des Gardiens de la Révolution, mais plus tardivement.
3/ Faut-il craindre un embrasement général de la région ?
La région est en tension et instable depuis 47 ans, depuis la révolution islamique. La fin du régime correspondrait à la chute d’une théocratie islamiste des plus rigoureuses, liberticides et violentes. Cette théocratie était la boussole des djihadistes, qu’ils soient sunnites d’Al Qaida ou chiites. Cristallisant l’idée frériste d’exportation de la révolution islamique, ce régime a déjà mis la région du Moyen-Orient à feu et à sang, surtout sous Qassem Soleimani, chef de la Force Al Qods, éliminé par les Américains en 2020.
4/ Quel impact sur le mouvement de contestation du régime des mollahs ?
Le mouvement pourrait s’enhardir et se revigorer après le bain de sang du mois de janvier. D’ailleurs, tout scénario visant à faire tomber le régime iranien doit reposer sur un soulèvement populaire iranien massif, tout simplement parce que les Américains ne projettent pas d’envoyer des troupes au sol, au risque de s’enliser. La CIA a déjà envoyé des messages à l’attention du peuple iranien en farsi, les encourageant à se mobiliser pour renverser le régime. Le Mossad aussi. L’assistance israélo-américaine aux manifestants ne fait aucun doute.
Maya Khadra
Maya Khadra est enseignante et journaliste franco-libanaise spécialiste du Moyen-Orient. Lauréate du Prix du journalisme francophone illustré en zones de conflits en 2013, elle a commencé sa carrière journalistique à L'Orient-Le Jour et a enseigné dans plusieurs établissements scolaires et universitaires à Beyrouth avant de s'installer à Paris. Elle est professeur de communication et de culture générale à l'IPAG Business School. Régulièrement invitée sur les chaînes télévisées françaises et arabes pour commenter l'actualité au Moyen-Orient : LCI, BFM, Franceinfo, Arte, Al Arabiyya, Skynews.
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